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Les pesticides des jardins nuisent à la biodiversité

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Des chercheurs du Centre des sciences de la conservation (Muséum national d'Histoire naturelle, CNRS, UPMC) et de l'Observatoire départemental de la biodiversité urbaine de Seine-Saint-Denis démontrent pour la première fois les effets de l'emploi de pesticides par les particuliers en France. Les scientifiques se sont basés sur des données de sciences participatives et montrent, à l'échelle d'un pays, l'impact de l'utilisation des pesticides par les jardiniers amateurs sur les insectes floricoles. Ces effets varient selon l'environnement : ils peuvent être indirects et toucher des organismes non visés initialement.

L'étude a permis d'évaluer l'effet du jardinage sur certains insectes comme ce bourdon des pierres, Bombus lapidarius. © J. K. Lindsey

En milieu urbain, les jardins privés représentent une ressource importante de nourriture et d'abris pour les espèces animales. Pourtant, l'impact des pratiques de jardinage sur ces espèces, en particulier l'utilisation de pesticides, est très difficile à évaluer à grande échelle. Cela est lié à l'absence de mesures standardisées et à la difficulté d'accès à des propriétés privées. En milieu agricole, les modes de culture ou d'utilisation de produits phytosanitaires ont des impacts avérés sur la biodiversité : il est donc probable que de tels effets existent également dans les jardins privés.

Les auteurs de cette publication ont évalué les effets à grande échelle des pratiques de jardinage sur deux groupes importants d'insectes floricoles : les papillons de jour et les bourdons. Leur étude se base sur des données collectées dans le cadre de l'Observatoire de la biodiversité des jardins. Elle est disponible sur le site de la revue Biological Conservation.

Les herbicides limitent les ressources disponibles pour les papillons comme ce paon du jour, Aglais io © Peter Ginzinger

Les pesticides plus néfastes en ville

Si l'impact des insecticides sur les insectes est direct, celui des herbicides serait indirect. Ces derniers limiteraient en effet les ressources disponibles pour les papillons et les bourdons. Les autres pesticides étudiés auraient, quant à eux, un impact positif indirect, favorisant des plantes plus vigoureuses qui offrent alors davantage de ressources aux insectes. Par ailleurs, l'impact des pesticides varie selon le type de paysage : les effets négatifs des insecticides sont plus importants en milieu urbain. Cela serait dû à la difficulté de recolonisation des jardins traités dans une matrice urbaine hostile aux insectes floricoles.

Ces résultats, de dimension nationale, montrent pour la première fois que les comportements individuels, dans un cadre privé, ont un impact sur la biodiversité, même dans un paysage urbain très anthropisé. Ils prouvent également que les conséquences des traitements phytosanitaires sont complexes et ont des effets indirects sur des organismes qui ne sont pas visés directement. En conséquence, si cette étude démontre que les papillons et les bourdons sont plus abondants dans les jardins où des fongicides ou des anti-limaces sont utilisés, cela ne signifie évidemment pas que ces pesticides sont bénéfiques pour l'ensemble de la biodiversité.

L'effet sur la faune du sol ne doit pas non plus être sous-estimé. D'autres études ont par exemple montré que les lombrics sont moins abondants dans les parcelles agricoles traitées par des herbicides, des insecticides ou des fongicides qui ne les visaient pourtant pas directement.

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