Des chercheurs de l’University College London (Royaume-Uni) montrent que certaines pierres de Stonehenge avaient été au préalable érigées au Pays de Galles. © Athip, Adobe Stock
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Stonehenge : la découverte de son origine fait écho à la légende de Merlin

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[EN VIDÉO] L’énigme des solstices de Stonehenge  Traditionnellement, ils sont des milliers à se réunir sur le site de Stonehenge (Grande-Bretagne) pour célébrer le début de l’été. Mais le solstice d’été 2020 ne sera pas tout à faire comme les autres. Si la Terre ne s’est pas arrêtée de tourner, la crise du coronavirus est tout de même passée par là. Cette année, pour des raisons sanitaires, le site restera fermé au public. 

Le site de Stonehenge est entouré de légendes. Des travaux d'archéologues mettent aujourd'hui l'une d'entre elles en lumière. Ils ont découvert que les pierres bleues qui constituent le premier cercle du monument mégalithique avaient déjà été érigées ailleurs. Bien sûr, ce n'est pas par la magie de Merlin qu'elles ont ensuite été transportées là...

Stonehenge. S'il est un monument mégalithique entouré de légendes, c'est bien celui-ci. L'une d'entre elles voudrait qu'il ait été érigé par un géant sous les ordres du célèbre Merlin. L'enchanteur aurait, tout du moins, conseillé au roi Aurelius Ambrosius de ramener dans cette région d'Angleterre, quelques-unes des pierres magiques du mont Killarus (Irlande) pour y bâtir un lieu de sépulture à la hauteur de princes locaux.

Et des travaux menés par des chercheurs de l’University College London (Royaume-Uni) semblent vouloir aujourd'hui quelque peu confirmer cette histoire. Si ce n'est, bien sûr, que les pierres n'ont pas été transportées par la magie ! Elles ne viennent pas tout à fait d'Irlande non plus, mais du Pays de Galles. Les chercheurs montrent en effet que certains mégalithes de Stonehenge se sont peut-être d'abord -- avant 3.000 ans av.J.-C. -- élevés sur une colline balayée par le vent près de la côte du Pembrokeshire, sur un site appelé Waun Mawn.

Rappelons que les chercheurs avaient déjà établi que les légendaires pierres bleues que l'on trouve sur le site de Stonehenge viennent des collines de Preseli, dans l'ouest du Pays de Galles. À quelque 225 kilomètres de là, tout de même. Et lorsque les archéologues ont décidé de creuser les affleurements rocheux identifiés comme sources de ces pierres, ils y ont trouvé des outils de carrière, confirmant que les sites ont été exploités au cours de l'âge de pierre. Ils ont également découvert du bois carbonisé et des noisettes qui prouvent que des pierres étaient extraites de ces carrières vers 3.400 ans av.J.-C.

Des pierres d’abord érigées au Pays de Galles

Les ouvriers ont-ils ensuite mis 400 ans à transporter ces pierres vers Stonehenge ? C'est peu probable. Et c'est ce qui a convaincu les chercheurs que les pierres ont pu être utilisées ailleurs avant d'être finalement déplacées du côté de Stonehenge. Ils ont donc fouillé une nouvelle fois le site de Waun Mawn. Pour y découvrir des trous disposés en cercle, marquant l'emplacement ancien de pierres du type de celles qui se dressent sur le célèbre monument mégalithique.

Le cercle en question se révèle être d'un diamètre identique à celui du fossé de Stonehenge. Mais c'est la datation des sédiments contenus dans les trous par luminescence optiquement stimulée qui permet aujourd'hui aux chercheurs de dire que le site de Waun Mawn a été construit peu de temps avant Stonehenge. Et plus encore, la correspondance parfaite d'une empreinte spécifique -- de section transversale pentagonale inhabituelle -- d'un trou de Waun Mawn avec une pierre de Stonehenge qui permet de confirmer que les deux sites sont étroitement liés.

Des implications énormes sur notre compréhension de Stonehenge

Pour expliquer le démantèlement du cercle de pierre de Waun Mawn, les chercheurs avancent que ces pierres ont pu représenter pour les peuples préhistoriques une incarnation de leurs ancêtres. Au moment de migrer de l'ouest du Pays de Galles vers Stonehenge, ils les auraient emportées avec eux. Les ossements de quatre individus enterrés du côté de Stonehenge montrent d'ailleurs des signes compatibles avec des personnes ayant vécu au Pays de Galles« Nos découvertes ont des implications énormes sur notre compréhension du site le plus connu de l'âge de pierre au Royaume-Uni », n'hésite pas à conclure Mike Parker Pearson, archéologue, dans un article publié dans The Conversation.

Pour en savoir plus

On aurait enfin découvert l'origine des mégalithes de Stonehenge

Bien que Stonehenge fasse couler beaucoup d'encre dans les médias, nous savons bien peu de choses à son sujet encore aujourd'hui. Néanmoins, l'un de ses secrets vient d'être percé à jour par un duo d'irréductibles chercheurs.

Article de Emma Hollen paru le 31/07/2020

L'origine des mégalithes de grès sarsen formant le cœur de Stonehenge aurait enfin été révélée. © Andre Pattenden, English Heritage

L'incroyable architecture de Stonehenge en fait l'un des monuments historiques les plus précieux et fascinants de Grande-Bretagne. De nombreuses questions entourent depuis plus de quatre siècles sa construction, son utilité, son emplacement ou encore l'origine et le transport des colossaux blocs de pierre qui la composent. Dans une nouvelle étude, parue dans la revue Science Advances, le géoscientifique David Nash et son collaborateur Timothy Darvill, archéologue, proposent une réponse inédite à cette dernière question.

Prise d'empreintes géochimiques

Deux types de roches principaux forment le cercle de Stonehenge : les mégalithes sont formés de grès dit « sarsen », tandis que les roches de plus petite taille, baptisées pierres bleues, sont d'origine volcanique ou composées de grès. De nombreuses études et la découverte d'anciennes carrières ont amené les chercheurs à suggérer que les pierres bleues magmatiques proviendraient des collines de Preseli, au sud-ouest du pays de Galles, à plus de 200 kilomètres du site. Néanmoins, une seule étude s'est jusqu'à présent penchée sur la provenance des mégalithes de grès, érigés au milieu du troisième millénaire avant notre ère, et formant l'architecture principale de Stonehenge.

Grâce à une nouvelle approche géochimique et statistique développée durant ses travaux au sud de l'Afrique, Nash et Darvill sont enfin parvenus à faire parler la pierre. Celle-ci a d'abord été soumise à un examen de sa composition chimique à l'aide d'un analyseur portable par fluorescence de rayons X (p-XRF), chargé de bombarder la pierre de rayonnements X de haute intensité, puis de mesurer la fluorescence X émise en retour. « Mener les analyses p-XRF exigeait d'accéder au monument lorsqu'il était fermé aux visiteurs, ce qui a mené à plusieurs rondes de nuit et à un petit matin passés à analyser les pierres de linteau depuis un échafaudage mobile. La collecte de données n'est jamais simple ! », se remémorent les chercheurs.

Le chercheur David Nash, étudiant le cœur du bloc 58 du cercle de Stonehenge. © Sam Frost, English Heritage

De nouvelles réponses pour les mégalithes de Stonehenge

En comparant leurs résultats avec l'empreinte géochimique d'autres grès sarsens de la région, le duo de chercheurs a enfin pu préciser la provenance des roches. « On présume généralement que les sarsens ont été amenés à Stonehenge depuis les Marlborough Downs, à environ 30 kilomètres au nord : la région la plus proche possédant de nombreux blocs de sarsen. Cependant, les Marlborough Downs sont immenses, et nous avons besoin d'une plus grande précision pour comprendre comment des populations préhistoriques ont exploité le paysage et ses ressources. »

Leurs résultats indiquent que la plupart des mégalithes auraient pour origine West Woods, au sud-ouest de Marlborough. Grâce à cette nouvelle localisation, les chercheurs offrent de plus amples éléments afin de déterminer quelle trajectoire aurait été empruntée pour transporter les blocs de 30 tonnes jusqu'à leur destination finale. « Nous pouvons compatir avec les personnes du Néolithique qui ont pris part à cet effort collectif et réfléchir à la manière dont ils ont accompli cette tâche herculéenne. »


Stonehenge : l'origine des pierres bleues enfin connue...

Article de Quentin Mauguit, publié le 21 décembre 2011

Stonehenge est certainement l'ensemble mégalithique le plus célèbre au monde. Il doit notamment sa célébrité à l'importance de la taille des mégalithes qui le composent et à sa sophistication architecturale. Alors que les scientifiques résolvent peu à peu les énigmes liées à sa structure et à sa fonction au cours de l'histoire, des incertitudes planaient encore jusqu'il y a peu sur la provenance de certaines des pierres composant l'édifice. Jusqu'il y a peu... car deux chercheurs viennent de résoudre une partie du mystère.

Le site de Stonehenge est composé d'un ensemble de cercles concentriques de menhirs aux origines variées. Le caractère majestueux du site lui a valu d'être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Sa construction s'est étendue de 3000 ans à 1600 ans av. J.-C. Les compositions minéralogiques de certains menhirs observés ont particulièrement attiré l'attention des scientifiques.

Le cercle intérieur de Stonehenge est composé de pierres bleues, qui ont suscité beaucoup d'étonnement dans la communauté scientifique. En effet, les roches bleues sont présentes à l'état naturel dans la région du Pembroke (à l'extrême ouest du pays de Galles), soit à plus de 240 km du site de Stonehenge ! Afin de lever toute ambigüité sur l'origine des pierres, les Dr Bevins et Ixer, appartenant respectivement au Muséum national du pays de Galles et à l'université de Leicester, ont réalisé des études pétrographiques. Cette discipline consiste à étudier la structure chimique et minéralogique des roches. Leurs résultats ont confirmé le lien existant entre Stonehenge et le Pembroke. Non contents d'avoir pu établir ce lien, ils ont profité de leurs travaux pour déterminer avec précision le lieu où les pierres ont été extraites... et là, surprise !

Les dernières hypothèses plaçaient la zone d'origine des pierres dans la région de Preseli Hills. Or, les chercheurs ont montré que les pierres bleues provenaient en réalité d'une région située plus au nord dans une localité nommée Craig Rhos-y-felin, à proximité de Pont Saeson (voir la carte). Neuf mois d'études ont été nécessaires pour arriver à cette conclusion. Durant ce temps, les deux chercheurs ont parcouru toute la région de Pembroke et ont prélevé des centaines d'échantillons de roches affleurant en surface. C'est en comparant les rhyolites de Craig Rhos-y-felin et de Stonehenge qu'ils ont pu souligner que les compositions des roches observées sur les deux sites présentaient un pourcentage de similitude de 99 %. Par conséquent, la zone d'origine des pierres bleues a pu être, dans un premier temps, limitée à quelques centaines de mètres carrés. En persévérant, les deux chercheurs sont même parvenus à délimiter dans un second temps une zone de quelques dizaines de mètres carrés comme étant celle de la provenance des pierres.

Carte du Royaume-Uni montrant la distance qui sépare Stonehenge de Preseli Hills et de Pont Season (petit point au nord-est de Preseli Hills). © Heritage key

En quoi la position du site d’origine est elle importante ?

Maintenant que les lieux d'origine et de destination des pierres bleues sont connus, les chercheurs vont pouvoir focaliser leur attention sur la manière dont les pierres ont été transportées jusqu'à Stonehenge. Une des hypothèses retenue jusqu'à présent supposait que les pierres avaient été transportées par radeau le long du canal de Bristol et de la rivière Avon. Cela avait un sens lorsque le point d'origine se situait à... Preseli Hills. Elle est donc aujourd'hui mise à mal puisque le site d'origine a changé et que beaucoup de spécialistes pensent que le transport des pierres pas voie terrestre jusqu'à la côte est impossible.

Une hypothèse alternative a dès lors refait surface. Et si les pierres bleues avaient été transportées naturellement ? Selon certains scientifiques, les blocs de rhyolite auraient pu être transportés sur de longues distances par des glaciers durant la dernière la période glacière. Là encore une autre question se pose : pourquoi ne retrouve-t-on pas d'autres roches issues du Pembroke dans la région abritant Stonehenge ? Il serait étonnant que les glaciers n'aient transporté que les roches nécessaires à la construction de Stonehenge.

Quoi qu'il en soit, Stonehenge n'a pas encore livré ses secrets et les prochaines décennies devraient nous apporter de nombreuses autres réponses à nos interrogations.  

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