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Anba Macaya/3 : les spéléologues dans les verticales souterraines

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En Haïti, sous la forêt tropicale du plateau Formon, l'équipe de l'expédition Anba Macaya explore avec détermination les galeries d'un immense massif karstique, et a déjà visité plus de 80 grottes. La progression n'est pas toujours facile, comme elle le raconte pour les lecteurs de Futura-Sciences... quand la connexion Internet est bonne.

« Lorsque j'ai vu la crue arriver, j'ai hésité. J'ai pris le temps de prendre Stéphanie en photo dans ce mélange d'eau, de lumière et de grondements. Déjà, nous avions les pieds dans l'eau lorsque nous sommes sortis. Et la pluie torrentielle ne s'est arrêtée que plusieurs heures plus tard ! » © Jean-François Fabriol

Quatre semaines après le début de l'expédition « Anba Macaya, verticales souterraines », les spéléologues poursuivent méthodiquement l'exploration de ce massif calcaire en progressant à coup de machette dans une jungle épaisse. Il s'agit de trouver des ouvertures menant dans les profondeurs du karst.

« Lorsqu'il découvre un puits de 30, 40, 65 ou 90 m, le cœur du spéléologue s'emballe, nous raconte Stéphanie Jagou, membre de l'expédition. Au cours des derniers jours, nous avons descendu de beaux gouffres qui atteignaient ces profondeurs. Et avec plus de 80 cavités explorées depuis le début de l'aventure, l'essentiel des explorations est effectivement vertical, donnant ainsi tout son sens au nom de l'expédition : "verticales souterraines". »

Les entrées des gouffres se cachent dans la jungle. Celui-là était inconnu. © Jean-François Fabriol

Une passoire dans le massif

L'équipe de spéléologues menée par Olivier Testa a désormais une bonne idée de la structure géologique du massif de Macaya, avec une partie supérieure creusée de grottes et un plancher plus compact. « Sur le plateau, tous les gouffres butent sur une couche de calcaire microfissurée qui agit comme une passoire et ne permet pas le développement de galeries horizontales. » Ces puits ont donc peu de chance d'être interconnectés entre eux par des conduits qu'il serait possible d'explorer.

Il existe bien une énorme résurgence, que l'équipe a d'ailleurs étudiée, mais elle est visiblement de type vauclusienne. Autrement dit, l'eau qui ressort à cet endroit du massif provient de profondeurs plus grandes et non d'une rivière souterraine. Tout n'est pas dit, car l'idée des membres de l'expédition est de revenir l'an prochain pour plonger dans cette résurgence.

La machette, dans cette région, est un accessoire indispensable pour le spéléologue. © Jean-François Fabriol

Des trous bouchés qui regorgent de trésors

Les spéléologues explorent actuellement toutes les cavités qu'ils rencontrent, même quand elles sont de faible profondeur. « Ils trouvent également de nombreux petits puits, qui ne pénètrent pas plus profondément qu'une dizaine de mètres dans le karst. Un grand nombre des gouffres explorés à ce jour butent sur des amoncellements de rochers et cailloux, jetés par les paysans locaux qui cassent le lapiaz [des surfaces calcaires déchiquetées par l'érosion, NDLR], ou charriés lors des épisodes orageux. Ces comblements ne laissent aucun espoir de poursuite, car l'épaisseur du remplissage peut être considérable. »

Pour l'équipe, ces trous bouchés sont aussi de potentiels coffres à trésor qu'il faut étudier de près. « Les ossements accumulés peuvent être une source intéressante d'information sur la faune qui vivait précédemment dans le parc Macaya, mais aussi sur les paléo-environnements. »

Olivier Testa, responsable de l'exploration spéléologique, classe les os retrouvés dans un puits. © Stéphanie Jagou

Sur la piste des animaux disparus

Ainsi, rappellent les membres de l'équipe, une faune bien plus riche occupait les lieux il y a encore quelques siècles. Cette région d'Haïti hébergeait en effet plusieurs espèces de paresseux géants, une espèce de singe, des rongeurs et des mammifères insectivores. Sur les 25 espèces de mammifères qui vivaient en Haïti il y a 7.000 ans, 23 sont éteintes, et il ne reste que l'agouti (Plagiodontia aedium), un petit rongeur nocturne, et le nez-long (Solenodon paradoxus), un insectivore sylvestre vivant lui aussi la nuit. « La surchasse par les Indiens a provoqué l'extinction des gros mammifères, tandis que l'arrivée des colons depuis 1492, puis des chats, des chiens et des mangoustes, a eu raison des plus petits animaux. »

Le travail d'exploration et de cartographie n'est pas terminé et l'expédition Anba Macaya va se déplacer plus à l'ouest, dans une zone plus basse du massif, où l'équipe s'attend à trouver d'autres types de reliefs karstiques : poljés (dépressions fermées par des parois abruptes), pitons et résurgences.

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