Santé

Choléra en Haïti : beaucoup plus de victimes que prévu ?

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Les estimations concernant les victimes du choléra en Haïti ne sont pas réjouissantes. Une modélisation envisage près de 800.000 victimes et 11.000 morts d'ici le mois de novembre, soit beaucoup plus que ce que prévoyait initialement l'OMS.

La distribution d'antibiotiques, associée à un meilleur accès à l'eau non contaminée, sauveraient de nombreuses vies. © CookieM, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Alors que les yeux sont aujourd'hui rivés sur le Japon, où la catastrophe naturelle se transforme peu à peu en désastre écologique, une autre catastrophe presque oubliée continue de l'autre côté de la planète. L'épidémie de choléra en Haïti, qui s'était déclarée suite aux mauvaises conditions d'hygiène apportées par le violent séisme, se propage inéluctablement. Selon les résultats d'une modélisation parue dans la revue The Lancet, le nombre de victimes pourrait même largement dépasser celui prévu par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Au 1er mars, date du dernier bilan officiel, le ministère de la Santé haïtien faisait état de 252.640 malades du choléra depuis le début de l'épidémie, dont 4.672 décès. Ce chiffre fait déjà froid dans le dos, mais il était en accord avec les premières estimations de l’OMS réalisées en novembre dernier. À la même date, l'organisation prévoyait un total de 400.000 malades un an après le début de la propagation du bacille du choléra, soit en novembre 2011.

Si rien n'est fait : 779.000 malades et 11.000 morts 

Mais cette estimation était basée sur l'idée qu'environ 2 à 4 % de la population totale du pays serait contaminée, une approximation qui ne prend pas en compte de nombreux paramètres de la maladie, pourtant essentiels. Ainsi, si le modèle mathématique plus complet développé par les médecins du Massachusetts General Hospital et de l'Université de Californie (à San Francisco) s'avère exact, et si les conditions de prise en charge ne s'améliorent pas, le nombre de victime serait presque deux fois supérieur aux estimations de l'OMS, soit 779.000 malades et 11.000 décès, rien qu'entre les mois de mars et de novembre.

L'accès à l'eau potable non contaminée pour tous est l'une des priorités pour enrayer l'épidémie de choléra. © DFID/UK Department for International Development, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Cette modélisation intègre un grand nombre de paramètres pour être au plus proche de la réalité. Elle s'appuie par exemple sur les données de l'évolution de précédentes épidémies de choléra dans le monde, mais aussi sur les incidences de la maladie observées dans les différentes régions du pays touchées au cours des premiers mois de l'épidémie en Haïti, entre le 31 octobre et le 24 janvier. Les particularités de la maladie ont également été prises en compte, comme certaines infections asymptomatiques qui peuvent néanmoins propager le bacille, l'impact de la vaccination et des traitements, ou encore l'immunité acquise par les malades guéris du choléra.

Des solutions pourraient sauver des milliers de vies

Les chercheurs n'ont pas imaginé que le pire, et ont envisagé l'impact d'une meilleure prise en charge médicale, notamment avec un accès plus large à la vaccination et aux traitements. Dans le cas d'une vaccination atteignant 10 % de la population, le bénéfice serait considérable, avec 63.000 malades et 900 morts évités. L'accès aux antibiotiques pour tous les cas sévères et la moitié des cas modérés préserverait la santé de 9.000 personnes et 1.300 vies supplémentaires. Malheureusement, certains experts s'interrogent sur la faisabilité et se demandent si l'impact de ces mesures justifierait leur coût...

Mais le plus important reste sans aucun doute l'amélioration de l'accès à l'eau potable dénuée de tout vibrion du choléra. Réduire la consommation d'eau contaminée d'1 % par semaine protégerait 105.000 personnes et sauverait 1.500 vies. Combinées, ces trois mesures pourraient alors prévenir 170.000 cas de choléra et 3.400 décès. 

Les auteurs de l'article ne sont pas dupes mais restent optimistes. « Il y a d'autres problèmes dépendants de la pauvreté, des installations sanitaires, des logements, de l'entassement de la population et de la pluie qui vont sans doute impacter le poids du choléra mais que notre modèle ne peut pas prévoir. Mais nous espérons que nos résultats stimuleront les discussions sur la course anticipée de l'épidémie et sur les ressources nécessaires pour y répondre. »

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