Ici, une illustration de ce que devait être l’aspect de l’Adalatherium, cet étrange mammifère découvert à Madagascar par des chercheurs du Denver Museum of Nature & Science (États-Unis). © Denver Museum of Nature & Science

Planète

Le fossile d’un mammifère étrange retrouvé à Madagascar

ActualitéClassé sous :Fossile , mammifère , Adalatherium

Adalatherium, traduisez « la bête folle ». C'est le nom que les chercheurs ont donné à ce mammifère étrange dont ils ont trouvé le fossile incroyablement bien conservé à Madagascar. Un fossile qui offre un bel exemple d'évolution insulaire.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Madagascar : découverte de nombreux fossiles dans une grotte immergée  Des experts de la National Science Fondation estiment avoir trouvé le plus grand gisement de fossiles et d’ossements d’animaux jamais découvert. Située à Madagascar, cette grotte immergée est un site unique et fascinant. Découvrez en vidéo comment les scientifiques récupèrent et analysent les ossements. 

« Je n'ai jamais rien vu de semblable », raconte Guillermo Rougier, paléontologue à l'université de Louisville (États-Unis) dans un communiqué, en évoquant le fossile découvert par ses collègues du Denver Museum of Nature & Science (États-Unis) il y a plusieurs années, lors d'une expédition du côté de Madagascar. Une analyse détaillée du fossile magnifiquement conservé en trois dimensions de cet étrange mammifère vient d'être publiée.

Baptisé Adalatherium, ce mammifère mangeur de plantes vivait il y a 66 millions d'années, au Crétacé, sur la Terre des dinosaures. Son aspect ? Celui d'un blaireau ou d'un castor au long torse et à la queue tronquée. De 52 centimètres pour environ 3 kilos. Un petit bébé... Et si les chercheurs l'ont affectueusement surnommé « la bête folle » -- c'est la traduction de Adalatherium en malgache --, c'est que de nombreuses de ses caractéristiques défient toute tentative de mise en relation avec d'autres mammifères connus.

Le fossile de l’Adalatherium découvert par des chercheurs du Denver Museum of Nature & Science (États-Unis) à Madagascar. © Denver Museum of Nature & Science

Les chercheurs ont toutefois classé l'animal dans le groupe aujourd'hui éteint des gondwanathériens -- qui tient son nom de l'ancien supercontinent Gondwana. Un groupe mal connu dont plusieurs spécimens -- ou du moins leurs dents et des fragments de mâchoires -- ont été retrouvés en divers endroits de l'hémisphère sud. « Chez les mammifères, les dents sont le reflet de leur ascendance, de leur régime alimentaire et de leur environnement. La morphologie dentaire d'Adalatherium est tellement particulière qu'il est difficile d'utiliser ces caractéristiques pour établir des relations familiales », explique Guillermo Rougier.

Une expérience évolutive propre

Les gondwanatheriens ont d'abord été considérés comme liés aux paresseux, aux fourmiliers et aux tatous des temps modernes, mais « on sait maintenant qu'ils ont fait partie d'une grande expérience évolutive propre, une expérience qui a échoué et a été étouffée dans l'Éocène, il y a 45 millions d'années », précise David Krause, conservateur au Denver Museum of Nature & Science dans un communiqué.

Le mouvement de tête de l’Adalatherium reconstitué par les chercheurs du Denver Museum of Nature & Science. © Denver Museum of Nature & Science, YouTube

Adalatherium, un mammifère à nul autre pareil

Adalatherium pourrait ainsi bien être le fruit de l'isolement de Madagascar. Pendant plusieurs millions d'années, l'île a dérivé, de l'Inde vers l'Afrique, permettant aux animaux qui la peuplaient d'évoluer distinctement de leurs cousins. Au contact de sources d'alimentation, de prédateurs et de parasites différents, notamment. Un bel exemple d'évolution insulaire.

Notons ainsi que la plupart des mammifères mésozoïques étaient plutôt de la taille d'une souris. Soit environ 100 fois plus petits qu'Adalatherium. Ensuite, c'est la démarche d'Adalatherium qui étonne. Le petit mammifère se serait appuyé sur des pattes arrière s'étendant loin de son corps, à l'image de ce que font les reptiles. Ses pattes avant, en revanche, étaient bien situées sous son corps, comme chez la plupart des autres mammifères. Et en marchant, sa colonne vertébrale se serait courbée, là encore, comme c'est le cas chez les reptiles.

L’étrange squelette de l’Adalatherium. © Denver Museum of Nature & Science

Le corps d'Adalatherium était allongé, présentant plus de vertèbres que tout autre mammifère mésozoïque. Les chercheurs pensent par ailleurs que ses muscles du dos et des pattes postérieures puissantes ainsi que ses longues griffes lui permettaient de creuser des terriers. Son visage présentait aussi des caractéristiques étonnantes. De nombreux trous permettant le passage de nerfs y ont été recensés. De quoi lui offrir un museau particulièrement sensible et couvert de moustaches. Et même un grand tour au sommet de ce museau, sans parallèle chez aucun mammifère connu.

« Adalatherium n'est qu'une pièce, mais une pièce importante, dans le grand casse-tête de l'évolution précoce des mammifères dans l'hémisphère sud », conclut David Krause. « Malheureusement, la plupart des pièces manquent encore à l'appel. »

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !