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Jean-Louis Etienne en route - et en ballon - pour le pôle nord

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Ce lundi de Pâques, un ballon dont la forme évoque un œuf en chocolat, s'est envolé de l'archipel du Spitzberg à destination de l'Arctique. Entre mercredi et jeudi, Jean-Louis Etienne devrait survoler le pôle nord géographique. Pendant ce voyage d'une semaine ou plus, les instruments de bord permettront un suivi de la concentration en dioxyde de carbone.

Le Generali Arctic Observer, une rozière de 28 mètres de hauteur embarquant (dans une enveloppe en polyester et nylon) 2.200 m3 d'hélium dans un ballon interne et 500 m3 d'air chaud dans le cône inférieur. Le chauffage est assuré par 360 kg de propane. L'autonomie est de 15 à 20 jours. © J. B. Epron

Le « savanturier » (selon l'expression chère à la famille Piccard) Jean-Louis Etienne vole actuellement vers l'Arctique à bord d'un ballon, ou, plus précisément, d'une rozière. Lundi 5 avril, le jour de Pâques, l'engin attendait au Spitzberg le feu vert des spécialistes météo. A 6 h 10 (heure française), la rozière s'est envolée pour un voyage de quelque 3.500 kilomètres à destination de l'Alaska, grâce à l'énergie d'un modeste brûleur et celle des vents, qu'il faudra aller chercher en montant ou en descendant comme savent le faire les pilotes de montgolfières.

Médecin, coéquipier d'Eric Tabarly en 1977 et parrain de Futura-Sciences, Jean-Louis Etienne est un amoureux des régions polaires - « une autre planète » aime-t-il à dire. En 1986, après 63 jours (le chiffre qui est aussi, aujourd'hui, le nombre d'années qui le séparent de sa naissance), il atteint le pôle nord à pied, à ski et en solitaire. C'était une première (en 1978, le Japonais Naomi Uemura était lui aussi parvenu au pôle en solitaire, mais avec un traîneau à chiens et des ravitaillements effectués par avion).

Est-ce une première ? Oui

Son expédition actuelle est encore une première. Personne n'a encore traversé l'Arctique en ballon libre. En mai 1926, Umberto Nobile (militaire italien), Roald Amundsen (aventurier norvégien et déjà vainqueur du pôle sud) et quinze autres passagers, partis de Milan, survolent le pôle nord à bord d'un ballon, le Norge, mais celui-ci est dirigeable, et donc mû par des hélices (le Norge avait trois moteurs). Jean-Loup Etienne est seul à bord du Generali Arctic Observer, qui doit pourtant être piloté manuellement sans guère d'interruption.

La nacelle dans laquelle vit actuellement Jean-Loup Etienne, inspirée de la capsule de la Mission banquise, avec laquelle l'aventurier a dérivé sur la glace pendant trois mois. Dans ces quelques mètres carrés, il dispose d'une couchette pour s'asseoir et dormir. On ne remarque ni coin cuisine ni toilettes... Au plus large, « cela fait deux mètres, explique Jean-Louis Etienne, donc je peux tout à fait m'allonger. » © JB Epron

C'est quoi, une rozière ?

Ce ballon est une rozière (du nom de l'inventeur, Pilâtre de Rozier), c'est-à-dire un plus léger que l'air cumulant deux techniques, l'air chaud et l'hélium. L'enveloppe abrite un ballon intérieur, fermé, et empli d'hélium, ce qui assure la flottabilité. Mais un tel principe impose une force ascensionnelle fixe. Pour monter, il faut larguer du lest et la descente impose de lâcher de l'hélium. Le procédé sert plutôt pour les ballons captifs ou stratosphériques. La montgolfière, elle, est facilement pilotable, du moins dans le plan vertical : on chauffe l'air intérieur. Devenu plus léger que l'atmosphère qui l'entoure, il fait monter l'engin grâce à la poussée rendue célèbre par Archimède. En revanche, son autonomie est faible. Au bout de quelques heures, le gaz manque.

Dans la rozière, un volume d'air chaud est ménagé dans la partie inférieure de la grande enveloppe, sous le ballon d'hélium. En le réchauffant plus ou moins, Jean-Louis Etienne peut monter ou laisser descendre.

Comparativement à une montgolfière pure, une rozière permet des vols plus longs en consommant beaucoup moins d'énergie et elle peut également monter plus haut. Le Generali Arctic Observer offre une autonomie d'une vingtaine de jours et pourrait grimper jusqu'à 11 kilomètres d'altitude. Mais il ne montera pas si haut car la nacelle dans laquelle vit Jean-Louis Etienne n'est pas pressurisée (seule une réserve d'oxygène permettra éventuellement des incursions à plus de 4 ou 5 kilomètres). La navigation s'effectue à une altitude moyenne de 300 mètres.

Qu'observera Jean-Louis Etienne ?

L'expédition du Generali Arctic Observer, qui durera entre sept et dix jours (la durée dépendra de la météo), est destinée à mesurer les concentrations en dioxyde carbone (CO2). Ces mesures permettront de préciser les origines de ce gaz à effet de serre puisque l'Arctique en produit peu. Jean-Louis Etienne est également chargé de mesurer le champ magnétique le long de son parcours, des données toujours utile pour améliorer nos connaissances sur l'étrange dynamo terrestre.

On ne sait toujours pas prédire la continuelle promenade des pôles magnétiques, dont la vitesse moyenne atteint plusieurs dizaines de kilomètres par an mais connaît des ralentissements et des accélérations.

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