Planète

Jean-Louis Etienne prêt à traverser l'Arctique en dirigeable

ActualitéClassé sous :climatologie , année polaire internationale , Total Pole Airship

En avril prochain, l'explorateur polaire et son équipe s'élanceront plein nord, à bord d'un dirigeable spécialement préparé. L'expédition traversera d'est en ouest la calotte arctique et en mesurera l'épaisseur, une donnée cruciale pour comprendre l'évolution du climat.

Le dirigeable de 55 mètres de longueur, gonflé à l'hélium, sera utilisé ensuite pour d'autres missions d'études de l'environnement. © JL Etienne

Le spécialiste des pôles, l'amoureux de l'Arctique et de l'Antarctique, qui a atteint le pôle nord seul et à pied (en 1986) et qui a traversé intégralement l'Antarctique en traîneau à chiens (deux exploits restés uniques), ne pouvait pas rater l'année polaire internationale 2007-2008.

Sa prochaine expédition, Total Pole Airship, ne manque pas de panache. Elle lui fera survoler le pôle nord en dirigeable. Au mois d'avril 2008, son vaisseau aérien dépassera Tromsø, au nord de la Norvège, et s'élancera au-dessus de la mer de Barents pour atteindre le Spitzberg, où commenceront les mesures.

L'engin portera une sorte de torpille suspendue à des élingues et contenant un appareil de mesure, baptisé EM-Bird. Cet « oiseau électromagnétique » mesurera précisément l'épaisseur de la banquise (à moins de dix centimètres près là où elle est bien plane) lorsque le dirigeable survolera la glace entre 15 et 20 mètres d'altitude. L'appareil produit un champ électromagnétique à l'avant et en mesure, à l'arrière, les perturbations induites par l'environnement. L'information renseigne sur la distance verticale entre l'appareil et la surface inférieure de la banquise. Simultanément, un altimètre laser mesure la hauteur par rapport au sol. La différence des deux est donc l'épaisseur de la banquise.

Mais cet appareil, tout à fait nouveau, conçu par une équipe de l'Institut Alfred Wegener, en Allemagne, devait être étalonné car il ne fonctionne parfaitement que sur une surface lisse et la banquise est loin d'être une patinoire. Son épaisseur - entre deux et trois mètres au mois d'avril, où elle est la plus grande -, varie au gré des mouvements de la banquise, parcourue de véritables courants de glace. Ces efforts mécaniques soulèvent des crêtes, que les explorateurs, marins dans l'âme, appellent des « voiles », et créent, sur la face inférieure, des protubérances sous-marines, bien sûr appelées « quilles ». L'EM-Bird serait alors trompé et il a donc fallu apprendre à corriger cet effet. C'est ce qui a été fait il y a un peu moins d'un an, en avril 2007, avec un hélicoptère et un robot sous-marin, qui ont comparé la réalité avec les mesures de l'EM-Bird.

Le dirigeable quittera le continent à Tromsø, au nord de la Norvège puis partira vers le Sptizberg. L'équipe séjournera au niveau du Pôle et effectuera plusieurs radiales avant de partir vers l'ouest et survoler le Pôle nord magnétique. Le voyage se terminera en Alaska. © JL Etienne

Une aventure scientifique

Cette fois, tout est en place. Le dirigeable est prêt et les Parisiens auront ce soir vendredi la primeur de la présentation dans la salle de cinéma géante de la Géode, au Parc de la Villette.

La suite sera une grande aventure. Les conditions polaires sont difficiles pour un dirigeable à la manœuvrabilité limitée. Cet aéronef constitue pourtant une excellente solution pour ce genre d'expédition car un tel vaisseau volant offre une autonomie énorme, lui permettant une expédition longue. Sa vitesse faible et sa capacité à voler à très basse altitude lui permettent des mesures précises. L'EM-Bird ne pourrait pas fonctionner sous un avion. Un hélicoptère pourrait, lui, effectuer ces mesures mais serait handicapé par son autonomie limitée. Construit par la société russe RosAeroSystems, cet Au30 spécialement préparé peut embarquer 1,5 tonne (carburant compris) et voler 24 heures d'affilée.

Le dirigeable de l'équipe ne se contentera pas de traverser la calotte. Autour du pôle nord géographique, il parcourra plusieurs longues lignes droites, différemment orientées. Le dirigeable abordera ensuite le nord du Canada, survolant le pôle nord magnétique et finira son périple en Alaska. Au total, dix mille kilomètres de banquise auront été mesurés, ce qui n'a encore jamais été fait en une seule expédition.

Indispensable, ce travail aurait dû être effectué par le satellite Cryosat, dont le lancement a malheureusement échoué en 2005. L'expédition de Jean-Louis Etienne, financée en partie par Total, s'effectue dans le cadre de plusieurs programmes de recherche européens et est soutenue également par l'Institut de physique du globe. Elle apportera une précieuse quantité de données sur la masse de glace actuelle et sa répartition, qui serviront ensuite à l'étude de l'évolution du climat et de la fonte des calottes.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi