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Attaques contre le Giec : 400 scientifiques se rebiffent

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Ils en ont assez d'être insultés, traités d'incompétents et accusés de malversations. Face au succès médiatique des climato-sceptiques, incarnés en France par Claude Allègre et Vincent Courtillot, plus de 400 scientifiques en appellent à leurs tutelles pour recevoir un soutien officiel. « Il faut la même exigence de rigueur pour tous » nous explique Valérie Masson-Delmotte, climatologue et signataire de cet appel, qui commence à être entendu...

Des débats bien peu sereins pour une question qui intéresse tant de monde. © Nasa

La Ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, a reçu un courrier très inhabituel. Signée par 410 scientifiques français, cette lettre ouverte avait bien d'autres destinataires : l'académie des sciences, le comité d'éthique du CNRS et les institutions de recherches françaises, comme, entre autres, le BRGM, le CEA, le CNRS, l'Ifremer et l'Inra.

La missive sonne comme un appel à l'aide. « Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l'encontre de notre communauté. »

La réponse commence à prendre corps. La Ministre a demandé au président de l'Académie des sciences, Jean Salançon, d'organiser « une confrontation sereine des points de vue et des méthodes » sur le réchauffement climatique. Edouard Brézin, ancien président de l'Académie des Sciences, affirme au journal La Croix que cette institution devrait effectivement rendre un avis sur ces polémiques.

Mais pourquoi un tel appel ? « C'est une lettre à nos employeurs », explique à Futura-Sciences Valérie Masson-Delmotte, ingénieur au CEA, paléoclimatologue, spécialiste des milieux polaires et qui a participé à plusieurs programmes du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, une structure internationale créée en 1988 pour réunir les spécialistes du climat et préparer des rapports destinés aux gouvernements). « Nous sommes accusés de mal faire notre travail, poursuit-elle. Ce que nous demandons, c'est un soutien de la part de nos organismes de tutelle, qui nous emploient avec de l'argent public. Nous demandons également une exigence de rigueur qui soit la même pour tous. »

Rigueur scientifique, le mot est lâché. Dans le monde, les critiques envers les climatologues en général et le Giec en particulier ne manquent pas. Le terme Climategate est même entré dans le vocabulaire. En France, deux scientifiques de renom s'en sont faits les champions, Claude Allègre, géochimiste et ancien ministre, et Vincent Courtillot, directeur de l'Institut de physique du Globe de Paris. Le premier connaît un bon succès de librairie avec L'Imposture climatique ou la fausse écologie (Plon, 2010) et le second a publié en 2009 Nouveau voyage au centre de la Terre (Odile Jacob). Présentant ce que les auteurs estiment être des erreurs dans le travail du Giec, ces ouvrages ne sont pas tendres pour les scientifiques. Claude Allègre parle d'« imposture » qui serait le fait de personnes « dévoyées ».

Donner au public les moyens de bien s'informer

Ce ne sont pas tant les critiques, habituelles dans le monde scientifique et même consubstantielles du travail du chercheur, que déplorent les climatologues ainsi mis en examen. Leur révolte est née de la brutalité de ces attaques et, surtout, du manque de rigueur scientifique qui, à leurs yeux, caractérisent les arguments présentés par ceux que l'on appelle les climato-sceptiques. « Je préfèrerais dénégateurs, sourit Valérie Masson-Delmottecar j'apprécie le scepticisme... »

Alors que les spécialistes de la science du climat - une communauté qui s'étend au-delà des climatologues proprement dits - travaillent dans l'univers de la science, celui du doute et de l'incertitude, où chaque fait rapporté doit s'appuyer sur une référence, ces dénégateurs ne sont pas soumis aux même règles.

« Ces accusations ou affirmations péremptoires ne passent pas par le filtre standard des publications scientifiques, expliquent les signataires de la lettre à propos des deux ouvrages français. Ces documents, publiés sous couvert d'expertise scientifique, ne sont pas relus par les pairs, et échappent de ce fait aux vertus du débat contradictoire. Ces ouvrages n'auraient pu être publiés si on leur avait simplement demandé la même exigence de rigueur qu'à un manuscrit scientifique professionnel. »

De nombreuses erreurs ont déjà été relevées dans le livre de Claude Allègre et un chercheur suédois, Håkan Grudd, a même accusé l'auteur de falsification après avoir vu un de ses propres graphiques utilisé dans le livre mais fortement modifié. La lettre à la Ministre souligne que « de nombreuses erreurs de forme, de citations, de données, de graphiques ont été identifiées. Plus grave, à ces erreurs de forme s'ajoutent des erreurs de fond majeures sur la description du fonctionnement du système climatique. »

Un groupe de climatologues est d'ailleurs en train de lister les erreurs du livre de Claude Allègre. Le document est déjà lourd et devra être rapidement rendu public. « Nous n'avons rien à cacher, conclut Valérie Masson-Delmotte. Nous aimerions surtout pouvoir offrir au grand public toutes les données que nous possédons et montrer comment nous travaillons ! »

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