Le fourmilion vit dans les bois et les jardins. Pour échapper à ses prédateurs, sa larve a pris l’habitude de faire le mort. Et pour capturer ses proies, elle a appris à creuser des trous en entonnoir. Pas si bête, la larve de fourmilion… © Wirestock, Adobe Stock
Planète

Bêtes de science : pour échapper à ses prédateurs, la larve de fourmilion fait le mort

ActualitéClassé sous :animaux , intelligence animale , fourmilion

-

« Bêtes de science », c'est comme un recueil d'histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s'émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, découvrons un insecte tout à fait commun, mais pas forcément très connu : le fourmilion.

---

Le rendez-vous audio de l'intelligence animale ! À retrouver toutes les deux semaines.

---

La thanatose, vous connaissez ? C'est le nom que les chercheurs donnent au comportement de certains animaux qui, pour échapper à leur prédateur, simule la mort. Quelques insectes ont pris cette habitude. Des coléoptères, notamment. Certains reptiles aussi. La couleuvre, par exemple. Qui en profite même pour relâcher un liquide qui dégage une odeur de cadavre. Les oiseaux aussi sont parfois adeptes de la thanatose. Le martin-pêcheur ou le canard. Et puis, il y a l'opossum, par exemple. Pour le renard, c'est un peu différent. C'est un chasseur. S'il simule sa mort, c'est pour mettre sa proie en confiance et pouvoir la capturer plus facilement. Rusé... le renard !

Bon, d'accord, mais quelle est l'efficacité de ce petit jeu ? Et combien de temps peut-il durer ? En son temps, Charles Darwin avait pu observer un coléoptère qui était resté immobile pendant pas moins de 23 minutes. Mais il semblerait que ce record ait été battu récemment. Des chercheurs de l’université de Bristol (Royaume-Uni) rapportent en effet avoir étudié une larve de fourmilion laissée pour morte pendant plus d'une heure : 61 minutes très exactement.

Pour ce qui est de l'efficacité de la stratégie, les chercheurs comptent sur celui qu'ils appellent le théorème de la valeur marginale pour conclure. Le théorème de la valeur marginale ? Pas de panique, ce n'est pas si compliqué à comprendre. Imaginez-vous dans un jardin parsemé de framboisiers. Vous vous dirigez vers le plus proche de vous et commencez à dévorer ses fruits. Plus vous mangez, moins il reste de fruits sur l'arbuste et plus cela prend du temps d'en cueillir encore. Ainsi, pour manger le plus de fruits, le plus vite possible, il faudra bientôt décider de passer à un autre framboisier. Et c'est justement là qu'intervient le théorème de la valeur marginale. Il peut vous dire combien de temps passer sur chaque arbuste pour optimiser votre récolte.

C’est ce genre de trous que les larves de fourmilion creusent pour piéger leurs proies. © Fritz Geller-Grimm, Wikipedia, CC by-sa 3.0

Une proie rusée, un prédateur ingénieux

Bon, revenons maintenant à notre larve de fourmilion. Lorsqu'elle fait le mort, elle encourage en quelque sorte un oiseau gourmand à passer son chemin et à aller chercher des proies ailleurs. Un peu comme un magicien détourne notre attention par ses tours de passe-passe. Et les simulations informatiques des chercheurs montrent que les larves de fourmilions ont appris à rester ainsi immobiles... juste le temps qu'il faut. D'une manière qui reste totalement imprévisible pour le prédateur.

Une ruse qui permet à la larve de fourmilion de survivre plutôt efficacement. Mais saviez-vous que lorsqu'elle se retrouve de l'autre côté de la chaîne alimentaire, dans le rôle du prédateur, la larve de fourmilion sait aussi faire preuve d'ingéniosité ? Il faut bien. Le fourmilion vit en effet deux années à l'état de larve. Et il n'est pas si simple pour lui de trouver à se nourrir. Sa solution : creuser un trou en forme d'entonnoir dans le sable. Des pièges redoutables pour les fourmis qui s'y aventurent et glissent alors irrémédiablement vers le fond. Aidées un peu, il faut l'avouer, par le sable que la larve de fourmilion leur jette depuis le fond.

Voici donc un insecte, à la fois prédateur et proie, qui a su développer des stratégies pour se défendre tout autant que pour chasser plus efficacement. Pas si bête... la larve de fourmilion !

Cela vous intéressera aussi
Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !