« Bêtes de science », c’est comme un recueil d’histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s’émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, découvrons un insecte tout à fait commun, mais pas forcément très connu : le fourmilion.

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La thanatose, vous connaissez ? C'est le nom que les chercheurs donnent au comportement de certains animaux qui, pour échapper à leur prédateur, simule la mort. Quelques insectes ont pris cette habitude. Des coléoptèrescoléoptères, notamment. Certains reptilesreptiles aussi. La couleuvre, par exemple. Qui en profite même pour relâcher un liquideliquide qui dégage une odeur de cadavre. Les oiseaux aussi sont parfois adeptes de la thanatose. Le martin-pêcheur ou le canard. Et puis, il y a l'opossumopossum, par exemple. Pour le renard, c'est un peu différent. C'est un chasseur. S'il simule sa mort, c'est pour mettre sa proie en confiance et pouvoir la capturer plus facilement. Rusé... le renard !

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Bon, d'accord, mais quelle est l'efficacité de ce petit jeu ? Et combien de temps peut-il durer ? En son temps, Charles Darwin avait pu observer un coléoptère qui était resté immobile pendant pas moins de 23 minutes. Mais il semblerait que ce record ait été battu récemment. Des chercheurs de l’université de Bristol (Royaume-Uni) rapportent en effet avoir étudié une larvelarve de fourmilion laissée pour morte pendant plus d'une heure : 61 minutes très exactement.

Pour ce qui est de l'efficacité de la stratégie, les chercheurs comptent sur celui qu'ils appellent le théorèmethéorème de la valeur marginale pour conclure. Le théorème de la valeur marginale ? Pas de panique, ce n'est pas si compliqué à comprendre. Imaginez-vous dans un jardin parsemé de framboisiers. Vous vous dirigez vers le plus proche de vous et commencez à dévorer ses fruits. Plus vous mangez, moins il reste de fruits sur l'arbuste et plus cela prend du temps d'en cueillir encore. Ainsi, pour manger le plus de fruits, le plus vite possible, il faudra bientôt décider de passer à un autre framboisier. Et c'est justement là qu'intervient le théorème de la valeur marginale. Il peut vous dire combien de temps passer sur chaque arbuste pour optimiser votre récolte.

C’est ce genre de trous que les larves de fourmilion creusent pour piéger leurs proies. © Fritz Geller-Grimm, Wikipedia, CC by-sa 3.0
C’est ce genre de trous que les larves de fourmilion creusent pour piéger leurs proies. © Fritz Geller-Grimm, Wikipedia, CC by-sa 3.0

Une proie rusée, un prédateur ingénieux

Bon, revenons maintenant à notre larve de fourmilion. Lorsqu'elle fait le mort, elle encourage en quelque sorte un oiseauoiseau gourmand à passer son chemin et à aller chercher des proies ailleurs. Un peu comme un magicien détourne notre attention par ses tours de passe-passe. Et les simulations informatiques des chercheurs montrent que les larves de fourmilions ont appris à rester ainsi immobiles... juste le temps qu'il faut. D'une manière qui reste totalement imprévisible pour le prédateur.

Une ruse qui permet à la larve de fourmilion de survivre plutôt efficacement. Mais saviez-vous que lorsqu'elle se retrouve de l'autre côté de la chaîne alimentaire, dans le rôle du prédateur, la larve de fourmilion sait aussi faire preuve d'ingéniosité ? Il faut bien. Le fourmilion vit en effet deux années à l'état de larve. Et il n'est pas si simple pour lui de trouver à se nourrir. Sa solution : creuser un trou en forme d'entonnoir dans le sablesable. Des pièges redoutables pour les fourmisfourmis qui s'y aventurent et glissent alors irrémédiablement vers le fond. Aidées un peu, il faut l'avouer, par le sable que la larve de fourmilion leur jette depuis le fond.

Voici donc un insecteinsecte, à la fois prédateur et proie, qui a su développer des stratégies pour se défendre tout autant que pour chasser plus efficacement. Pas si bête... la larve de fourmilion !