Vue d'artiste d'une jeune Dénisovienne. © Maayan Harel
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Une dent de Denisova révèle qu'ils avaient un territoire plus étendu qu'on ne le pensait

ActualitéClassé sous :Ancêtres de l'humain , homme préhistorique , Évolution

L'Homme de Denisova dont les restes provenaient jusque-là de la Sibérie et du Tibet aurait-il aussi été présent bien plus au sud ? La découverte d'une dent d'une jeune Dénisovienne semble indiquer que l'espèce se trouvait aussi en Asie du Sud-Est, dans des climats bien différents et où elle a pu croiser d'autres espèces humaines.

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Qui était l'énigmatique Homme de Denisova ? Les Dénisoviens étaient de proches cousins d'Homo sapiens, l'ont côtoyé et se sont même reproduits avec lui. Le dernier ancêtre commun aux Dénisoviens et à l'Homme moderne date de -700.000 à -500.000 ans. Si ces derniers points peuvent laisser penser que les Dénisoviens sont bien connus des anthropologues, c'est tout le contraire. Certains gènes de cette mystérieuse espèce ont beau avoir été séquencés, l'apparence physique et la culture des Dénisoviens demeurent très peu connues.

L'apparence physique et la culture des Dénisoviens demeurent très peu connues

Les preuves matérielles de l'existence de cette espèce reposaient en réalité jusqu'ici sur la découverte de rares restes trouvés au niveau du plateau tibétain et dans la grotte de Denisova en Sibérie, qui a donné son nom à l'espèce. Il était donc supposé que l'aire de répartition de l'Homme de Denisova était restreinte au nord de l'Asie. Or, une équipe de recherche a récemment publié dans le journal Nature Communications la découverte d'un nouveau fossile qui bouleverse cette dernière hypothèse et fournit des éléments nouveaux quant à la connaissance de l'Homme de Denisova.  

Des adaptations à divers climats

Les auteurs de l'étude présentent en effet l'analyse d'un nouveau fossile attribué à un membre de l'espèce des Dénisoviens. Il s'agit d'une dent fossile qui a été trouvée dans une grotte au nord du Laos (à plus de 4.000 kilomètres au sud de la grotte de Denisova).

Vues (a) occlusale, (b) inférieure, (c) mésiale, (d) distale, (e) buccale et (f) linguale de la dent de Dénisovienne trouvée au Laos. © Demeter et al, 2022

Les auteurs suggèrent que cette molaire a appartenu à un enfant âgé entre trois ans et demi et huit ans et demi car les racines de la dent ne sont pas complètement développées. De plus, l'absence dans l'émail de certains peptides associés au chromosome Y laisse supposer que l'enfant était une fille. La datation de la dent situe la vie de l'enfant entre il y a 164.000 et 131.000 ans. Cet âge correspond à une période au cours de laquelle existaient plusieurs espèces humaines dont les Dénisoviens, Homo sapiens, H. neanderthalensis et H. erectus. L'une des coautrices de l'étude, le Dr. Shackelford, explique cependant que si la présence de Dénisoviens bien au sud de la Sibérie était suspectée, elle n'avait encore jamais été physiquement prouvée. La présence de cette dent au Laos était inattendue pour l'équipe mais celle-ci est confiante quant à l'appartenance de la molaire à une Dénisovienne. Cette molaire ressemble en effet à celles trouvées sur la mâchoire de Dénisovien au Tibet et est notamment très grande, ce qui constitue l'une des caractéristiques de l'espèce.

La dent d'une jeune Dénisovienne a été scannée et les auteurs ont pu analyser (a) la surface de l'émail et (b) la jonction entre l'émail et la dentine, qui ont permis de déterminer à quelle espèce appartenait la molaire. © Demeter et al, 2022

Les auteurs pensaient au premier abord qu'elle appartenait à H. erectus mais la morphologie de la molaire s'est en réalité avérée être « trop complexe » pour cette espèce. Des analyses ADN restent à effectuer afin de valider l'appartenance de la molaire à une Dénisovienne. La présence de Dénisoviens au Laos signifierait que les individus de cette espèce étaient capables de s'adapter à des environnements et climats très différents tels que ceux glacés de la Sibérie et du Tibet et ceux peu boisés et tempérés du nord du Laos. Cette plasticité serait plus similaire à celle d'Homo sapiens qu'à celle des Néandertaliens, plus généralement adaptés aux climats froids. Cette découverte d'une Dénisovienne en Asie du Sud-Est ouvre des perspectives prometteuses quant à la découverte de nouveaux restes d'espèces humaines disparues dans cette région.

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