Un trait du visage de certaines populations serait issu de l'Homme de Denisova. © Vince Smith, Flickr CC
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Un air de Denisova chez certains humains

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[EN VIDÉO] Connaissez-vous ces mythes sur la Préhistoire ?  Antoine Balzeau, paléontologue au Musée national d'Histoire naturelle, s'attèle régulièrement à l'exercice de la vulgarisation. De la diffusion des connaissances auprès du grand public. Auteur du livre « 33 idées reçues sur la Préhistoire », il en a dévoilé quelques-unes à Futura. 

Des scientifiques ont pu relier les traits du visage à plusieurs gènes chez des populations sud-américaines, dont un qui serait hérité d'une espèce d'humain disparue.

La couleur de nos yeux, de nos cheveux, de notre peau, mais aussi la forme de notre nez, la taille de nos oreilles et la largeur de notre front, en somme toutes les caractéristiques de notre visage sont dictées par nos gènes. Actuellement, les scientifiques ont identifié 50 loci génétiques, un gène ou un marqueur génétique toujours placé au même endroit sur un chromosome, associés aux traits de nos visages, dont une douzaine pour lesquels le lien a été attesté par plusieurs études indépendantes.

Une équipe internationale de chercheurs, dont plusieurs rattachés à l'University College of London et à l'Université d'Aix-Marseille, est à l'origine d'un grand projet qui a pour but d'étudier l'origine génétique des traits faciaux chez les populations sud-américaines. Ils publient leurs conclusions dans Science Advances. Le visage de plus de 7.000 personnes a été analysé sur la base d'une photo et ces observations ont été rattachées à leur patrimoine génétique, génotypé à cette occasion. Les scientifiques ont ainsi mis en évidence de nouveaux loci associés aux traits du visage chez les populations sud-américaines, mais aussi un gène bien particulier hérité d'un lointain ancêtre préhistorique : l'Homme de Denisova.

Le gène TBX15 serait un héritage de l'Homme de Denisova qui vivait en Asie et qui existe encore aujourd'hui chez les Amérindiens et les populations d'Amérique du Sud. © UCL, l'Université d'Aix-Marseille et The Open University

La forme des lèvres héritée d'anciens Hommes

Sur chaque photo, les scientifiques ont annoté et mesuré 41 structures faciales comme la largeur du front, la longueur du nez, la taille et l'inclinaison des oreilles, la forme des sourcils ou encore celle des lèvres. Au total, ce sont 32 régions chromosomiques qui ont été solidement associées avec un ou plusieurs traits morphologiques, dont certaines pour la première fois. Par exemple, le locus 4q31.3 donne sa forme au nez, il est impliqué dans sa taille, la forme des narines, la rondeur du nez et l'inclinaison de la columelle, un petit morceau de tissu mou situé au bout du cartilage du nez. 

Il y a un locus en particulier qui a beaucoup intrigué les scientifiques, le locus 1p12 qui contient le gène WARS2/TBX15. Ce gène est associé à l'épaisseur des lèvres, mais aussi à la distribution de la graisse corporelle chez les populations adaptées au froid comme les Inuits. Il se trouve que ce gène présente des introgressions, un transfert de gène entre deux espèces assez proches pour qu'elles puissent se reproduire, semblables à celles observées chez l'Homme de Denisova, une espèce archaïque du genre Homo.

Les 32 régions chromosomiques associées aux traits du visage. Les carrés rouges indiquent une association statistiquement significative et les régions en gras sont nouvellement identifiées. © Betty Fontante et al. Science Advances

Un gène conservé dans plusieurs populations

Chez les populations d'Amérique du Sud, mais aussi chez les populations asiatiques et natives américaines, l'épaisseur des lèvres serait un trait morphologique hérité de l'Homme de Denisova et qui s'est perpétré après sa reproduction avec l'Homme moderne. 

Il a été transmis aux humains modernes quand les deux groupes se sont croisés

« Les gènes découverts qui modèlent le visage sont peut-être le fruit de l'évolution puisque les anciens humains ont évolué pour s'adapter à leur environnement. Il est possible que la version du gène qui détermine la forme des lèvres qui était présente chez les Denisoviens aurait pu aider à la distribution du gras pour les rendre mieux adaptés au climat de l'Asie centrale, et qu'il a été transmis aux humains modernes quand les deux groupes se sont croisés », explique Kaustubh Adhikari, scientifique à l'Institut de génétique de l'University College London dans un communiqué de presse.

Selon les scientifiques, c'est la première fois qu'un gène hérité d'une ancienne espèce humaine est identifié comme responsable d'un trait du visage, et il n'est pas présent chez les Européens modernes.

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