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Ordinateurs et téléviseurs, des énergivores qui pourraient faire mieux

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Les « technologies de l'information et de la communication », c'est-à-dire les appareils informatiques, audiovisuels et de téléphonie, brûlent actuellement 13% de l'énergie totale consommée en France. Un chiffre en augmentation rapide. Mais elles représentent aussi une source d'économie possible et une réduction importante d'émissions de gaz à effet de serre.

Quel effet les téléviseurs ont-ils sur le climat ? © Goldenknabe aka Fewbrain / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

En 2008, le gouvernement a commandé une étude sur l'impact environnemental des technologies de l'information et des communications (TIC) à une équipe d'experts. Le rapport officiel vient d'être publié et ce document de 96 pages (téléchargeable au format PDF) est très instructif. En quelques décennies, la consommation électrique des ordinateurs, professionnels et individuels, des téléphones, des boxes ADSL, des téléviseurs, des décodeurs, et autres chaînes hi-fi est devenue une part importante de la consommation globale.

Selon l'étude, les TIC absorbent 58,5 TWh (térawatts-heures) par an, soit environ 13,5% des 434 TWh/an consommés par les Français et leurs activités, ou encore la production d'une huitaine de centrales nucléaires. La plus grosse part (16,5 TWh/an) est due aux téléviseurs et aux magnétoscopes (regroupés dans l'étude). Les ordinateurs personnels, avec leurs périphériques, atteignent 7 TWh, soit nettement moins que les postes de travail professionnels (11 TWh/an) mais davantage que les serveurs (4 TWh/an).

Les auteurs expliquent cependant qu'une incertitude importante persiste dans la répartition précise. De nombreux équipements (installations des opérateurs de téléphonie, routeurs, PABX, appareils ménagers divers et variés...) sont réunis dans la catégorie « Autres matériels », qui totalisent 20 TWh/an. Les résultats diffèrent notablement d'une estimation réalisée pour l'année 2005 à l'échelle de l'Union européenne, qui estimait la consommation des TIC à 214,5 TWh, soit 8% de la consommation électrique de l'UE, ce qui, par extrapolation, donnait 32 TWh/an pour la France. Mais cette étude indiquait elle aussi une forte progression annuelle.

La consommation d'électricité des ménages en France due aux appareils électroniques dédiés à l'audiovisuel (essentiellement les téléviseurs) a quasiment doublé en une décennie (zone bleue). L'informatique (en orange) a fait une brutale apparition. Mais la consommation totale a très peu bougé grâce à une réduction de la consommation des lampes d'éclairages et de plusieurs appareils électroménagers. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir.) (Graphique extrait du rapport.)

Combien consomme ma box ?

Le rapport souligne la prévisible augmentation de consommation avec la généralisation des téléviseurs numériques haute définition à écran large, gourmands notoires, et déplore « l'absence de prise en considération des impacts énergétiques lors des décisions sur le passage à la TNT et à la TV HD, avec la mise en service des décodeurs par millions ». Enfin, le succès des boxes pour l'accès à Internet à haut débit introduit dans les foyers des croqueurs d'électricité à l'appétit mal évalué. « Les boîtiers ADSL sont étudiés, et fournis par l'opérateur de réseau, qui en est le prescripteur. Mais ce n'est pas lui qui en paiera la consommation : ce sera son client, et celui-ci ignore la plupart du temps le niveau et le coût de cette consommation. »

Mais les TIC ne sont pas qu'une source de plus pour dissiper l'énergie électrique. Elles représentent aussi une économie en ce sens qu'elles génèrent indirectement une réduction d'autres activités, surtout le transport. Le télétravail et les réunions à distance sont des exemples évidents mais l'effet vient aussi du commerce électronique et des médias en ligne. Les estimations sont cependant très difficiles et, selon les auteurs, la principale étude est celle réalisée par la GeSI (Global e-Sustainability Initiative) et baptisée Smart 2020. Elle ne concerne cependant que les émissions de gaz carbonique et ce à l'échelle mondiale. A l'horizon 2020, les TIC pourraient générer une réduction entre une et quatre fois leurs propres émissions.

Enfin, des substantiels gains sont possibles. La généralisation des portables face aux ordinateurs de bureau devrait par exemple produire une réduction générale de la consommation due aux micro-ordinateurs. Des économies sont également envisageables pour les téléviseurs ou les boîtiers d'accès à Internet et des mesures commencent à être prises pour décourager la mise en veille des appareils (10% de la consommation électrique des ménages français selon le rapport) plutôt que leur extinction.

Les auteurs proposent 19 recommandations pour pousser les TIC vers davantage de sobriété, dont la mise en place de labels énergétiques, l'affichage des consommation et l'augmentation de la durée de vie des téléphones mobiles. Pour les téléviseurs, le rapport préconise de privilégier les écrans LCD plutôt que les modèles à plasma, notamment en instaurant une taxe basée sur la consommation électrique.

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