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Extension et durée d'occupation du site

Dossier - Le village du Mont Bastide - Êze (Habitat rural antique dans les Alpes Maritimes)
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Le Mont Bastide a déjà derrière lui une longue histoire archéologique puisque le premier plan en fut publié en 1852 (Naudot, 1852) et que les premières fouilles ont suivi de peu le rattachement à la France du Comté de Nice. Il a également suscité les interprétations les plus diverses qui, souvent, l'ont emporté sur la réalité des découvertes. Il culmine à l'altitude de 568 ni et occupe le sommet et, sur une cinquantaine de mètres de dénivellation, les pentes ouest d'un sommet calcaire qui domine la mer, à l'ouest, et le col d'Èze à l'est. Il s'insère dans une série assez dense de sites.

  
DossiersLe village du Mont Bastide - Êze (Habitat rural antique dans les Alpes Maritimes)
 
  • Chronologie du site
L'occupation du site remonte probablement au Néolithique.Si on laisse de côté les découvertes de haches polies qui ont trop longtemps été utilisées comme amulettes pour constituer un réel indice d'occupation, le mobilier céramique des fouilles anciennes, conservé aux musées de Cimiez et Menton, montre quelques faciès céramiques qui paraissent remonter au Néolithique ou au Bronze Ancien. Tous paraissent provenir du locus 136. Il est difficile, eu égard au caractère très fragmentaire de l'information, de rattacher une forme d'habitat particulière à ces objets.

La date de la mise en place d'une occupation permanente et structurée sur le site est beaucoup plus tardive. Elle se déduit assez aisément de l'abondant mobilier résiduel. Les formes anciennes les plus typiques des Vle, Ve, IVe et IIIe siècles avant notre ère en sont totalement absentes, qu'il s'agisse du mobilier importé ou de céramique modelée. Les formes identifiables les plus anciennes sont des Campaniennes A Lamb. 23, dont la production cesse vers ‑175. Un dessin de céramique à vernis noir conservé dans les archives de fouilles du Cdt Octobon, paraît en outre se rapporter à une forme Morel F 1530, dont la production cesse vers ‑200. L'essentiel des formes conservées, tant en céramique fine qu'en céramique commune ou en mobilier amphorique, n'est pas antérieur au début du Ile siècle.

Le nombre pour le moins discret des mobiliers caractéristiques du IIIè siècle et du premier quart du IIe siècle conduit à placer le début de l'occupation suivie du site aux environs de ‑200. Les séquences de mobilier sont en revanche ensuite ininterrompues jusqu'au début de l'époque impériale.

Pour la période impériale, le mobilier témoigne d'une occupation continue depuis le règne d'Auguste jusqu'à l'époque d'Hadrien. Au‑delà, il est extrêmement difficile de se prononcer. Dans l'attente d'une étude détaillée du mobilier des fouilles Octobon, le seul mobilier du Ile siècle est en effet présent en quantités discrètes dans des remblais de préparation de sols qui, pour la plupart, ont disparu. Le niveau d'arasement des structures est en général de peu inférieur aux niveaux d'utilisation de l'époque antonine. Les contextes correspondant à cette utilisation et aux périodes ultérieures ont disparu. Quelques fragments d'urnes de type Brun D vus dans le mobilier conservé au musée de Cimiez montrent que l'occupation a perduré au moins jusqu'à une période avancée de ce siècle, et vraisemblablement pendant une partie du siècle suivant.

Ces conclusions recoupent dans leurs grandes lignes celles du Cdt Octobon (1972‑1973, p. 51), qui plaçait pour l'essentiel le site bâti entre le IIè siècle avant notre ère et le IIIè siècle après. Seule disparaît de notre panorama l'occupation précoce des VIIIe /Vlle siècles avant notre ère qu'il croyait antérieure à l'enceinte. Elle procédait d'erreurs d'identification du mobilier.

Les fouilles de 1999 ont en revanche révélé, au pied des barres rocheuses situées sous la porte, un petit dépotoir des Ve/Vè siècles de notre ère, confirmant ainsi des découvertes sporadiques effectuées à l'extrémité de la rue 106 (3) qui s'accordent avec la mention de découvertes d'inhumations sous tuiles en bâtière « près du rempart » (Truchi, 1900). Il est malheureusement impossible, dans l'état de notre documentation, de déterminer si le site a été occupé de façon continue entre le Ile et le Ve siècle ou si la réoccupation alto‑médiévale fait suite à une période d'abandon de durée inconnue.

Enfin, le même secteur a livré une quantité importante de céramiques de la fin du Moyen Âge qui pourrait devoir être mise en relation avec le nom de Bastide. Unique pour désigner dans notre région un castellaras, il caractérise d'ordinaire des structures médiévales. En toute hypothèse, il pourrait s'agir de la butte artificielle qui recouvre toute la partie nord‑est du site.

Le plan du site d'après le commandant Octobon (1972-1973(copyright - tous droits réservés )

  • L'enceinte

Le site se caractérise par la présence d'une enceinte assez imposante par endroits qui pose un certain nombre de problèmes. Pour le commandant Octobon, suivi par G. Brétaudeau, il existait trois systèmes défensifs :

#8209; Une enceinte extérieure, (ou « murs avancés Ouest du Mont Bastide ») identifiée avec un certain nombre de murs montés à sec qui dominent le vallon de Lavaric (Brétaudeau, 1996, p. 464, pl. 402). Une porte se serait située au niveau du petit vallon compris entre le vallon de Lavaric et le sommet du site(4) (Octobon 1961‑1962 ; 1972‑1973, p. 17‑20. Brétaudeau 1996, pl. 402) .

‑ Une enceinte supérieure. Son développement correspondait, selon le Octobon, à l'emprise du plan publié dans les mémoires de l'IPAAM.

‑ Un « bastion inférieur ouest ».

À ces ensembles, G. Brétaudeau (1996, p. 457 ; p. 464, pl. 403 ; p. 465, pl. 404) ajoute, à l'extrémité du promontoire rocheux qui domine Èze, la petite enceinte de la Basdite, dite « enclos est » ou encore « bastide avancée Est du Mont Bastide ». En l'absence de mobilier archéologique sur cette enceinte de 550 M² la prudence, et, surtout, le nom d'usage du site (« La Bandite ») suggèrent d'y voir un enclos agro‑pastoral d'époque médiévale ou moderne.

Arrêtons‑nous quelques instants sur les trois systèmes décrits par Octobon. L'existence du premier est très douteuse. Les murs sont bien réels, mais semblent des structures relativement récentes vouées à stabiliser les crêtes qui dominent le vallon de Lavaric. Dans une interprétation défensive, il serait bien surprenant de ne les voir se raccorder à aucun des systèmes défensifs avérés. Cette interprétation contraint à intégrer dans le système supposé les murs d'épierrement qui limitent la parcelle cultivée du vallon situé entre Lavaric et le sommet du Bastide. C'est à l'extrémité septentrionale de cette parcelle, au débouché d'un chemin très ancien, qu'Octobon fondait sur la présence d'une petite dalle de chant, la porte de ce système. Ce secteur ne livre du reste aucun mobilier antique.

Le système sommital est très complexe. Son tracé, sur les côtés nord et est, est assez bien établi, même si la fouille a montré qu'une bonne partie du rempart supposé est en fait un murde soutènement du Ile siècle de notre ère remonté à 1 m près sur le tracé du rempart protohistorique. On peut distinguer au moins quatre types d'appareil :

‑ De gros blocs à peine dégrossis disposés en parement et séparés par un blocage. Cet appareil, qui est celui de la porte est aussi celui que l'on rencontre au bas de la rue 106, où il est au plus tard de la fin du Ile siècle avant notre ère.

‑ On ne peut pas le confondre avec celui, aussi grossier, mais réalisé avec des blocs d'un module sensiblement inférieur, qu'au pied de la rue 106 et dans les réfections de la terrasse sommitale à proximité de la porte, on a pu dater de la fin du ler ou du début du Ile siècle de notre ère. C'est l'appareil utilisé pour la majorité des grandes terrasses de la face ouest du site.

‑ L'extrémité nord du rempart présente un appareil original fait de très gros blocs disposés en boutisse. Cet appareil disparaît à l'est au niveau de la tranchée ouverte en 1865 dans la butte sommitale par la Société des lettres, sciences et arts de Nice, où il cède la place à un mur du type 2. La chronologie relative des deux murs reste à établir.

‑ La tour (fig. 2 et 3, ne 20). Cette tour de flanquement de plan carré est réalisée à sec en appareil polygonal quasi quadratum, avec chaînages d'angle croisés. Elle est postérieure au rempart primitif, auquel elle s'appuie. Octobon la datait du Ille siècle, sur la base d'arguments très discutables.

Nous pensons que le rempart s'interrompait initialement là où il se raccordait aux barres rocheuses de face ouest au niveau du N° 66 du plan Octobon (fig. 2), à une époque où, en l'absence de terrasses, les barres de cette face devaient constituer une protection suffisante.

Les deux terrasses sommitales, quoiqu'elles aient pu constituer un obstacle majeur pour un assaillant éventuel, doivent être d'abord considérées comme des aménagements destinés à supporter des façades.

Le plan du site d'après les levés topographiques de L. Brucker (2000).(copyright - tous droits réservés )

La prospection détaillée des pentes ouest a montré que le « bastion inférieur ouest », loin d'être une défense avancée, n'est qu'une partie d'un système d'habitat qui, dans l'état de nos informations, comprend au moins six, et, probablement, sept terrasses aménagées, voire plus.

  • Le périmètre habité

Le périmètre occupé par l'habitat apparaît de ce fait beaucoup plus important que ne le considérait Octobon, qui le limitait à la zone comprise entre le rempart et la seconde terrasse comptée à partir du haut, soit la zone représentée dans ses plans. Il considérait, à tort, les terrasses situées entre cette zone et le « bastion inférieur ouest » comme des terrasses agricoles modernes. La reconnaissance au sol a en effet permis de reconnaître deux séries symétriques de terrasses artificielles, en partie excavées dans le rocher, en partie construites, et séparées par une rue aménagée en escaliers qui paraît avoir abouti à la porte. Ces terrasses, qui se prolongent en aval du « bastion inférieur ouest », présentent encore des restes de maisons, murs et angles de murs, construits en appareil polygonal quasi quadratum sur dalles de chant qui excluent formellement d'y reconnaître des terrasses agricoles. La conclusion de notre prédécesseur est d'autant plus curieuse que ses carnets montrent (p. 21, et fig. 4 ci‑dessus) qu'aucun de ces dispositifs n'avait échappé à sa sagacité.

Les terrasses inférieures d'après les croquis des cahiers de fouilles du Cdt Octobon. (copyright - tous droits réservés )

Ces systèmes de terrasses se prolongent environ jusqu'à l'aplomb du rempart nord. Sur le côté nord‑ouest, des traces d'aménagement sont probables presque jusqu'au contact du petit vallon cultivé, mais à la différence des précédentes, elles restent hypothétiques. C'est en tout cas, dans l'état de l'investigation, un site dont la superficie doit être évaluée à deux hectares au moins, et pourrait, dans une hypothèse haute, avoisiner les trois hectares dans sa plus grande extension.

La configuration accidentée du terrain, qui place 12 m de dénivelé entre le pied du rempart est et la rue sommitale distante à vol d'oiseau de moins de 21 m, et 45 m de dénivelé entre le sommet du site et le sommet de la plus basse des terrasses reconnues, a de toute évidence imposé de gros aménagements à un site qui frappe par la densité du bâti. Tout le problème est aujourd'hui de définir la chronologie de la mise en place de ces éléments de l'urbanisme, ainsi que les traits majeurs du site pour les deux périodes pour lesquelles nous disposons d'un minimum d'informations: le Haut‑Empire julio‑claudien et flavien, pour lequel nous sommes bien documentés, et la période antérieure, dont les témoins ont été bien malmenés à l'époque impériale.

  • L'occupation de la fin de l'Âge du Fer (vers 200‑vers 50 avant notre ère)

Les niveaux en place de cette période sont en effet assez rares. La plupart du temps, les réaménagements ultérieurs les ont fait disparaître par surcreusement. Il semble en effet que, dans bien des cas, les réaménagements survenus à la fin de la période julio‑claudienne et au Ile siècle aient conduit à la destruction pure et simple de ces niveaux anciens. Il semble, au vu des rares éléments dont nous disposions (pièces 236, 45, 25/26), que les sols étaient principalement constitués durant cette période de briques d'adobe disposées au‑dessus d'un nivellement grossier du substratCe matériau semble avoir été retiré lors des réaménagements de ces pièces, sans doute initialement vouées à l'habitat, en sous‑sols, à l'époque impériale. Dans ces conditions, on ne peut espérer caractériser l'occupation de la fin de la Protohistoire avec toute la précision souhaitée. Du moins peut‑on cerner l'extension du site et quelques‑uns des traits majeurs de l'urbanisme de cette période.

  • Extension du site protohistorique

Aucune structure de cette période n'est malheureusement associée à des contextes. Il n'en reste pas moins que la carte des trouvailles assez abondantes de mobilier antérieur à l'apparition de la sigillée permettent de cerner avec une approximation acceptable l'extension probable du site durant la Protohistoire finale, dans la limite des zones explorées à ce jour. Elle recouvre au moins la zone sommitale cartographiée par le Cdt Octobon. Ce dernier avait trouvé des quantités importantes de mobilier campanien sur la seconde terrasse ouest (locus 90‑91 et 122‑124). En l'absence de documentation relative aux terrasses inférieures, il est impossible de se prononcer de façon formelle et définitive sur l'existence ou non des terrasses inférieures dès cette époque. Les carnets du Cdt Octobon (p. 21) font état de la découverte de fragments de campanienne à l'aplomb de la dernière terrasse, dite « bastion inférieur ouest ». Le type d'appareil utilisé pour le bâti que l'on y trouve (dalles de chant régularisées) plaiderait en faveur de la relative précocité de l'occupation généralisée des pentes ouest. On rencontre cet appareil pour la construction du dernier état pré‑impérial de la pièce 236. Le dégagement, très partiel, en 1998, à l'extérieur du rempart est, d'une couche rubéfiée horizontale couverte par une couche de cendres clairement antérieure à l'époque impériale et qui semble datable de la fin du IIè ou du début du ler siècle avant notre ère pourrait accréditer l'extension de l'habitat à l'extérieur du rempart dès une époque antérieure à l'Empire, même sur le versant est. La fouille en 1999 par L. Lautier d'un petit dépotoir (secteur 2) dans une faille aménagée au pied des barres rocheuses situées au à l'aplomb de la rue 40/41 et de la porte 39 a néanmoins permis d'y constater l'absence totale de mobilier antérieur à la période impériale. La question reste donc ouverte.

Vue générale de la porte 39 (P. Arnaud)(copyright - tous droits réservés )

  • Techniques de construction

Nous ne disposons à ce jour d'aucune information sur les élévations. Seules peuvent être prises en compte les fondations sur lesquelles ont été remontées des structures maçonnées d'époque julio‑claudienne. Il est clair, pour la partie que nous avons nous‑même explorée en 1998 et 1999 (106, 132, 133, 134/137, 163, 233, 234, 235, 236), et pour le locus 136, fouillé successivement par le chanoine de Villeneuve et par le commandant Octobon, que l'état pré‑impérial se caractérise par l'usage de dalles calcaires, le plus souvent de grandes dimensions, disposées de chant et fondées sur le rocher ou sur des dalles plates, toujours taillées à la masse, liées à l'argile, et régularisées à l'aide de calages de petites pierres. Quelques exemples bien conservés, notamment dans la pièce 136, montrent qu'elles supportaient une seconde assise constituée de blocs de même section disposés horizontalement. Ces derniers offraient un lit de pose très régulier sur lequel on restitue des élévations plutôt de brique d'adobe que de pierre sèche. La recherche d'un lit de pose horizontal suggère en effet l'usage de la brique et les structures de pierre se caractérisent par une faible épaisseur, de l'ordre de 20 cm, qui se trouve coïncider sensiblement avec celle des trois briques d'adobe retrouvées à ce jour en fouille, toujours dans des lambeaux de contextes pré‑impériaux.

La disparition systématique des niveaux protohistoriques dans la totalité des zones fouillées et la préservation, sous un sol bétonné romain, d'un foyer préhistorique dans la pièce 136(~5) suggèrent que ces structures étaient en réalité autant et plus des fondations que des solins, et que le niveau du sol d'usage a été systématiquement abaissé durant la période impériale. L'absence systématique d'ouvertures et de seuils dans ces murs anciens plaide dans le même sens. Dans certains cas (fig. 3 : 134‑137), elles pouvaient constituer un appareil quasi polygonal, mais elles servent alors d'habillage au rocher entaillé.

L'usage des dalles de chant paraît donc contemporain de cette phase, ce qui ne veut nullement dire qu'il en fut exclusivement contemporain. Octobon a, de fait, bien noté l'existence d'une telle dalle, à vrai dire isolée, dans un contexte stratigraphique indubitablement d'époque impériale : le locus 190. Il en inférait, non sans quelque raison, qu'il s'agissait d'une particularité relativement tardive. C'est surtout la preuve que cette technique simple de mise en oeuvre a pu perdurer largement au‑delà de la période où elle paraît caractériser l'essentiel des fondations.

Cette technique se distingue entièrement de celle, beaucoup plus grossière, qui a été mise en oeuvre pour les deux grandes terrasses de la face ouest, dont l'existence à cet emplacement est certaine dès la Protohistoire, mais dont rien n'indique que, dans l'état où elles sont aujourd'hui visibles, elles sont attribuables à l'époque protohistorique. Les grandes terrasses paraissent avoir été toujours montées à sec, condition nécessaire à l'évacuation des eaux et à la limitation de la poussée qu'elles pouvaient induire sur la structure (mur de limite entre 134/137 et 132).

  • Urbanisme et organisation du site

Pour fragmentaires qu'elles soient, ces données permettent de tenter une ébauche prudente de l'organisation de l'urbanisme pour cette période ancienne, du moins pour les zones explorées à ce jour, sachant que rien ne laisse supposer, dans l'état de nos connaissances, qu'elles puissent être généralisées à l'ensemble du site et qu'en dehors de ces zones, toute conclusion repose nécessairement sur une lecture d'un plan de surface dont rien n'indique qu'il puisse être extrapolé pour la période qui nous intéresse : il est certain, par exemple, que la rue 106 n'existe pas avant la période impériale.

L'entreprise est néanmoins, jusqu'à un certain point en tout cas, d'autant moins risquée que l'urbanisme est soumis à des contraintes naturelles fortes et que la fouille a révélé que la plupart des murs maçonnés ont été remontés sur des murs antérieurs.

La partie sommitale, la seule dont on puisse garantir l'occupation préimpériale, était sensiblement divisée en deux moitiés égales par l'arête sommitale qui paraît avoir été d'emblée utilisée comme voie de circulation, tandis que l'équipement des zones situées entre le sommet et les secteurs plus en aval supposait nécessairement des aménagements importants. Les rues ou ruelles transversales, orientées est‑ouest, présentaient notamment des difficultés importantes et supposaient l'aménagement d'escaliers pour franchir les barres rocheuses.

La zone 1, fouillée en 1998 et 1999 (fig. 5) est la seule dont nous ayons aujourd'hui une vision un tant soit peu claire (fig. 6). Les quelque 300 M2 dégagés par notre équipe(6) montrent qu'avant la création de la rue 106, la rue 234 se prolongeait sous la pièce 135, et, probablement à l'emplacement du mur 1181, qui sépare mes pièces 105 et 107. Elle se développait parallèlement à une ruelle située plus haut, sur la terrasse 163, à laquelle elle était reliée par la ruelle 235.

Quoique la création de la pièce 135 ait complètement bouleversé le schéma de circulation dans cette zone, il est remarquable que tous les murs correspondant à ce réaménagement, à l'exception des murs nord et sud de la pièce 135 et du mur nord de la pièce 134/137 aient été remontés sur les fondations de la période précédente. Il en est de même des murs, aveugles, des pièces 105 et 107, qui bordent la rue 106.

Ce qui frappe dans le peu que nous puissions lire de l'urbanisme pré‑romain du site, c'est sa densité, qui apparaît comparable à celle de l'agglomération romaine impériale. Autant que l'on puisse actuellement en juger, la principale différence avec cette dernière paraît résider dans le choix privilégié d'îlots linéaires parallèles aux courbes de niveau et dans une architecture de terre sur base de pierre qui paraît avoir ignoré la tuile. Il est malheureusement impossible de déterminer si cet urbanisme s'est mis en place d'un seul jet ou de façon très progressive.