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Dossier - Le village du Mont Bastide - Êze (Habitat rural antique dans les Alpes Maritimes)
DossierClassé sous :archéologie , Eze , romain

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Le Mont Bastide a déjà derrière lui une longue histoire archéologique puisque le premier plan en fut publié en 1852 (Naudot, 1852) et que les premières fouilles ont suivi de peu le rattachement à la France du Comté de Nice. Il a également suscité les interprétations les plus diverses qui, souvent, l'ont emporté sur la réalité des découvertes. Il culmine à l'altitude de 568 ni et occupe le sommet et, sur une cinquantaine de mètres de dénivellation, les pentes ouest d'un sommet calcaire qui domine la mer, à l'ouest, et le col d'Èze à l'est. Il s'insère dans une série assez dense de sites.

  
DossiersLe village du Mont Bastide - Êze (Habitat rural antique dans les Alpes Maritimes)
 

À s'en tenir aux sites plus ou moins contemporains du Mont Bastide, mentionnons la découverte, en 1870, de trois phiales mésomphaloï d'argent de la fin du IV" ou du début du Ille siècle avant notre ère dans la propriété Fighiera, au lieu‑dit La Fuenta, (Brun, 1870 ; Painter, 1989), à 200 ni au nord‑est du village. Cette découverte, mal documentée, reste d'interprétation difficile, mais évoque fortement une tombe princière. Le village d'Èze a livré plusieurs inscriptions latines (Couissin, 1931, 7, no 18) et G. Brétaudeau (1996, p. 458) y reconnaît les traces de « murs en appareil cyclopéen ». C'est surtout le site jumeau du Castellar ou de la Brasca, sur les limites d'Èze et de Monaco, dont la datation peut s'étendre du Ve au ler siècle avant notre ère (Brétaudeau, 1996, p. 458‑459), mais où l'abondance de tegulae signale une durée de vie sans doute très supérieure sous l'empire. Enfin, on connaît un site d'époque impériale à Saint‑Laurent‑ d'Èze, au lieu‑dit Rosetti, ou « la ruine romaine » (Brétaudeau, 1996, p. 458).

Face nord‑ouest du site ( copyright - tous droits réservés P. Arnaud).

En dépit d'aléas divers, qui tiennent à la fois aux moyens mis en oeuvre et aux a priori conceptuels propres aux époques durant lesquelles s'est développée l'enquête archéologique, il a été l'objet de plusieurs publications assez circonstanciées. Ce furent d'abord celles du chanoine de Villeneuve (1905, 1906), qui se signalent par le caractère hautement fantaisiste d'une interprétation qui tire sans cesse le site du côté de l'univers mycénien, puis, surtout, celles du Cdt Octobon (1955, 1969, 1972‑1973, 1974), qui reprit, malgré son âge et les stigmates de la Première Guerre mondiale, avec de petits moyens, mais une grande ténacité, l'étude du site de 1947 à 1964.

On lui doit d'avoir, le premier, reconnu que, s'il existait bien des traces d'une occupation de la fin de la Préhistoire, très épisodiquement conservées, le site, dans l'état où il est visible n'est ni préhistorique ni même protohistorique, mais d'époque romaine impériale. On lui doit également un plan assez détaillé du site, principalement fondé sur le relevé des vestiges visibles au sol.

Pour autant, les lacunes demeurent nombreuses, et l'on restait dans l'expectative quant aux grandes lignes de l'urbanisme et de son évolution, en l'absence de fouilles étendues à plusieurs pièces mitoyennes. Cette situation tenait à la fois aux faibles moyens dont disposait Octobon, qui le contraignirent parfois à ne fouiller que des demi‑pièces, et à l'image qu'il se faisait d'un urbanisme assez largement éclaté caractérisé par des cases et non par des îlots. Sans lever totalement des ambiguïtés que seul un programme à long terme pourra éclaircir, les deux campagnes que nous avons pu conduire sur le site fournissent assez d'éléments pour proposer quelques lignes directrices d'interprétation.