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Les satellites, sentinelles pour la Terre

Dossier - Satellites : plus fort que Big Brother
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Devons-nous craindre les techniques spatiales de surveillance de la Terre, ou bien pouvons-nous les considérer comme les instruments d’un principe de responsabilité et de vigilance des humains les uns à l’égard des autres et de leur planète ?

  
DossiersSatellites : plus fort que Big Brother
 

Complices ou compagnons, sentinelles ou gardiens : Spoutnik et les cinq mille satellites qui ont rejoint les orbites terrestres depuis le 4 octobre 1957 méritent tous l'un ou l'autre de ces noms, quelle que soit la mission qu'ils remplissent, la fonction qu'ils assument.

Image satellite d'un panache volcanique s'élevant du Sarytchev. © John, CC BY-SA 2.0
Satellite espion. © Domaine public

La liste de ces fonctions, jamais close, en est connue : communication et géolocalisation (le mot technique qui, avec celui de géopositionnement, désigne la tâche du GPS américain), télédétection et géodésie, météorologie et climatologie, renseignement et reconnaissance, surveillance et alerte.

Chaque satellite peut être considéré comme un moyen particulier et spécifique de recueillir et de transmettre des signaux qui proviennent de la Terre, qu'ils soient naturels ou artificiels. À près de 36.000 kilomètres d'altitude, l'orbite géostationnaire présente une singulière particularité : tout objet qui s'y trouve tourne autour de la Terre à la même vitesse qu'elle et, par conséquent, paraît immobile dans le ciel.

C'est Arthur C. Clarke qui, le premier, a décrit avec force détails l'usage possible de satellites placés sur cette orbite et appelés par conséquent géostationnaires : celui de permettre des communications de masse et d'assurer une couverture mondiale. Il faut encore dire un mot de la résolution, c'est-à-dire de la taille du plus petit objet qui peut être détecté et enregistré par un instrument donné ; celle des satellites a toujours fait l'objet de nombreuses hypothèses, suppositions et fantasmes.

Dessin artistique du satellite américain KH-12. © DR

De fait, elle a énormément évolué depuis cinquante ans : de plusieurs dizaines de mètres pour les premiers instruments embarqués à une dizaine de centimètres pour les satellites-espions américains KH-12. Existe-t-il une limite théorique ? Les spécialistes parlent volontiers de 2 à 5 centimètres, puisqu'il convient de tenir compte des perturbations de l'atmosphère, impossibles à corriger à un niveau aussi faible de résolution. Il n'en demeure pas moins quelques fantasmes pour alimenter films et romans. Où réside le fantasme ?

Satellite géostationnaire et satellite de défilement

Le plus souvent, rappellent les spécialistes, dans la constante confusion « entre satellites géostationnaires (qui permettent d'observer toujours la même zone vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais à faible résolution du fait de leur position à 36.000 kilomètres d'altitude) et satellites à défilement (qui fournissent des détails très fins mais ne restent jamais fixes au-dessus du point observé) »

Deux systèmes, deux types de capacité pour l'heure techniquement disjoints : « Aussi longtemps qu'on ne saura pas placer des instruments à très haute résolution spatiale sur l'orbite géostationnaire (cela pourrait arriver d'ici vingt ou trente ans car les recherches avancent sur le sujet), conclut Rousselin, le satellite qui reste stationnaire et enregistre néanmoins une image détaillée de ma maison tous les quarts d'heure, voire en continu, est un fantasme » (Françoise de Blomac, & Thierry Rousselin, Sous surveillance ! Démêler le mythe de la réalité, Paris, Les cahiers de l'info, 2008, p. 54).

Aéroport de Frankfort en Allemagne, photographié par le satellite Ikonos en 2000. La résolution est de 1 mètre. © USGS

Mais qu'importent les contraintes techniques : l'idée, l'image du satellite omniscient continuent à alimenter aussi bien la fiction, celle des promoteurs du toujours plus satellitaire et sécuritaire, comme celle de leurs opposants.

À qui appartient le ciel ?

Mais à qui le ciel est-il ouvert ? L'espace est ouvert (et il est tentant d'ajouter : appartient, même si le droit spatial parle de bien et de patrimoine commun) à celui qui acquiert les moyens de s'y rendre, d'y déployer des satellites, d'y faire vivre et travailler des astronautes ; autrement dit aux États qui sont précisément qualifiés de puissances spatiales : près d'une cinquantaine de pays possèdent aujourd'hui un seul ou de très nombreux satellites en orbite autour de la Terre (un pour l'Iran, mille pour les États-Unis) ; une dizaine seulement sont capables de les lancer eux-mêmes.