Le Crew Dragon de la mission Inspiration4. © SpaceX
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Inspiration4 : la claque qui doit réveiller l’Europe !

ActualitéClassé sous :vols habités , ESA , accès à l'espace

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[EN VIDÉO] ESA : l’Europe unie dans l’exploration spatiale  Que de missions déjà pour l’Agence spatiale européenne depuis sa création en 1975. Plus que jamais l’ESA a les yeux tournés vers nos deux astres voisins : la Lune et Mars. Pour cela, de nouveaux robots se préparent pour leurs missions d’exploration et d’investigation avant que l’être humain n’y débarque. 

Le succès d'Inspiration4 et la voie que trace SpaceX pourraient contraindre l'ESA et l'Europe à se décider, enfin, à développer un système de transport spatial habité. Depuis plus de 30 ans, l'ESA a fait le choix de la coopération plutôt que celui de l'autonomie pour envoyer ses astronautes dans l'espace. Aujourd'hui, la situation a changé. Il est temps pour l'ESA de se lancer dans cette aventure. Notre analyse avec Didier Schmitt, responsable de la stratégie de l'exploration humaine et robotique à l'ESA.

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Le retour sur Terre de la mission Inspiration4 de SpaceX signe un indéniable succès technologique et ouvre une nouvelle ère pour l'utilisation habitée de l'orbite basse et de son développement économique, aussi appelée le LEO Hub. Les perspectives d'avenir de ce LEO hub, qui promet des débouchés commerciaux et un important panel de nouvelles activités, sont bouleversées. Elles prennent l'allure d'une nouvelle course à l'espace -- cette fois-ci commerciale, et encore plus rapide que celle des années soixante -- et que semblent avoir déjà perdue l'Europe et l'Agence spatiale européenne.

Cette nouvelle course se différencie aussi par un plus grand nombre d'acteurs. Au lieu des deux blocs Est-Ouest, s'ajoutent la Chine, l'Inde et des sociétés privées. L'ESA et l'Europe ne peuvent plus se permettre de ne pas y être.

Comme nous l'explique Didier Schmitt, responsable de la stratégie de l'exploration humaine et robotique à l'ESA, « Inspiration4 nous met devant le fait accompli ».  Il y a 30 ans, pour des raisons qui, peut-être se justifiaient à l'époque, l'Europe a « décidé de ne pas se lancer dans l'aventure d'une autonomie en matière de vols habités».

Une dépendance qui se paie au prix fort

Une dépendance que les responsables de l'Agence spatiale européenne doivent assumer encore aujourd'hui alors même que « l'Europe maîtrise toutes les technologies clés nécessaires au développement d'un système de transport spatial habité » ! Depuis l'arrêt, au début des années 90, du programme Hermès qui aurait permis à l'Europe d'être autonome dans les vols habités, l'ESA a fait le choix de la « coopération internationale - et donc de troquer les vols de nos astronautes - plutôt que de développer sa propre infrastructure de transport spatial habité ».

L'Europe maîtrise toutes les technologies clés nécessaires au développement d'un système de transport spatial habité 

« Aujourd'hui, on en paye le prix fort ! ». En refusant de se mettre dans les pas des Russes et des Américains quand il en était temps, nous sommes « non seulement dépassés depuis longtemps par ces deux nations, mais également par la Chine et plus étonnant par une entreprise privée américaine ». Et demain, en 2022, c'est l'Inde « qui nous fera un coucou depuis l'espace » !

D'ici quelques années le programme ISS, sous sa forme actuelle sera arrêté ; l'ESA pourrait être « contrainte d'acheter directement à SpaceX ses services de transport pour ses propres astronautes » ! Une situation aberrante qui revient de facto à « financer le principal concurrent d'Arianespace » ! L'époque où, d'État à État et d'agence à agence, l'ESA pouvait négocier des vols habités « risque d'être révolue ».

Projet de navette spatiale européenne (Hermès) abandonné huit ans après son démarrage (1984-1992) pour des raisons techniques et financières. © ESA, D. Ducros

SpaceX va-t-il contraindre l'Europe à construire son propre système de transport spatial ?

Ce succès de SpaceX relance le « débat sur la nécessité de doter l'Europe d'un programme habité autonome et de développer sa propre infrastructure de transport spatial habité avec des innovations qui vont profiter à d'autres secteurs, comme l'aéronautique du futur ». Il y a donc une certaine urgence à ce que les États membres de l'ESA, voire la Commission européenne, prennent les orientations qui s'imposent.

Soit nous restons définitivement le dernier de la classe, soit nous réagissons

Soit nous restons définitivement le dernier de la classe, soit nous réagissons et « nous réalisons quelque chose de plus intelligent que le système de transport Falcon 9/Crew Dragon de SpaceX, voire qui se rapproche du Starship ». Il semble qu'aujourd'hui, on soit dans un schéma où les industriels du secteur spatial et les États membres de l'ESA ne sont pas très alignés sur ce sujet pour des raisons variées.

Entre les petits pays qui ne sont guère intéressés par l'autonomie de l'accès à l'espace ou ses applications dans le domaine de la défense, et l'Allemagne qui reste obnubilée par les problèmes d'Ariane 6, seules l'Italie et la France semblent vouloir aller de l'avant. Il semble donc très compliqué de mettre sur la table un programme de vol habité qui pourrait fédérer tous ces acteurs européens.

Se faire dépasser par une société privée alors que « nous possédons les compétences techniques pour réaliser un système de transport spatial habité original alliant besoins privés et publics, ce n'est juste pas possible. La question des vols habités ne peut plus être éludée au plus haut niveau politique ».

Ça suffit, la situation ne peut plus durer, le temps presse

L'Europe ne peut pas continuer à être à la remorque des États-Unis pour le transport de ses astronautes. Si l'accès à l'espace fait l'objet d'une compétition mondiale, c'est bien parce que les technologies spatiales offrent une palette de services directs et indirects dont l'importance va croître dans les prochaines décennies « dans un secteur économique -- incluant l'assemblage d'infrastructures orbitales comme la génération d'énergie solaire -- qui ira jusque vers la Lune ». Nombre de choses se décident et se jouent en ce moment : « Ça suffit, la situation ne peut plus durer, le temps presse ! Si on décide de ne rien faire, on reste à jamais à l'âge de pierre pour les vols habités et ses ramifications, y compris vers la Lune, et on restera le vieux continent où le tourisme restera bien terre à terre... ».

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