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Désintégration de Columbia, notre analyse

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L'hypothèse que nous privilégions quelques heures après la désintégration en plein vol de Columbia pour expliquer la chaîne d'évènements qui va conduire à la tragédie semble se confirmer à l'analyse des dernières informations distillées par la NASA et des personnes proches du dossier.

Bien qu'officiellement aucune piste ne soit privilégiée plus qu'une autre, la NASA se dit convaincue qu'elle sera capable de mener 'rapidement' à terme son enquête. Cette affirmation tranche avec les propos assez pessimistes tenus hier (dimanche 2). Ce regain de confiance s'explique par l'accumulation des débris de la navette recueillis qui seront à même de parler et d'expliquer en partie l'origine de l'évènement ayant conduit à la catastrophe.

Les premiers éléments font état d'un échauffement anormal sur son flanc gauche, quelques minutes avant sa désintégration au-dessus du Texas. Les premières hausses de températures constatées par les contrôleurs de Houston sont survenues en quatre points du circuit hydraulique du puits du train d'atterrissage gauche. Toutefois, dans la soute, près des réservoirs cryogéniques de comburant, les températures étaient normales. 08h58 (13h58 TU), alors que la navette était toujours en pilotage automatique, elle est partie en roulis sur la gauche. La stabilisation automatique de roulis a augmenté, indiquant que cela montrait que la navette subissait une friction accrue de l'air sur son côté gauche et que le pilote automatique essayait donc de compenser vers la droite. Bien que personne, à la NASA, ne soit sûr de ce que cela signifie, cela pourrait indiquer une tuile écornée ou manquante. 1 minute plus tard tout contact était perdu. Après ce silence radio, la NASA dispose de 32 secondes de données télémétriques fragmentaires en provenance du véhicule qui seront analysées.

Notons que pour la NASA, la perte d'une tuile ne signifierait pas en soi la perte de la navette, a tenu à souligner Ron Dittemore. En effet, après chaque retour de mission, les ingénieurs du Centre spatial Kennedy constatent la dégradation de nombreuses tuiles. Elles sont en général soit éraflées, craquelées ou cassées par la chute de glace du réservoir, ou impactées en orbite par des micrométéorites. Cela explique notamment la longue période de maintenance qui suit chaque vol de navette.

 Dernière information troublante et qui va dans le sens de notre hypothèse, des images de l'aile fissurée de la navette ont été rendues publiques par une chaîne de télévision israélienne. Elles ont été tournées à bord de Columbia pour les besoins d'une interview du regretté Ilan Ramon.

Note :
Selon la NASA, cette photo n'est absolument pas probante et ne montre rien qui ressemble à une navette, a indiqué un porte-parole de l'agence.

Pour expliquer la chute de ce débris qui allait endommager l'aile gauche, Didier Capdevila (Capcom Espace), très au fait du fonctionnement du Shuttle nous a rapidement fait savoir que le réservoir externe de Columbia était un ET 93 allégé (LWT) mais pas super allégé (SLWT) comme ceux qui équipent les Shuttle qui rejoignent la Station spatiale. Il s'agit du dernier exemplaire d'un lot livré au Centre spatial Kennedy au début 2001.

Ce type de réservoir externe possède une protection thermique un peu plus épaisse que celle qui entoure les nouveaux réservoirs. Il est tout à fait possible qu'un débris d'isolation thermique du réservoir heurte l'aile gauche de Columbia durant son ascension. Il pourrait avoir finalement endommagé le véhicule spatial plus sérieusement que ne l'ont estimé les ingénieurs de la NASA qui ignoraient alors ce que l'impact de ce débris, d'une certaine densité et à une certaine vitesse, avait provoqué sur les tuiles de protection thermique. La protection thermique du Shuttle, constituée essentiellement par des tuiles, est fragile. notamment les tuiles présentes sous le ventre et celles qui protègent les ailes.

Seule ombre à la transparence de la politique de communication de la NASA, le silence intriguant des images. Comme à chaque lancement, jusqu'à 210 caméras, capables de produire des images très fines, sont réparties autour de la navette, dans la tour, la plate-forme de lancement et autour du site. Une partie sont constamment braquées sur le shuttle pendant toute la phase de décollage, d'ascension et de séparation des boosters. Ces caméras ont été mises en place après l'accident de Challenger. Or, jusqu'à présent, aucune de ces images n'ont été rendues publiques. A moins que pour les besoins de l'enquête, la NASA et la Commission d'enquête Gehman ont décidé d'un black-out total sur les images, nous ne comprenons pas pourquoi elles n'ont pas été diffusées. A suivre donc.

Selon la NASA, l'analyse des images montrant le débris se détachant de la navette révèle que ce dernier n'a pas provoqué de dommages importants. Crédit NASA
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