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Maladie du sommeil: premier cas de trypanosomiase humaine découvert en Inde

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Les trypanosomiases humaines sont connues sous le nom de maladie du sommeil et de maladie de Chagas dans deux zones particulières du monde, respectivement l'Afrique et l'Amérique du Sud. Or, un premier cas de trypanosomiase humaine vient d'être découvert en Inde.

Atylotus agrestis présente en Afrique et en Inde

Bien que le mode de contamination ne soit pas encore clairement identifié, la découverte de ce premier cas humain de T. evansi soulève de nombreuses questions relatives tant à l'évolution et à l'adaptation du parasite qu'à l'ampleur réelle du phénomène.

Un fermier originaire du village de Shivani (district de Chandrapur), situé à 140 km de Nagpur dans l'état central de Maharashtra, en Inde, vient d'être identifié comme le premier cas confirmé de trypanosomiase humaine recensé dans ce pays. Les trypanosomiases humaines connues sont en effet endémiques en Afrique et en Amérique du Sud : il s'agit respectivement de la maladie du sommeil due aux parasites Trypanosoma brucei gambiense ou T. b. rhodiense, et de la maladie de Chagas provoquée par T. cruzi.

Dans d'autres régions du monde telle que l'Inde, seuls les animaux étaient jusqu'alors infectés par des trypanosomes spécifiques, mais non pathogènes pour l'homme. Les premières analyses de sang effectuées chez le patient hospitalisé révèlent la présence d'un trypanosome, dont l'identité n'est pas établie. A la demande des autorités indiennes et de l'OMS, en collaboration avec les instances médicales locales, un chercheur du centre IRD Montpellier, spécialiste de la trypanosomiase humaine africaine (maladie du sommeil), entreprend le travail d'expertise et la détermination de l'agent pathogène en décembre 2004. L'examen morphologique des parasites contenus dans le sang du patient révèle la présence de nombreux trypanosomes appartenant à l'espèce T. evansi, qui infecte habituellement les animaux et notamment le bétail.

L'homme, qui souffre depuis plusieurs mois d'accès de fièvre récurrents, présente en effet une parasitémie très élevée, égale ou supérieure à 106 parasites/ml de sang. Des analyses parasitologiques, sérologiques et moléculaires viennent ensuite confirmer ce résultat. Il s'agit du premier cas formellement identifié au monde de trypanosomiase humaine à T.evansi. Ce trypanosome, qui a été identifié pour la première fois en Inde, au Punjab, en 1881 chez le cheval et le chameau, provoque généralement chez les bovins et les camélidés une maladie que l'on nomme le "surra". Bien que des cas de porteurs humains de trypanosomes animaux aient été rapportés au cours du dernier siècle en Inde mais aussi au Sri Lanka et en Malaisie, ceux-ci n'ont jamais été formellement démontrés ou correspondaient à des infections de très courte durée.

Le patient ne présentant aucune atteinte du système nerveux central, les chercheurs ont pu attester du stade précoce de l'évolution de cette nouvelle maladie et procéder au traitement. Grâce à des injections de suramine sodique, un médicament habituellement utilisé dans les cas de trypanosomiases africaines à T. b. rhodesiense au même stade, l'état de santé du patient s'est progressivement amélioré.

Le patient, qui travaille en contact permanent avec des animaux, présentait une plaie à la main lors de son admission dans une structure de soin. Par conséquent, il est probable qu'il se soit contaminé directement, par voie sanguine auprès d'un animal lui-même infecté par T. evansi. Cela n'exclut pas toutefois un autre mode de contamination mécanique et indirect, par l'intermédiaire d'un insecte hématophage par exemple. La transmission par un insecte vecteur s'observe en effet pour la maladie du sommeil et la maladie de Chagas.

Les études se poursuivent actuellement afin de mieux comprendre la transmission et les mécanismes d'adaptation de ce parasite des animaux à l'homme. Elles devraient également permettre de déterminer si ce premier cas de trypanosomiase humaine à T. evansi constitue un phénomène isolé ou non. Seul le recensement et le diagnostic d'autres cas humains, par la mise en évidence du parasite dans un des liquides biologiques (sang, lymphe ou liquide céphalo-rachidien), pourrait faire suspecter un phénomène émergent. Une enquête, initiée dans ce sens à la demande de la DGHS (Directorate General of Health Services of Maharasthra), avec l'appui de l'OMS et de l'IRD, devrait apporter prochainement des éléments de réponse.

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