Les premiers humains auraient survécu aux longs mois d’hiver en hivernant. © Eliot Thielemans, Flickr
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Les premiers humains auraient survécu aux hivers rigoureux en hibernant

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Et si les humains pouvaient hiberner comme les ours et les marmottes ? Ce scénario, qui paraît saugrenu, pourrait cependant bien expliquer comment les premiers hominidés ont pu résister durant des mois dans de sombres cavernes et dans le froid, avec très peu de nourriture.

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[EN VIDÉO] Les experts du passé : sur les traces des chasseurs néandertaliens  L’Homme de Néandertal a vécu entre 250.000 et 28.000 ans avant notre ère. Omnivore, il a développé de nombreux outils pour la capture et le dépeçage du gibier. L’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) part sur les traces de cet ancêtre au cours d’un documentaire intitulé Les experts du passé qui retrace ses captivantes pratiques de chasse. 

« Cela peut ressembler à de la science-fiction », reconnaissent eux-mêmes les auteurs d'une nouvelle étude affirmant que les premiers humains auraient hiberné en hiver. Cette stratégie, qui consiste à emmagasiner de la graisse durant l'automne pour passer l'hiver à dormir, permet de survivre lorsque les températures chutent et que la nourriture se fait rare. Une faculté dont ne dispose pas l’Homme, qui reste éveillé toute l'année. C'est du moins ce que l'on pensait jusqu'à présent.

Des lésions osseuses liées à une hibernation dans des grottes sombres

Deux chercheurs jettent aujourd'hui un pavé dans la mare. Antonis Bartsiokas, de l'université de Thrace en Grèce, et Juan-Luis Arsuaga, paléontologue à l'université de Madrid, ont examiné les squelettes d'hominidés de Sima de los Huesos, un site situé au nord de l'Espagne. Celui-ci abrite une collection d'ossements datant de plus de 400.000 ans et appartenant aux premiers Hommes de Néandertal et à leurs prédécesseurs.

Ils ont constaté, en particulier chez les adolescents, que les os présentaient « des lésions caractéristiques d'ostéomalacie, d'hyperparathyroïdie secondaire et d'ostéodystrophie rénale », dont ils estiment qu'elles sont liées « à une hibernation dans des grottes sombres ». Les deux chercheurs suggèrent donc que ces premiers humains se sont retrouvés « dans un état métabolique qui les a aidés à survivre pendant de longues périodes dans des conditions glaciales avec des approvisionnements limités en nourriture », à l'instar des ours des cavernes, dont on a également retrouvé la trace dans la fosse.

Le site de Sima de los Huesos est le principal gisement de fossiles humains en Europe. Les hominidés de la cavité sont datés entre -400.000 et -500.000 ans, période de l’apparition de Néandertal. © Apple Plans

Pourquoi les Inuits n’hibernent pas ?

Mais alors, pourquoi l'Homme a-t-il aujourd'hui cessé d'hiberner ? Pourquoi les Inuits et les Samis modernes, qui connaissent des conditions climatiques tout aussi rudes et de longs hivers, restent-ils éveillés toute l'année ? La réponse, selon Antonis Bartsiokas et Juan-Luis Arsuaga, est que les Inuits disposent de suffisamment de nourriture l'hiver grâce, en particulier, aux poissons gras et aux rennes. En revanche, la zone autour du site de Sima il y a un demi-million d'années n'aurait rien fourni de tel. « L'aridification de l'Ibérie ne pouvait pas fournir suffisamment de nourriture riche en graisse aux habitants de Sima pendant l'hiver rigoureux », expliquent les auteurs. Les lésions observées sur les os révèlent d'ailleurs des réserves de graisse insuffisantes et un manque de vitamine D montrant que ces humains ont passé un bon bout de temps dans des cavernes sans recevoir la lumière du jour.

Les bases de l’hibernation toujours présentes dans nos gènes ?

« Notre hypothèse rattachant ces lésions osseuses aux conséquences de l'hibernation est cohérente avec les arguments génétiques et le fait que les hominidés de Sima ont vécu pendant une glaciation extrême », insistent les chercheurs. Leur conclusion laisse toutefois sceptiques d'autres scientifiques.  Diverses explications aux maladies osseuses observées peuvent être trouvées, et une torpeur hivernale comme celle de l'ours, qui nécessite tout de même des besoins énergétiques importants pour le cerveau, rendrait cette stratégie d'hibernation difficilement tenable, fait valoir Chris Stringer, du Museum d'Histoire naturelle de Londres, dans le Guardian. L'hypothèse demeure cependant intéressante à examiner et suggère que les bases génétiques de l'hibernation sommeillent toujours en nous.

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