L’armée russe développe depuis des années un programme d’entraînement de mammifères marins à des fins militaires. Des dauphins seraient depuis le mois de février 2022, postés à l’entrée du port de Sébastopol pour protéger les navires russes. © Paul, Adobe Stock
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Guerre en Ukraine : des dauphins engagés dans l'armée russe !

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Il y a quelques jours, des images satellites du port de Sébastopol (Crimée) étaient rendues publiques. Les autorités y voient la preuve que des dauphins ont été postés là par l'armée russe. Mais dans quel but, exactement ? 

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[EN VIDÉO] Un grand dauphin en deuil  En juin 2017, un groupe de chercheur a observé un grand dauphin en interaction avec un petit décédé dans les eaux du golfe d’Ambracia, dans l’ouest de la Grèce. Une preuve de plus que les cétacés pleurent leurs morts. Notamment lorsqu’il s’agit de proches. Et la marque d’une certaine intelligence émotionnelle développée par ces mammifères marins hors du commun. © Insitut de recherche Tethys 

Il y a eu des chevaux, bien sûr. Mais aussi des chiens, des pigeons, des rats, des éléphants ou encore des moutons. Tous utilisés par les hommes pour les soutenir dans leurs opérations militaires. Et aujourd'hui, l'examen d'images satellites par l'US Naval Institute (USNI) révèle que la Russie a déployé des dauphins -- des grands dauphins, des Tursiops truncatus, comme disent les scientifiques --, dans une base navale de la mer Noire, du côté du port de Sébastopol (Crimée). C'était en février dernier. Au moment même où la fameuse « opération militaire spéciale » était lancée en Ukraine par Vladimir Poutine.

En 2018, des satellites auraient déjà, de la même manière, montré que la Russie avait déployé des dauphins dans une base au large de Tartous, le second port de Syrie. Des pêcheurs norvégiens ont, quant à eux, observé en 2019, un béluga au comportement étonnant nageant autour de leurs bateaux. Selon eux, l'animal portait un harnais -- sur lequel il aurait été possible de fixer une caméra GoPro -- indiquant « équipement de Saint-Pétersbourg ». Il n'en a pas fallu plus pour que le béluga soit soupçonné d'espionnage.

Mais dans quel but des enclos à dauphins ont-ils été disposés à l'entrée du port de Sébastopol cette fois ? Les experts ont plusieurs idées. Ainsi ces dauphins pourraient servir à la détection de mines -- ou d'autres objets. Grâce à l'écholocation. Des programmes d'entraînement ont été lancés par l'Union soviétique -- et les États-Unis -- pendant la guerre froide. Parce que les dauphins, bien sûr, sont de meilleurs nageurs que les humains. Et qu'ils ne souffrent pas de problèmes de décompression. Parce que les dauphins, ensuite, parviennent à détecter des objets que nos systèmes dédiés ne voient pas. Leur agilité dans l'eau leur évite également le plus souvent de déclencher accidentellement les mines recherchées.

En attendant les drones sous-marins

Ces dauphins pourraient aussi servir de « chiens de garde de la mer ». Ils pourraient patrouiller pour repérer des intrus. Et même, assurent certains, être entraînés à... tuer des plongeurs humains ! De quoi empêcher donc des forces d'opération ennemies de s'infiltrer dans le port pour saboter les navires qui y sont stationnés.

Rappelons que la base de Sébastopol est particulièrement importante pour la Russie. Du fait de sa proximité à la Crimée, annexée par le pays en 2014. De nombreux navires y sont ancrés, hors de portée des missiles ukrainiens. Mais pas hors de portée d'éventuelles opérations de sabotage sous-marin.

C'est dans ce même port que les Soviétiques avaient entraîné leurs dauphins à la détection de mines pendant la guerre froide. Au moment de la chute de l’URSS, au début des années 1990, les unités de mammifères marins étaient passées sous contrôle... ukrainien. Lorsque la Russie a « récupéré » la Crimée, elle s'est aussi réapproprié les dauphins. Et a renforcé son programme sur les mammifères marins. Même si des programmes de développement de drones sous-marins sont menés en parallèle. Ainsi, la technologie a déjà progressé. Pourtant, selon les experts militaires, « il reste encore aujourd'hui difficile de lutter contre des centaines de milliers d'années d'évolution ».

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