Les émissions de méthane sont saisonnières et des molécules organiques sont emprisonnées dans des roches sédimentaires anciennes : les dernières découvertes de Curiosity sont de bon augure pour la suite de l’exploration et l’étude de Mars. La Nasa, l’ESA et le Cnes vont s’affairer à découvrir des indices d’une forme de vie passée avec les rovers ExoMars 2020 et Mars 2020, nous explique Francis Rocard.
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Après la découverte de méthane et de nombreuses molécules organiques, dont certaines sont complexes, comme le thiophène, le benzènebenzène ou le toluènetoluène, on ne peut toujours pas affirmer qu'il y a ou qu'il y a eu de la vie sur Mars. Se pose en revanche la question de savoir si une forme de vie a pu émerger à partir de ce milieu et, si oui, combien de temps elle a perduré.

Curiosity ne pourra pas répondre à cette question. Ce rover n'embarque aucun instrument capable de débusquer des traces de vie. Il a été conçu pour chercher si la vie a été possible un jour. En soi, cette découverte est donc « au cœur des objectifs de la mission de Curiosity, qui est d'avancer sur la problématique de l'émergenceémergence de la vie sur Mars », nous explique Francis RocardFrancis Rocard, responsable des programmes d'exploration du Système solaireSystème solaire du Cnes. Auparavant, Curiosity avait montré que le site du cratère Gale a été habitable un court moment dans le passé mais sans être capable de préciser à quelle époque et pendant combien de temps.

Le saviez-vous ?

Cette découverte de méthane et de molécules organiques est aussi très intéressante pour l’histoire de la vie sur Terre. Mars conserve ses archives géologiques dans son sous-sol alors que la Terre les efface avec son activité volcanique et la tectonique des plaques, si bien qu'il n'existe aucun fossile ni indice consistant vieux de plus de 3,5 milliards d'années. Pour la date d'apparition de la vie terrestre comme pour les mécanismes en jeu, plusieurs théories cohabitent.

Après cette découverte, quelle forme vie peut-on s'attendre à découvrir sur la Planète rouge ? Compte tenu de la proximité de la TerreTerre et l'histoire commune des deux planètes, si une forme de vie a émergé sur Mars, on pourrait penser qu'elle devrait être similaire à ce que la Terre a pu abriter à la même période. Rien n'est moins sûr.

Les biologistes sont intimement convaincus que « la vie ne se conçoit qu'avec de l'eau liquideliquide et du carbonecarbone ». C'est l'hypothèse posée lorsque l'on « recherche de la vie dans l'UniversUnivers, que ce soit sur Mars, sur Europe [satellite naturel de JupiterJupiter, NDLRNDLR] ou sur une exoplanèteexoplanète ». La vie sur Terre est « caractérisée par l'ADNADN que contiennent les chromosomeschromosomes de nos cellules ». Pour la vie extraterrestre, c'est la grande inconnue. « On peut très bien imaginer qu'elle soit basée sur une autre molécule pour transmettre l'information génétiquegénétique. » C'est ce qui fait tout l'intérêt de rechercher de la vie sur Mars ou ailleurs dans l'Univers. La vie est-elle identique partout ou existe-il plusieurs chemins pour y arriver ? « Pour l'instant, personne n'a pas la réponse... »

Le rover ExoMars 2020 et sa foreuse capable de creuser jusqu'à deux mètres de profondeur. © ESA, ATG medialab

Le rover ExoMars 2020 et sa foreuse capable de creuser jusqu'à deux mètres de profondeur. © ESA, ATG medialab

Des chances réelles pour le rover ExoMars 2020

Quant à savoir si les missions futures à destination de Mars vont répondre à cette question, Francis Rocard se veut mesuré. La prochaine mission à atterrir sur Mars est InSight avec à son bord un sismomètre français. Elle devrait se poser le 26 novembre. Clairement, ce n'est pas cette mission qui dira si Mars a été habitée. En effet, cet atterrisseur a pour seul objectif d'analyser pour la première fois l'intérieur de Mars pour fournir des informations géophysiques sur la planète.

Avec la mission suivante, le rover ExoMars 2020 de l'Agence spatiale européenne qui doit atterrir sur Mars début 2021, les chances de découvrir des traces de vie sont réelles. Cette mission troisième mission martienne européenne sera « capable de forer à plus de 2 mètres, contre 5 centimètres actuellement pour Curiosity ». Enfin, il y a Mars 2020, sous pavillon NasaNasa, le successeur de Curiosity. Ce Curiosity 2 devrait atterrir sur Mars en février 2021 et « le Cnes fournira les yeuxyeux chimiques » du rover, l'instrument SuperCam, « aux performances nettement accrues par rapport à son prédécesseur ChemCamChemCam ». Il utilisera notamment la spectroscopie Ramanspectroscopie Raman pour « mesurer à distance la composition chimique des moléculesmolécules organiques contenues dans les roches ». SuperCam aura aussi une capacité de spectroscopie infrarougeinfrarouge pour localiser notamment « les argilesargiles, des roches sédimentairesroches sédimentaires qui se sont formées quand la planète était propice à la vie ».

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Cette mission collectera des échantillons qui seront ultérieurement rapportés sur Terre. En conclusion, ce n'est probablement qu'« avec ces échantillons analysés sur Terre que l'on pourra apporter une réponse définitive sur l'émergence du vivant sur Mars ».