Il y a environ 4 milliards d’années, toutes les planètes telluriques ont été pilonnées par des astéroïdes et des comètes éjectées du Système solaire externe. © Nasa, Goddard Space Flight Center Conceptual Image Lab

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La vie sur Mars aurait pu être aidée par le Grand bombardement tardif

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Le pilonnage massif qui a bombardé Vénus, la Terre et Mars il y a environ 3,9 milliards d'années d'astéroïdes et de comètes fut intense et destructeur. Mais ce « Grand bombardement tardif » a pu aussi augmenter les chances pour Mars de développer de la vie, estiment deux chercheurs.

Nous avons surnommé la Terre, la Planète bleue, et notre petite voisine Mars, distante de quelques dizaines de millions de kilomètres, la Planète rouge. L'une abrite une grande diversité de formes de vie depuis des milliards d'années, et l'autre, plus froide et aride, semble désertique et inhospitalière depuis... des milliards d'années. Pourtant, à y regarder de plus près, les deux mondes ont plus de traits en commun qu'on ne le soupçonnait avant l'arrivée des visiteurs robotisés. On y observe notamment des lits de rivières asséchés, d'anciens lacs, des minéraux argileux, des glaciers, etc. Bref, plus personne ne doute que de l'eau a coulé à sa surface, du moins dans sa lointaine jeunesse. À cette période d'ailleurs, Mars était probablement une planète bleue. Combien de temps cela a-t-il duré ? Les conditions étaient-elles favorables à l'apparition de la vie ? Ce sont là quelques-unes des grandes interrogations qui motivent notre exploration approfondie de la quatrième planète du Système solaire.

Les chercheurs souhaitent aussi mieux comprendre, au miroir de Mars et de son passé qui semble comme s'être figé, la Terre primitive et les conditions qui prévalaient lorsque la vie a commencé à se développer. Dans cette perspective, le professeur Stephen Mojzsis, de l'université du Colorado, et son ancien collègue Oleg Abramov, maintenant à l'U.S. Geological Survey, ont réalisé une étude avec le soutien financier de la Nasa et de la fondation John Templeton, sur l'impact qu'a pu avoir le Grand Bombardement Tardif (Late Heavy Bombardment, en anglais, ou LHB) qui fit feu dans le Système solaire interne, il y a environ 3,9 milliards d'années, sur la jeune planète Mars...

La Terre et Mars n’ont pas été épargnées par le Bombardement Massif Tardif. © Nasa, Goddard Space Flight Center Conceptual Image Lab

La Terre aurait-elle profité de ce cataclysme ?

Le Grand Bombardement Tardif est un événement qui, 500 millions d'années environ après la naissance des planètes, a vu un grand nombre de comètes et d'astéroïdes se précipiter vers le Soleil, vraisemblablement bousculés par une possible migration des planètes géantes. Mercure, la Lune, Mars portent encore les stigmates de ce pilonnage intensif, alors que Vénus et la Terre, tout autant touchées, ont eu leurs plaies gommées par l'érosion et la tectonique des plaques.

Quand on entend « impact » et « bombardement massif » de météorites, de comètes, on pense bien sûr à leurs conséquences catastrophiques en mesure de ruiner ces mondes et capables de tuer dans l'œuf les tentatives d'éclosion de la vie. Or cela a pu être providentiel pour la Terre et aussi pour Mars...

En 2009, des simulations de Mojzsis et Abramov concernant cette période et ce qu'il pouvait en être de la Terre avaient montré que la puissance de feu de ce cataclysme n'était sans doute pas suffisante pour anéantir une vie primitive, notamment grâce aux océans. Pour y parvenir, il aurait fallu qu'ils soient en ébullition. En outre, les chercheurs n'excluent pas que cela ait pu même augmenter ses chances de se développer. (Par ailleurs, les comètes sont suspectées d'avoir ensemencé la Terre et les autres planètes de molécules prébiotiques.)

Panoplie d’instruments qui seront à bord du rover Curiosity 2, dont le départ pour Mars est prévu en 2020. © Nasa

Un événement bénéfique pour Mars ?

Quant à Mars, leurs résultats qui viennent d'être publiés dans Earth and Planetary Science Letters indiquent que ces événements ont pu améliorer l'habitabilité de la planète. Les chocs répétés de ces pluies de comètes et d'astéroïdes ont fracturé la surface en divers endroits et sans doute suffisamment réchauffé le sous-sol pour faire fondre la glace enfouie, déclenchant ainsi un peu partout sur la planète un hydrothermalisme comparable à celui du parc de Yellowstone... Un milieu où des micro-organismes peuvent prospérer même dans des eaux bouillonnantes ou acides. En outre, les deux scientifiques estiment que les dégazages martiens et ceux des astres échoués ont pu accroître significativement la pression atmosphérique. S'ensuivirent un effet de serre et un réchauffement climatique qui a pu relancer le cycle de l'eau...

« Cette étude montre que l'ancien bombardement de Mars par les comètes et les astéroïdes a pu être très bénéfique pour la vie là-bas, si tant est que la vie y fût présente » remarque l'auteur principal. Cependant, même si on est tenté d'être optimiste, ces conditions n'ont peut-être duré qu'un million d'années. En effet, « aucun des modèles que nous avons fait tourner conservait Mars suffisamment chaude sur de longues périodes », indique-t-il.

Alors, y a-t-il eu de la vie sur Mars ?, et y en a-t-il encore ? Pour trouver des réponses ou du moins des indices, il faut y retourner. Dans quelques mois, Stephen Mojzsis retrouvera des chercheurs de Caltech et du JPL, justement pour délibérer du site martien qu'ira explorer Curiosity 2 (lancement prévu en 2020), rover équipé d'instruments pour rechercher de possibles traces de vie. De leur côté, les Européens mèneront leur enquête avec la mission ExoMars 2018.

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