Une fausse étoile pour de la publicité… Les astronomes ne sont pas d'accord ! © pixel, Fotolia

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Science décalée : une fausse étoile pour de la pub. Jusqu'où iront-ils ?

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Drôle de nouvelle : le lanceur Electron, de l'entreprise néo-zélandaise Rocket Lab, avait un passager secret lors de son deuxième vol d'essai. Une boule à facettes réfléchissante, baptisée « Humanity Star », visible à l'œil nu depuis le sol et qui tournera neuf mois au-dessus de nos têtes sans autre objectif que de faire jaser.

Comment faire parler de soi quand on lance des engins spatiaux ? Elon Musk a de bonnes idées : inventer un voyage sans retour vers Mars ou expédier sa propre voiture dans la galaxie. Rocket Lab, jeune entreprise privée néo-zélandaise, qui en est au deuxième vol d'essai de son lanceur Electron, vient d'en trouver une autre : une étoile publicitaire. Elle avait discrètement pris place lors du lancement du 21 janvier aux côtés de trois CubeSat et devrait être en orbite neuf mois.

Le concept, digne d'un premier avril, consiste à satelliser une structure quasiment sphérique d'environ un mètre de diamètre, comportant 65 facettes et revêtue d'un matériau réfléchissant. La lumière du Soleil fera le reste. L'engin est, du coup, visible du sol, comme l'est la Station spatiale internationale (ISS) et comme le sont aussi de nombreux satellites, dont ceux de la constellation Iridium, responsables de flashs brefs mais très puissants. Installé sur une orbite quasiment polaire (83° d'inclinaison par rapport à l'équateur), cet objet sera observable en pratiquement tout point de la Terre, à un moment ou à un autre.

Peter Beck, le patron de la société, explique sur le site dédié à « Humanity Star » (ce qui signifie « l'étoile de l'humanité », pas moins) que chacun pourra voir cette lumière « quel que soit l'endroit du monde, riche ou pauvre, en conflit ou en paix ». Le site permet d'ailleurs de savoir quand l'observer au-dessus de chez soi. Il s'agit donc d'inciter les gens à regarder le ciel, à se plonger mentalement dans l'univers et à « réfléchir un peu différemment sur leurs vies, sur leurs actions et sur ce qui est important ». Bref, à faire ce que font chaque nuit les amoureux du ciel.

Comment s'appelle un polygone à 65 faces ? Une fausse étoile. © Rocket Lab

Les astronomes jouent les grincheux

Dans l'ensemble, les astronomes semblent en revanche peu goûter l'exercice. « Super : un graffiti spatial volontaire, lumineux et à longue durée de vie. Merci beaucoup », a commenté amèrement sur Twitter Mike Brown, du CalTech, spécialiste de la ceinture de Kuiper et découvreur de plusieurs gros objets, dont Eris. Le journal britannique The Guardian n'a guère apprécié l'opération, précisant que le lancement a été effectué « depuis un élevage isolé de moutons et de bétail » (Rocket Lab exploite en effet son propre site de lancement à l'extrémité de la péninsule Mahia, en Nouvelle-Zélande). Les astronomes interrogés par le quotidien se montrent essentiellement critiques.

Le lanceur Electron lors de son vol inaugural. © Rocket Lab

La voûte céleste deviendra-t-elle un support publicitaire, à l'instar des murs de nos villes, voire de leurs trottoirs ? C'est ce que craignent ceux qui n'aiment pas ce procédé. Les astronomes rappellent aussi la pollution lumineuse, qui éteint les étoiles, de telle sorte que la majorité de l'humanité vivant désormais en ville, les enfants grandissent sans voir le ciel.

L'histoire peut rappeler aussi le premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik 1, une grosse boule avec quatre antennes qui n'avait d'autre fonction que d'émettre un bip-bip prouvant la réussite de cette mission de l'Union soviétique. Les astronomes évoquent également le problème -- bien réel -- de l'accumulation de débris en orbite. Cette boule est censée se détruire totalement dans l'atmosphère, mais est-ce bien sûr ?

Si l'on est de bonne humeur, on peut aussi prévoir de repérer en famille ou entre amis le passage de ce point lumineux, en même temps, peut-être, que l'ISS ou un flash Iridium, avant de s'intéresser à quelques constellations ou à une planète...

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