Si les gros débris spatiaux sont un sujet de préoccupation au même titre que les astéroïdes, il n’existe pas à proprement parler de risque de collision à court terme. Pour éviter d’être pris au dépourvu, le Cnes a demandé à Astrium d’étudier le développement de véhicules spatiaux permettant de récupérer de gros débris dans l’espace.
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Alors que la 6e conférence sur les débris spatiaux de l'Esa se tiendra du 22 au 25 avril au Centre européen d'opérations spatiales de l'Esa (Esoc) à Darmstadt en Allemagne, le Cnes commande à Astrium une étude sur la récupération de gros débris dans l'espace d'ici 2020. L'idée est d'identifier et de proposer des logiques de concepts de véhicules spatiaux par le développement, en deux temps, d'un démonstrateurdémonstrateur technologique, baptisé OTV-DEMO/X, puis d'un démonstrateur système, OTV-DEMO/Y.

Cette étude doit consolider, trier et approfondir un certain nombre de concepts de base identifiés lors d'un précédent travail effectué en 2011. Après avoir passé en revue les problèmes de développement, les technologies nécessaires et proposé des solutions pour le rendez-vous et la capture de débris, les concepts les plus prometteurs seront retenus pour évaluer leur coût et leur calendrier de développement.

Concept exploratoire d'un système opérationnel de désorbitation de gros débris, typiquement des étages de lanceur ou encore des satellites en perdition ou en fin de vie. © Astrium

Concept exploratoire d'un système opérationnel de désorbitation de gros débris, typiquement des étages de lanceur ou encore des satellites en perdition ou en fin de vie. © Astrium

Pas de risque de collision de satellites avec de gros débris

Cela dit, la situation n'est pas aussi alarmante que le laisse penser cette annonce d'étude. Bien que la population des débris spatiaux continue à se densifier, malgré les mesures prises pour limiter leur duréedurée de vie, le risque de collision d’un satellite en activité avec un gros débris est aujourd'hui nul, sauf événement imprévisible et soudain. Ces gros débris, typiquement des étages de lanceurlanceur ou des satellites en fin de vie, sont surveillés depuis le sol, et les modèles ne montrent pas de risque de collision à court et moyen terme.

Dans ce contexte, le Cnes développe son propre modèle d'évolution à long terme de cette population pour déterminer ses besoins futurs sur le plan de la désorbitation, du nettoyage et de la préventionprévention. D'après l'agence spatiale française, le nombre de débris spatiaux en orbiteorbite pourrait augmenter d'environ 30 % sur 200 ans. Un chiffre à prendre avec toutes les précautions d'usage, compte tenu des imprécisions que l'on peut avoir sur des projections aussi lointaines.

Au Cnes, attentisme et prévention

Autrement dit, le Cnes veut se donner le temps de la réflexion. Il ne servirait à rien de développer un système opérationnel si aucun risque n'a été identifié pour ces 20 ou 30 prochaines années. D'une part, un tel désorbiteur coûtera très cher, et d'autre part, rien n'interdit de penser que les mesures de prévention prises peuvent s'avérer suffisantes.

Toutefois, cette étude est justifiée. Le Cnes ne souhaite évidemment pas être pris au dépourvu, d'autant que l'Esa et la NasaNasa ont montré que le nombre de débris spatiaux, notamment en orbite basse, peut conduire à un effet de collisions en cascade, baptisé syndrome de Kesslersyndrome de Kessler, qui rendrait difficile toute activité spatiale d'ici une cinquantaine d'années. Ces mêmes études considèrent qu'on stabiliserait cet effet en retirant, dès 2020, entre cinq et dix gros débris spatiaux.