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Rentrée de Soyouz : on a frôlé la catastrophe !

ActualitéClassé sous :Astronautique , soyouz , rentree atmospherique

L'atterrissage à 420 kilomètres du point prévu de Soyouz TMA-11 a vraisemblablement été provoqué par un incident lors de la séparation du module habitable, qui aurait pu conduire à un désastre, selon les techniciens de la Nasa.

Image de la télévision russe (reprise par MCNBC) montrant un cratère laissé par l’impact de Soyouz. Crédit Nasa

Peggy Whitson, ex-commandante de la Station spatiale et ingénieur de vol au cours de la rentrée (377 jours de vol spatial à son actif), a livré ses impressions après l'atterrissage mouvementé de la capsule Soyouz samedi dernier. Selon elle, la décélération lors de la traversée de l'atmosphère a été beaucoup plus importante que prévu, atteignant 8,2 G (la Nasa parle aujourd'hui de 10 G). En revanche, heureusement, le contact avec le sol n'a pas été aussi rude qu'elle l'avait craint... ce qui n'a pas empêché le vaisseau de s'enfoncer de 30 centimètres dans le sol de la steppe kazakhe...

Elle n'a rien déclaré sur l'origine de l'incident, que l'on devine pourtant lié à l'importante déviation de trajectoire constatée. Autre son, celui de la Sud-coréenne Yi So-yeon, beaucoup moins expérimentée puisqu'elle réalisait son baptême de l'espace. La jeune femme déclare avoir été surprise par l'importance des flammes aperçues à l'extérieur du module au début de la rentrée. « Au début j'ai été réellement effrayée parce que c'était vraiment, vraiment chaud et j'ai pensé que nous pourrions brûler. Mais j'ai constaté que le feu se maintenait en dehors du vaisseau. J'ai alors regardé les autres et j'ai feint d'être calme », a-t-elle rapporté lors d'une conférence de presse.

Iouri Malentchenko, seul Russe à bord, reste encore plus discret sur l'origine de l'incident. Lorsqu'un journaliste l'a interrogé sur son expérience, il s'est contenté de répondre : « Bien, c'était intéressant. Oui... Intéressant est une bonne description. C'était joli, aussi. »

L’origine de l’incident

Selon la Nasa, qui dispose des enregistrements de vol ainsi que d'un modèle du vaisseau Soyouz destiné à des simulations, l'incident aurait été provoqué par une séparation incomplète du module habitable et du module de service avant la rentrée atmosphérique.

Le vaisseau Soyouz se compose d'un module habitable principal, d'un module de rentrée atmosphérique muni d'un bouclier et d'un compartiment moteur. Après allumage des rétro-fusées, l'ensemble se sépare en trois parties et le module de rentrée plonge dans les hautes couches de l'atmosphère.

Les astronautes, ou le système de pilotage, dispose alors des commandes d'assiette pour agir sur l'inclinaison de la capsule et en diriger la trajectoire, de façon à optimiser l'angle de rentrée en évitant une décélération exagérée et garantir une bonne précision lors du contact avec le sol.

Mais samedi 19 avril dernier, selon les premières expertises, il semblerait que la séparation ne se soit pas produite comme elle aurait dû. Les astronautes ont d'ailleurs déclaré après leur retour avoir ressenti une série de chocs anormaux après le largage du module de propulsion, sans qu'il leur soit possible de déterminer si celui-ci s'était bien détaché. En fait, il semble bien que la séparation, commandée par des boulons explosifs, ait été imparfaite et que les deux parties soient restées liées, compromettant l'équilibre de l'ensemble.

Une trajectoire perturbée

Dès la pénétration dans les hautes couches de l'atmosphère, le vaisseau affublé de son module de propulsion, au lieu d'orienter son bouclier vers l'avant, a naturellement recherché la position la plus aérodynamiquement stable, c'est-à-dire le lourd module de propulsion à l'avant et la cabine en arrière. Ce sont les flammes de la désintégration de ce module, qui ne dispose d'aucune protection, qui ont inquiété Yi So-yeon. Heureusement, les liens qui maintenaient solidaires les deux parties ont fini par se consumer et la séparation a eu lieu, la cabine retrouvant par gravité une position sûre.

La traînée aérodynamique, beaucoup plus forte que prévu, explique la décélération subie par les occupants mais aussi la déviation de trajectoire, aboutissant à un impact au sol plus de 400 kilomètres en deçà de l'endroit visé. Les enquêteurs spéculent aussi sur une défaillance partielle du système de parachute (qui ne comporte qu'une seule voile), provoquant un contact avec le sol beaucoup plus violent que d'habitude, avec un ou plusieurs rebonds. C'est cette dernière conséquence qui inquiète le plus, car si le vaisseau Soyouz est conçu pour résister à une rentrée atmosphérique même si la séparation a été imparfaite, le bon fonctionnement du parachute est indispensable à la survie des occupants.

Des incidents similaires

On se rappellera qu'en effet, le tout premier vol d'un vaisseau Soyouz habité s'est terminé, le 23 avril 1967, par la mort de son occupant Vladimir Komarov. Ce cosmonaute russe, qui fut le premier homme à retourner dans l'espace, fut aussi le premier à ne pas en revenir vivant. Après une rentrée atmosphérique normale (bien que de nombreux dysfonctionnements aient été enregistrés durant la mission), le parachute s'était mis en torche et la vaisseau s'est écrasé à près de 700 km/heure, tuant son passager.

Le 18 janvier 1969, un incident en tout point semblable survenait à Soyouz 5, qui n'arrivait pas à se séparer de son compartiment moteur. Après une rentrée particulièrement rude, l'équipage arrivait sain et sauf au sol... malgré quelques dents cassées.

L’enquête suivra…

Même si les circonstances de l'incident semblent connues dans les grandes lignes, il faudra toutefois patienter jusqu'à la conclusion de la Commission d'enquête pour en connaître les raisons. Car si des centaines de capteurs renseignent en temps réel par télémétrie sur les contraintes subies par une navette spatiale durant une phase de rentrée, rien de tel n'existe pour une capsule de type Soyouz. Toutes les données sont enregistrées à bord sur une bande magnétique, qui est ensuite analysée en laboratoire à la façon d'une boîte noire d'aviation (d'ancienne génération...). Ces données sont actuellement aux mains des ingénieurs russes et américains.

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