L'ATV-4 Albert Einstein lors de sa rentrée destructive en octobre 2013. Il est ici vu depuis la Station spatiale internationale quelques minutes après son désamarrage du complexe orbital. © Nasa

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L'ATV ne volera plus… mais laisse un bel héritage

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C'est terminé : après l'abandon des navettes spatiales en juillet 2011, c'est au tour de l'ATV, un autre véhicule emblématique d'une génération, d'être retiré du service. Le dernier ATV vient de terminer sa mission et s'est consumé dans l'atmosphère lors de sa rentrée. Seuls cinq véhicules ont été construits, pourtant l'héritage que laisse derrière lui ce programme est riche. C'est ce que nous explique Gilles Debas, le chef de programme de l'ensemble de la production de l'ATV pour Airbus Defence & Space.

Il y a quelques jours, le programme spatial européen et son industrie ont tourné une page de leur histoire commune avec la fin de la mission de l'ATV Georges Lemaître, le cinquième et dernier véhicule de transfert automatique de la série. En même temps, l'Agence spatiale européenne ouvrait un nouveau chapitre de son histoire avec le succès du démonstrateur de rentrée atmosphérique IXV. Du fait de l'héritage que nous laisse l'ATV, ces deux programmes sont bien plus liés qu'on ne le pense.

Cet l'héritage de l'ATV ne se cantonne pas au seul module de service du véhicule spatial Orion de la Nasa. C'est ce que tient à nous expliquer Gilles Debas, le chef de programme de l'ensemble de la production de l'ATV chez Airbus Defence & Space, pour qui les apports de ce véhicule au programme spatial européen « sont bien plus nombreux qu'on ne le pense et ce bien que la technologie de l'ATV ait plus de vingt ans d'âge ».

Le module de service du futur véhicule d’exploration spatiale de la Nasa sera construit par Airbus Defence & Space. Il sera financé par l’Esa à hauteur de 450 millions de dollars. Cette somme correspond à la contrepartie du loyer dont l’Esa doit s'acquitter auprès de la Nasa pour la période 2017-2020. Cela se fait dans le cadre du barter element, un système mis en place par les partenaires de l’ISS où chacun finance sa part de l’utilisation par la fourniture d’un service du même montant que sa contribution. Jusqu’en 2017, l’Esa s'acquittait de ses charges avec les missions de l’ATV et l'utilisation de Columbus. © Esa, D. Ducros

Premier véhicule spatial européen, l'ATV a été conçu en 1987, alors que commençait à poindre l'idée d'une station spatiale internationale destinée à succéder au complexe russe Mir. La décision de le construire sous la maîtrise d'œuvre d'Airbus Defence & Space a été prise en octobre 1995 et les travaux de développement ont débuté l'année suivante. « Il y a vingt ans cette capacité d'acheminer du fret à destination de la Station spatiale internationale de façon autonome n'existait pas en Europe. »

De futurs programmes estampillés ATV

Ces véhicules ont permis de démontrer que l'Europe maîtrisait l'arrimage automatique de très grande précision (de l'ordre du millimètre) et le vol autonome, « technologies indispensables à la poursuite de l'exploration spatiale et de l'utilisation de l'orbite basse ». Fort de cette maturité technologique, l'Agence spatiale européenne, comme l'industrie spatiale de l'Europe, compte bien capitaliser sur les acquis de ce programme. « Les technologies propres à l'ATV vont connaître de nouvelles utilisations dans de nombreux domaines. » Une partie d'entre elles sera réutilisée pour le module de service ESM d'Orion (European service module) que construit actuellement Airbus Defence and Space. Ce module fournira la propulsion, l'alimentation électrique, le contrôle thermique et les composants vitaux à la capsule américaine.

Ce ne sera pas leur seule réutilisation. Ces technologies pourront également être adaptées à « d'autres systèmes de transports pour la desserte de futures plateformes spatiales, et utilisées pour du service aux satellites (entretien ou ravitaillement) et de la désorbitation de gros débris ». Ces deux dernières applications spatiales sont promises à un bel avenir et elles devraient prendre leur essor ces prochaines années.

Autres exemples : les sondes Mars Express et Venus Express, également construites par Airbus Defence & Space, ont un peu d'ATV en elles et le missile balistique français M-51 a « bénéficié d'une partie des études faites pour la version récupérable de l'ATV que l'Esa avait envisagé en 2008 ». Un projet qui n'aboutira pas et prévoyait de faire évoluer l'ATV en véhicule doté d'un module de rentrée atmosphérique récupérable (ARV).

Finalement, le projet de faire évoluer l'ATV vers une version doté d'un module récupérable a été abandonné. Mais une partie des études de ce projet servira à Airbus pour mettre au point le missile balistique M-51. © Esa, D. Ducros

Enfin, il existe un risque certain de perte de compétence et du savoir acquis avec ce programme. La chaine de production de l'ATV a été arrêtée depuis plusieurs années. Certes, le module ESM est en cours de développement mais, Il ne faudrait pas que des tergiversations politiques ou des budgets insuffisants freinent les études et les programmes en développement qui prévoient de capitaliser sur l'ATV. Il semble donc important que l'Agence spatiale européenne donne une suite rapide à ce programme.

Et cette suite porte un nom : le programme Pride. Il est le successeur du démonstrateur de rentrée atmosphérique IXV dont le vol réalisé le 11 février a été un succès. Des études sont d'ores et déjà en cours dans le cadre de Pride mais l'Esa n'a toujours pas défini ses besoins en la matière bien que des missions de services aux satellites ou de chasse aux débris spatiaux seraient idéales pour réutiliser ce qui a fait le succès de l'ATV, à savoir la robotisation, l'autonomisation des tâches et de la navigation.

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