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L'influence du réchauffement climatique sur les manchots

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La terre se réchauffe, c'est un fait reconnu par la plupart des scientifiques. Ce phénomène global a incité des chercheurs à étudier l'impact de cette élévation des températures sur les manchots et sur d'autres espèces.

Manchots d'Adélie (Pygoscelis adeliae) Photo : Australian Antarctic Division

Le professeur Underhill dirige l'Avian Demography Unit à l'Université du Cap en Afrique du Sud. Il suspecte que le changement climatique puisse être responsable de la diminution des populations des Manchots d'Adélie (Pygoscelis adeliae) sur les îles du Prince Edward situées à 1 770 km au sud de l'Afrique du Sud.

La plupart des colonies de manchots de l'archipel sont en déclin. Selon Underhill, la cause du déclin pourrait être liée à un appauvrissement des eaux autrefois riches en nourriture, les oiseaux étant forcés de nager plus loin pour trouver leurs proies. Les chercheurs projettent de placer des dispositifs de suivi par satellite sur les manchots pour suivre leurs déplacements entre leurs nids et leurs lieux de pêche.

Les îles du Prince Edward sont situées près de la limite méridionale du courant circumpolaire antarctique (ACC). C'est dans les eaux baignées par l'ACC que pêchent les manchots. Il est considéré comme étant le plus grand courant océanique, et il mélange les eaux des Océans Indien, Pacifique, et Atlantique. Il remue environ 140 millions de mètres cubes d'eau par seconde autour de l'Antarctique.

La limite méridionale du courant est marquée par une frontière le séparant des eaux côtières froides le long du plateau continental antarctique. Les eaux au nord de la frontière sont plus chaudes de plusieurs degrés par rapport aux eaux méridionales. Cette limite n'est pas fixe, et se décale vers le nord ou le sud dans une marge de 10 à 20 kilomètres. Ces variations peuvent être dues, en partie au moins, aux vents d'ouest qui soufflent dans le sud des Océans Indien, Pacifique, et Atlantique autour de l'Antarctique.

Les chercheurs, comme le professeur Hofmann, estiment que le réchauffement global entraîne un dérèglement de la circulation de l'ACC. Un mouvement vers le sud de ce courant pourrait être très dommageable pour les manchots, si la zone réchauffée touche leur zone de pêche.

Wayne Trivelpiece dirige l'Antarctic seabird research for the U.S. Antarctic Research Division au Southwest Fisheries Science Center de La Jolla en Californie : il estime que les changements des cycles climatiques antarctiques influencent les colonies de Manchots d'Adélie qu'il étudie sur la Péninsule Antarctique. Les températures moyennes hivernales de celle-ci se sont élevées d'environ 5°C au cours des 50 dernières années. En conséquence, le " pack " de glace qui se formait autrefois chaque hiver suit désormais un cycle : deux ans avec glace, suivies de trois à cinq sans.

Trivelpiece a trouvé une corrélation entre la glace du pack et la disponibilité en algues pour le krill, la base de l'alimentation du Manchot d'Adélie. En hiver, les algues poussent sous le pack. La fonte de la glace au printemps rend alors ces dernières disponibles pour les crustacés, qui sont à leur tour mangés par les oiseaux.

Les années sans glace, la quantité de krill est très réduite, ce qui affecte profondément les populations de Manchots d'Adélie, qui ont par ailleurs diminué de presque 50 % en dix ans. Trivelpiece précise toutefois que ses résultats ne sont applicables que dans la Péninsule Antarctique. En effet, plus au sud, le pack continue de se former chaque hiver. Mais avec des températures moyennes plus élevées, la glace fond plus précocement ce qui permet paradoxalement aux manchots d'accéder plus tôt à leur nourriture, améliorant ainsi le succès de leur taux de reproduction.

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