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Un virus du poulet pour traiter le cancer de la prostate ?

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Un virus légèrement modifié, à l'origine de la maladie de Newcastle chez les oiseaux, pourrait devenir un futur traitement contre le cancer de la prostate. Très spécifique, il détruit toutes ses cellules tumorales, même celles résistantes aux thérapies classiques, en épargnant les cellules saines et donc en limitant la gravité des effets secondaires.

Le cancer de la prostate touche un homme sur six au cours de sa vie mais ne tue qu'un patient sur huit. Certaines formes ne nécessitent aucun traitement, la tumeur n'évoluant pas. En revanche, dans certains cas, les cellules cancéreuses peuvent former des métastases qui s'attaquent aux os. Dans ce cas, l'espérance de vie est de 40 mois. © Annie Cavanagh, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

On connaît les virus pour leur capacité à faire le mal. On oublie souvent qu'ils pourraient aussi nous sauver. De nombreuses thérapies utilisent leurs propriétés biologiques pour modifier l'ADN des cellules et éteindre ou insérer des gènes particuliers. Même le terrible VIH, à l'origine du Sida, est exploité dans divers essais cliniques, sous une forme le rendant évidemment inoffensif.

Parmi les nombreux virus testés, celui qui cause la maladie de Newcastle, ou pseudopeste aviaire, paraît particulièrement prometteur. En effet, si l'infection est mortelle chez les oiseaux, elle passe inaperçue chez l'Homme. Or, ce paramyxovirus est dit oncolytique, c'est-à-dire qu'il détruit les cellules cancéreuses. Idéal à utiliser dans des thérapies contre le cancer.

Éprouvé à plusieurs reprises dans des essais cliniques contre diverses tumeurs, il n'a malheureusement pas connu le succès escompté. Pourquoi ? Parce qu'il a des difficultés à atteindre les tumeurs solides s'il n'est pas injecté à haute dose et se répand mal dans la grosseur, à cause du système immunitaire et de la matrice extracellulaire.

Des protéines F du virus modifiées pour plus d'affinité pour le PSA

Mais des scientifiques du Virginia Polytechnic Institute de Blackburg (États-Unis) détiennent peut-être une solution pour augmenter son efficacité dans le cas du cancer de la prostate. Ils expliquent dans le Journal of Virology comment ils ont modifié une protéine du virus pour en faire un meilleur tueur de cellules tumorales.


La recherche contre le cancer se déroule en plusieurs étapes. D'abord, les chercheurs entreprennent les phases théoriques, comme le montre cette vidéo. C'est seulement après que les médecins se mettent à l'œuvre et peuvent à leur tour informer aux autres étages des problèmes rencontrés, comme les cas de résistance des cellules tumorales prostatiques aux traitements hormonaux. © Futura-Sciences

Cette protéine F permet à l'envahisseur de fusionner l'enveloppe virale à la membrane plasmique, de manière à injecter le génome du virus dans la cellule. Cette action est rendue possible grâce à l'action d'enzymes appelées protéases. Les chercheurs ont transformé la protéine F du virus afin de lui procurer une affinité pour une seule protéase particulière : l'antigène prostatique spécifique (ou PSA pour prostate-specific antigen), retrouvé uniquement à la surface des cellules de la prostate.

Un traitement contre le cancer de la prostate bientôt en test

Le virus recombinant a été testé sur des cellules humaines en culture. Il détruit sans ménagement les cellules cancéreuses présentant le PSA, y compris celles devenues résistantes aux traitements hormonaux qu'on oppose classiquement à la maladie. En revanche, sans cet antigène, il ne se passe rien.

Ces résultats suggèrent qu'une thérapie à base de ce paramyxovirus modifié pourrait s'avérer plus efficace in vivo que les virus préalablement testés car on maximiserait l'affinité entre le parasite microscopique et ses hôtes. De plus, il présente deux avantages importants. D'une part il s'en prend aux cellules tumorales résistantes aux hormones et de ce fait s'imposerait comme une alternative intéressante aux échecs thérapeutiques. D'autre part, en épargnant les cellules saines, il limiterait la gravité des effets secondaires engendrés par la chimiothérapie ou la suppression de la testostérone. Lors des essais cliniques déjà menés, même à très forte dose, les patients n'ont pas ressenti de symptômes plus violents que ceux engendrés par une grippe moyenne.

Désormais, le traitement va être testé chez l'animal avant, peut-être, d'intégrer des protocoles cliniques de phase I, chez des patients malades. Le cancer de la prostate représente, en France, 20 % des cas de cancer, avec 72.000 nouveaux diagnostics en 2011, loin devant les tumeurs mammaires, décelées chez 53.000 femmes au cours de la même année. S'il ne représente que 6 % de la mortalité par cancer en France, il a tué 8.700 hommes dans ce même laps de temps.

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