Des chercheurs français ont été les premiers à découvrir le VIH. Et si c'était d'autres chercheurs français qui mettaient en évidence une façon de s’en débarrasser ? Une équipe de l'Inserm pense pouvoir contenir le virus du Sida dans les réservoirs viraux, et ainsi débarrasser l'organisme du pathogène. Une piste à suivre... © Medical Art Service, Munich, Wellcome Images, CC by-nc-nd 2.0

Santé

Sida : des chercheurs de l'Institut Pasteur détruisent les cellules réservoirs

ActualitéClassé sous :médecine , VIH , SIDA

Une équipe de l'Institut Pasteur a trouvé un moyen d'éliminer les cellules réservoirs du virus du Sida, ouvrant la voie à de nouvelles possibilités de traitements. Mais le chemin est encore long pour que ces résultats, obtenus sur des cellules en culture, soient appliqués à l'Homme.

Les traitements actuels contre le VIH sont à prendre à vie car les antirétroviraux ne parviennent pas à éliminer les réservoirs du virus logés dans les cellules immunitaires« Les antirétroviraux vont bloquer le virus, ils vont agir contre le virus et sa multiplication mais ils ne peuvent pas éliminer les cellules infectées. Là, avec notre travail, il s'agit de caractériser les cellules infectées pour pouvoir cibler les cellules et les éliminer de l'organisme infecté par le VIH », explique le chef de file de l'étude, Asier Saez-Cirion.

L'équipe de l'Institut Pasteur a réussi à identifier les caractéristiques des lymphocytes T CD4, des cellules immunitaires qui sont les cibles principales du VIH. Leur étude montre que le virus va infecter prioritairement les cellules à forte activité métabolique. C'est cette activité, et en particulier la consommation de glucose de la cellule, qui joue un rôle clé dans l'infection : le virus détourne l'énergie et les produits fournis par la cellule pour se multiplier. Ce besoin du virus constitue une faiblesse qui pourrait être exploitée pour s'attaquer aux cellules « réservoirs ». Ces résultats paraissent dans Cell Metabolism.

L’infection par le VIH bloquée sur des cellules en culture

Les chercheurs de Pasteur ont réussi ex vivo (sur des cultures de cellules) à bloquer l'infection grâce à des molécules inhibitrices de l'activité métabolique déjà utilisées en cancérologie« On a vu dans notre travail que les cellules qui s'infectent par le VIH ont des caractéristiques d'un point de vue énergétique qui ressemblent aux cellules tumorales, donc on pourra utiliser les mêmes types d'outils », explique le chercheur Asier Saez-Cirion. La prochaine étape pour l'équipe de Pasteur va consister à « identifier les molécules qui nous donnent un effet optimal, après il faut passer à des essais pré-cliniques dans des modèles et en utilisant l'expérience en cours sur les essais cliniques dans le traitement de certains cancers pour choisir des molécules qui soient tolérables par le patient et efficaces », selon le chercheur.

Ces travaux constituent un pas vers une possible rémission pour les patients (on ne détecte plus de cellule infectée) grâce à l'élimination des cellules réservoirs. Mais « il faudra sans doute quelques années avant qu'on puisse commencer à vraiment tester ces approches dans un vrai essai clinique de phase 3 qui pourrait nous donner un résultat sur l'efficacité », précise Asier Saez-Cirion.

Pour en savoir plus

Sida : un nouveau pas pour éradiquer les réservoirs viraux du VIH

Article de l'Inserm paru le 26 novembre 2013

Le principal problème avec le VIH aujourd'hui, c'est qu'il se cache dans des cellules et qu'il ressurgit dès lors que l'on stoppe les traitements. Mais des scientifiques français pensent avoir trouvé un anticorps qui permet d'enfermer le virus dans les réservoirs dans lesquels il attend.

Le statut du Sida est passé de maladie mortelle à celui de maladie chronique qui impose des traitements à vie. Car même si les trithérapies éliminent l'immense majorité des virus, certains restent tapis au sein de cellules immunitaires, soit des lymphocytes T et des macrophages. Signifiant « gros mangeurs » en grec, les macrophages avalent et détruisent les débris cellulaires et les microbes pathogènes dans notre corps. Mais le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) est capable d'y rentrer, de s'y multiplier et d'y constituer des réservoirs de particules virales.

Stockées dans des compartiments internes, ces particules sont difficilement accessibles aux médicaments antiviraux et aux attaques du système immunitaire. De plus, contrairement aux lymphocytes T qui meurent quelques jours après avoir été infectés, les macrophages sont beaucoup plus résistants à la présence ennemie en leur sein : ils peuvent héberger le VIH pendant des mois, voire des années.

En suivant le devenir de macrophages avant et après infection par le VIH, une équipe du laboratoire immunité et cancer de l'Institut Curie montre dans une publication du Journal of Experimental Medicine que ces compartiments internes, dans lesquels les virus s'accumulent, préexistent à l'infection. « Cela pourrait expliquer le rôle particulier des macrophages en tant que réservoirs du VIH », souligne Philippe Benaroch, qui a mené l'étude.

Les macrophages (ici en violet) comptent parmi les éboueurs de l'organisme et digèrent tous les organismes étrangers ou les débris cellulaires. Mais ils constituent aussi l'une des cibles dans lesquelles se cache le VIH, qui devient hors d’atteinte des trithérapies antirétrovirales. Mais si on l'enferme à l'intérieur, alors il ne pourra plus se montrer dangereux ! © Michael Bright, Wellcome Images, cc by nc nd 2.0

Anticorps qui enferment le VIH dans les réservoirs

Mais à quoi servent ces compartiments en dehors des périodes d'infection« On ne le sait pas encore, cela a sans doute un lien avec la fonction d'éboueur des macrophages. Certains récepteurs caractéristiques de cette fonction sont concentrés au niveau de ces compartiments, et plus spécialement le récepteur CD36 », explique l'immunologiste.

Or, en exposant des macrophages infectés à des anticorps anti-CD36, les chercheurs ont réussi à empêcher la libération des virus contenus dans les macrophages infectés. « Les anticorps pénètrent et atteignent les compartiments internes où ils piègent les particules virales en se liant aussi bien aux récepteurs CD36 présents sur leur enveloppe que sur ceux des compartiments », ajoute Philippe Benaroch.

Résultat, tout le monde se trouve emmêlé et plus rien ne bouge ! Et le chercheur d'ajouter que « le VIH est assez fragile et l'effet des traitements anticorps assez long. Si les particules virales sont piégées pendant quelque temps dans les compartiments, nous pensons qu'ils perdront leur pouvoir infectieux. » Un brevet a d'ailleurs été déposé. Face au VIH, « le champion du monde pour l'apparition de mutations », mieux vaut avoir plusieurs armes dans son arsenal.

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