Une étude menée sur des rates montre qu’une exposition à des nanoparticules de dioxyde de titane (TiO2), en début et en fin de gestation tout particulièrement, a des conséquences importantes sur le développement du fœtus. © Crystal light, Fotolia

Santé

La pollution atmosphérique affecte le système cardiovasculaire du fœtus

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La pollution atmosphérique nuit à notre santé. Ce n'est pas un scoop. Qu'elle nuise à la santé du fœtus n'en est pas réellement un non plus. Mais des chercheurs américains précisent aujourd'hui quels sont les stades de la grossesse les plus sensibles et quels sont les systèmes les plus affectés.

« Plus encore que les autres, les femmes enceintes devraient éviter les zones connues pour leur pollution atmosphérique ou rester à l'intérieur lors des pics de pollution. Elles devraient également surveiller de près la qualité de leur air intérieur. » C'est la recommandation formulée par Phoebe Stapleton, professeur à l'université de Rutgers (États-Unis). Une étude suggère en effet que la pollution de l'air respirée par les femmes enceintes pourrait nuire au développement cardiovasculaire de leur fœtus.

Les chercheurs ont constaté que chez les rates, une exposition à des particules de dioxyde de titane (TiO2) en début de gestation a un impact important sur le système circulatoire du fœtus, notamment sur l'aorte thoracique et la veine ombilicale. Une exposition plus tardive a des conséquences sur la croissance du fœtus.

Le dioxyde de titane (TiO2) se présente sous la forme d’une poudre nanométrique. Il entre dans la composition de peintures, de cosmétiques, de crèmes solaires, de dentifrices, de médicaments ou encore de confiseries. © annca, Pixabay, CC0 Creative Commons

Des fœtus plus sensibles en début et en fin de grossesse

Car l'air que la mère respire affecte son système circulatoire. Or, c'est lui qui fournit au fœtus le flux sanguin nécessaire à son bon développement. Exposés à des polluants, les vaisseaux sanguins de la mère subissent une constriction qui restreint le flux sanguin envoyé vers l'utérus. La quantité d'oxygène et de nutriments apportés au fœtus est diminuée. D'où, des retards de croissance et de développement.

Selon les chercheurs, deux stades de la grossesse seraient particulièrement sensibles : le début du premier trimestre et la fin du troisième trimestre. Et les dommages causés au fœtus pourraient avoir des répercussions sur l'enfant à naître tout autant que sur l'individu devenu adulte.

Pour en savoir plus

C'est confirmé : la pollution de l’air rend les bébés trop chétifs

Une vaste étude européenne montre que la pollution atmosphérique due au trafic routier, même à des taux inférieurs à ceux préconisés par les normes en vigueur, favorise la naissance de bébés de petits poids. Or, le seul fait de respecter les seuils diminuerait de plus de 20 % le nombre de nouveau-nés trop chétifs.

Article de l'Inserm paru le 17/10/2013

Vivre à proximité d'une route fortement fréquentée, et associée à un niveau élevé d’émission de particules fines, augmente les risques de freiner le développement d'un fœtus et de donner naissance à un bébé de petits poids. © Bicylce Bob, Flickr, cc by sa 2.0

Au début de l'année, une vaste étude menée sur trois millions de femmes enceintes dans neuf pays du monde révélait que certains niveaux de pollution atmosphérique pouvaient contribuer à donner naissances à des bébés chétifs et donc fragiles, plus enclins à développer des problèmes de santé.

En s'appuyant sur les résultats de l'European Study of Cohorts for Air Pollution Effects (Escape, ou Étude européenne de cohortes sur les effets de la pollution atmosphérique), des investigateurs, dirigés par Rémy Slama de l'Institut Albert Bonniot (Grenoble), ont réuni les données de 14 études de cohortes menées dans 12 pays européens. Ce corpus impliquait 74.000 femmes ayant accouché (hors grossesses multiples) entre 1994 et 2011. Les scientifiques viennent confirmer les conclusions préalablement avancées dans la revue The Lancet Respiratory Medicine.

Les concentrations de polluants atmosphériques (dioxyde d'azote et particules fines en suspension) ont été évaluées durant la grossesse à l'adresse du domicile de chaque femme. La densité du trafic sur la route la plus proche et le volume total de trafic sur toutes les routes principales, dans un rayon de 100 m autour du lieu de résidence, ont également été enregistrés.

De l’air pollué mauvais pour le développement du bébé

Les chercheurs estiment que pour toute augmentation de 5 microgrammes par mètre cube (5 µg/m³) de l'exposition aux particules fines pendant la grossesse (retrouvées par exemple dans les gaz d’échappement et les émissions liées au chauffage et aux activités industrielles), le risque de donner naissance à un bébé de petit poids (inférieur à 2.500 g pour un enfant né après 37 semaines de grossesse) à terme augmente de 18 %. Il est important de noter que ce risque accru persiste à des taux inférieurs à la limite annuelle actuelle fixée par les directives de l'UE sur la qualité de l’air, qui est de 25 µg/m³ pour les particules fines.

Différents facteurs peuvent altérer le développement du bébé dans le ventre de sa mère : l'âge de la mère, sa consommation de tabac ou d'alcool... et l'environnement atmosphérique. © Namowen, StockFreeImages.com

Plusieurs polluants atmosphériques, et plus particulièrement les particules fines (PM2,5, soit avec un diamètre égal ou inférieur à 2,5 micromètres), ainsi que la densité du trafic, sont associés à une augmentation du risque de petit poids de naissance à terme, après prise en compte d'autres facteurs tels que le tabagisme maternel, l'âge, le poids et le niveau d'éducation de la mère. Ces polluants sont aussi corrélés à une réduction de la circonférence crânienne moyenne à la naissance.

Des bébés chétifs que l’on peut éviter

« Un faible poids de naissance est associé à des problèmes de santé dans l'enfance, ainsi qu'à l'âge adulte », explique Rémy Slama, directeur de recherche Inserm et principal auteur de cette étude.

Les taux d'exposition moyens aux PM2,5 pendant la grossesse dans la population étudiée allaient, selon la zone, d'un peu moins de 10 μg/m³ à près de 30 μg/m³. Les chercheurs ont estimé que si les niveaux de PM2,5 étaient réduits à la valeur cible annuelle de l'OMS, soit 10 μg/m³, on diminuerait de 22 % le nombre de ces bébés fragilisés.

« Ces résultats suggèrent qu'une proportion importante des cas de petit poids de naissance à terme pourrait être évitée en Europe si la pollution de l’air urbain, et en particulier les particules fines, diminuait », conclut le chercheur.

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