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Parkinson : diagnostiquer la maladie plus simplement

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La maladie de Parkinson, maladie neurodégénérative, toucherait aussi les neurones du tube digestif. Cette découverte étonnante pourrait impliquer le développement d'un diagnostic facilité, par simple biopsie du côlon et d'une meilleure prise en charge des malades. PascalDerkinderen, de l'Inserm et du CHU de Nantes, répond en détails aux questions de Futura-Sciences.

La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus répandue, après la maladie d'Alzheimer. Crédits DR

La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus courante. Si elle se caractérise d'un point de vue clinique par des raideurs ou des tremblements, au niveau du système nerveux central ce sont les neurones qui sont affectés. Des chercheurs de l'Inserm de Nantes ont pu mettre en évidence que les neurones du système nerveux périphérique (entérique) sont également touchés. Cette découverte, publiée dans le journal Plos One, devrait permettre, à terme, de diagnostiquer la maladie et d'évaluer sa gravité en effectuant des biopsies du côlon. La prise en charge des malades pourrait alors être améliorée.

Pascal Derkinderen (de l'Inserm et du CHU de Nantes), un des chercheurs impliqués dans cette étude, a accepté de répondre à nos questions.

Futura-Sciences : Quels sont les moyens permettant de diagnostiquer la maladie de Parkinson actuellement ?

Pascal Derkinderen : Le diagnostic de maladie de Parkinson repose sur des critères cliniques (rigidité, tremblements, difficulté à effectuer les gestes alternatifs rapides). Classiquement l'imagerie cérébrale (Scanner et IRM) est normale chez les patients parkinsoniens (ils sont souvent perplexes en consultation car l'imagerie ne révèle pas la maladie).

Futura-Sciences : Pourtant la maladie de Parkinson touche le système nerveux central ?

Pascal Derkinderen : La maladie de Parkinson est classiquement caractérisée par une perte des neurones dopaminergiques de la substance noire, une structure située dans le tronc cérébral. Cette perte neuronale s'accompagne de la présence d'inclusions dans les neurones survivants, les corps de Lewy et neurites de Lewy.  

Futura-Sciences : Vous travaillez sur les neuropathies du système nerveux entérique. Pouvez-vous nous expliquer quel est cet organe ?

Pascal Derkinderen : Le système nerveux entérique (SNE) est la subdivision du système nerveux autonome (SNA) qui assure l'innervation du tractus digestif. Il est connecté aux centres autonomes de la moelle épinière et du tronc cérébral par les voies sympathiques et parasympathiques. Le SNE est constitué d'un vaste réseau de neurones (on estime classiquement que le SNE contient autant de neurones que la moelle épinière) situé dans la paroi du tube digestif et est organisé en deux plexus principaux :

  • le plexus sous-muqueux de Meissner;
  • le plexus myentérique d'Auerbach.

Son fonctionnement, largement indépendant du système nerveux central, assure le contrôle de la motilité digestive, du flux sanguin, de l'absorption et de la sécrétion muqueuse.

Futura-Sciences : Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la maladie de Parkinson ?

Pascal Derkinderen : Nous avons à Nantes une unité Inserm spécialisée dans la neurogastroentérologie, d'où l'idée d'étudier le système nerveux entérique des patients parkinsoniens.

Futura-Sciences : Pour vos recherches, vous avez utilisé des biopsies de côlon de parkinsoniens. Quelles analyses avez-vous effectuées et qu'avez-vous constaté ?

Pascal Derkinderen : Les biopsies ont été analysées par immunofluorescence, en particulier à la recherche d'agrégats d'alpha-synucléine phosphorylée, le marqueur de choix pour les corps et les neurites de Lewy et donc de la maladie de Parkinson. Nous avons constaté :

  • la présence de neurites de Lewy dans les biopsies de 21 patients sur 29 ;
  • le fait que plus les neurites de Lewy étaient abondants, plus les patients avaient une tendance à présenter des troubles de l'équilibre (signe de gravité de la maladie).
Immunomarquage du système nerveux entérique sur une biopsie du côlon. A : marquage des neurones (en vert). B : identification (en rouge) des inclusions pathologiques (neurites de Lewy). Échelle 30 µM. © Inserm

Futura-Sciences : Il s’agit de 21 patients sur 29. Pourquoi ce n’est pas du 100% ?

Pascal Derkinderen : Deux possibilités : soit seulement 70% des patients ont une atteinte du système nerveux entérique, soit notre technique n'est pas assez sensible. Nous essayons de voir si nous confirmons nos résultats avec une analyse différente des biopsies (biochimique).

Futura-Sciences : Pourrait-on alors utiliser de manière fiable des biopsies pour diagnostiquer l'état de sévérité de la maladie ?

Pascal Derkinderen : Oui nous le pensons, mais toutefois, cela nécessitera une étude à plus grande échelle et multicentrique (sur plusieurs hôpitaux ou laboratoires différents).

Futura-Sciences : Quels sont maintenant vos projets de recherche ?

Pascal Derkinderen : À court terme, nous voulons utiliser les biopsies pour aider à faire le diagnostic entre maladie de Parkinson et syndromes apparentés (aussi appelés syndromes parkinsoniens « plus »). À moyen terme, nous comptons utiliser les biopsies comme marqueur précoce de la maladie : il est en effet possible que le système nerveux entérique soit touché de façon précoce au cours de la maladie, bien avant le système nerveux central (hypothèse de Braak).

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