Santé

Les oméga-3, protecteurs du cerveau contre les AVC

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On n'a pas fini de vanter les mérites des oméga-3. On connaissait leurs bienfaits sur le système cardiovasculaire, mais on a pu montrer les bénéfices qu'en tirait également le cerveau : prévention des AVC et meilleur taux de survie. De quoi combler le vide thérapeutique ? À l'occasion de la Semaine du cerveau, Futura-Sciences a rencontré Nicolas Blondeau, neurophysiologiste à l'institut de Pharmacologie moléculaire et cellulaire, à Sophia Antipolis.

Ici, du sang (en blanc) s'est écoulé dans le cerveau, créant un œdème. Les accidents vasculaires cérébraux sont, lorsqu'ils ne sont pas mortels, à l'origine de troubles neurologiques très importants. Ils causent des ischémies qui privent les neurones de nutriments et d'oxygène et les conduisent à la mort. De la perte de mémoire à la perte de la parole, en passant éventuellement par toute une palette de troubles moteurs. Il faut donc absolument s'en prémunir. Et les oméga-3 pourraient être là pour ça. © James Heilman, Wikipédia, cc by sa 30

Il faut agir vite. Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) tuent toutes les trois minutes dans le monde. Chaque année, ils concernent 150.000 Français. Dans 25 % des cas, le décès survient très rapidement suite à l'attaque cérébrale. Cinq ans après l'accident, la moitié des victimes en succombent. Pour les survivants, des séquelles parfois très lourdes les handicapent à vie.

Que propose la médecine pour contrer ces événements vasculaires ? Une thrombolyse. Il s'agit de détruire à l'aide d'une enzyme le caillot sanguin à l'origine de l'ischémie (l'artère étant obstruée), celui-là même qui prive les neurones d'oxygène et de nutriments indispensables à leur survie. Mais l'urgence est de mise. Au-delà de 4 heures 30 après la survenue de l’AVC, la destruction du caillot n'est plus salvatrice. Seuls 5 % des patients peuvent ainsi être traités, le temps qu'on les amène à l'hôpital et qu'on identifie la raison de leur trouble.

Que faire alors une fois ce délai dépassé ? Pas grand-chose... Sur le marché, il n'existe aucun médicament capable de protéger les neurones. La raison en est simple. Tous les traitements testés se sont révélés malheureusement inefficaces, et les laboratoires pharmaceutiques ont dépensé des milliards sans succès.

Nicolas Blondeau est neurophysiologiste et spécialiste des effets des acides gras oméga-3 sur les AVC. Ses travaux ont été publiés dans les revues les plus prestigieuses. © John Pusceddu

Des oméga-3 en prévention des AVC

La recherche n'a quant à elle pas oublié de poursuivre les investigations. Et parmi les pistes explorées, celle des oméga-3. Non pas à cause du matraquage publicitaire qu'on entend ici et là, mais parce que cela pourrait fonctionner, comme l'explique à Futura-Sciences Nicolas Blondeau, auteur de nombreuses études sur le sujet.

« On a remarqué que les oméga-3 avaient un effet neuroprotecteur important, avance le neurophysiologiste de l'équipe du docteur Catherine Heurteaux, à l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (IPMC-CNRS). In vitro, aussi bien que dans les modèles animaux d'AVC, il est clair qu'ils limitent la mortalité des neurones. » Or, depuis un siècle, la part totale de lipides dans l'alimentation augmente, tandis que celle des oméga-3 diminue. Ces acides gras sont dits essentiels, c'est-à-dire que le corps humain ne les synthétise pas et qu'ils doivent être impérativement apportés par l'alimentation.

Ces lipides existent sous plusieurs formes. L'acide alpha-linolénique (ALA) est transformé par des enzymes (élongase et désaturase) en acide eicosapentaénoïque (EPA) et acide docosahexaénoïque (DHA). Ces deux derniers sont retrouvés à hautes doses chez les poissons et ont été les plus étudiés. Quant à l'ALA, quelques travaux seulement se sont focalisés dessus.

On sait par exemple qu'il augmente l'espérance de vie de rats souffrant d'hypertension, trouble à l'origine de 50 à 70 % des AVC. Et une augmentation de sa concentration plasmatique est corrélée à la diminution des risques de déclarer l'accident vasculaire. « Nous avons également pu montrer chez l'animal qu'en cas d'ischémie de 20 minutes, l'ALA préservait 80 % de la population neuronale quand, en temps normal, la quasi-totalité des cellules succombent. »

L'acide alpha-linolénique (ALA), dont on voit ici une représentation tridimensionnelle, est un oméga-3 avec pour formule chimique C18H30O2. On le trouve en grande quantité dans certaines huiles de graines végétales, comme le lin, le colza ou les noix. © Benjah-bmm27, Wikipédia, DP

L’ALA en guise de traitement une fois l’ischémie déclarée ?

Le vieil adage dit qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Mais que faire une fois que le mal est fait ? « Nous avons voulu tester l'efficacité de l'oméga-3 chez des souris qui avaient déclenché un AVC suite à l'obstruction de l'artère sylvienne, impliquée dans 70 % de ces événements, reprend Nicolas Blondeau. L'ALA a donc été injecté chez ces animaux et le traitement a été efficace jusque dans les 6 heures suivant le déclenchement de l'attaque. Plusieurs administrations répétées ont permis d'aboutir à un taux de survie trois fois plus élevés après un mois. »

L'ALA dispose semble-t-il d'un atout supplémentaire par rapport aux molécules pharmaceutiques testées dans les essais cliniques. « La plupart de ces candidats médicaments agissaient à un niveau spécifique et ne se focalisaient que sur les neurones. Les oméga-3 ont un spectre d'action plus large. Si des études épidémiologiques récentes suggèrent qu'ils pourraient limiter les risques de survenue de l'AVC, nos expériences précliniques montrent que par leur effet vasodilatateur (jusqu'à 30 % du diamètre ex vivo) et par leur effet protecteur sur les neurones, ils permettent à une partie des cellules du cerveau de mieux supporter l'ischémie. De plus, on a aussi remarqué que l'ALA stimulait la formation de nouveaux neurones et de nouvelles synapses » conclut Nicolas Blondeau.

De ces travaux, on en retient donc que l'ALA pourrait être une molécule adaptée pour préserver (au moins partiellement) le cerveau des AVC, que ce soit en prévention, en guérison, et pour la récupération. Pour l'heure, il n'existe aucun médicament sur le marché pour les AVC, mais la nature dispose de nombreuses plantes et graines dont les huiles contiennent beaucoup d'oméga-3. La population française étant déficitaire en oméga-3, il ne faut pas hésiter à en consommer régulièrement comme le recommande l'ANSES.

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