Une souche inoffensive du coronavirus MERS-CoV vient d’être développée dans un laboratoire espagnol. Elle pourrait constituer une base pour la conception d’un vaccin efficace contre ce terrible virus venu du Moyen-Orient. Mais il reste encore du travail avant de le tester.
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Alors que le coronavirus vient de faire deux victimes supplémentaires en Arabie Saoudite, portant à 54 le nombre de morts sur les 114 personnes infectées depuis avril 2012, les scientifiques travaillent d'arrache-pied pour protéger les populations d'éventuelles mutations qui le rendraient encore plus contagieuxcontagieux et donc plus dangereux. Dimanche 8 septembre, un premier espoir de traitement a été évoqué dans la revue Nature Medicine, puisque la combinaison de deux antiviraux a atténuéatténué les symptômessymptômes chez des macaques contaminés.

Mais les chercheurs préfèrent toujours prévenir que guérir. Et l'équipe de Luis Enjuanes, de l'université autonome de Madrid (Espagne), explore dans son laboratoire la piste d'un vaccinvaccin contre MERS-CoV. Des efforts qui pourraient payer, car en couplant les techniques de biologie synthétique à celles d'ingénierie génétiquegénétique, ils annoncent dans une publication dans la revue mBio avoir conçu une souche virale inoffensive qui pourrait constituer les bases d'un vaccin atténué contre le coronavirus.

Ce mutant, nommé rMERS-CoV-ΔE, dispose de la capacité d'infester une cellule-hôte, de répliquer son matériel génétique, mais pas d'en sortir et de contaminer les cellules voisines. En même temps, il induit une réponse immunitaire permettant à l'organisme de développer tout son plan de défense contre le pathogènepathogène.

Des cellules d’encapsidation pour produire le vaccin en masse

À partir des séquences génétiques du virusvirus, les auteurs ont conçu des clonesclones d'ADNcADNc, c'est-à-dire la séquence d'ADN codante complémentaire à l'ARNARN viral, équivalente à ce qui va être lu par la machinerie cellulaire. Ce génomegénome a été inséré dans un chromosomechromosome bactérien artificiel. Les gènesgènes du coronavirus ont été mutés les uns après les autres, afin de déterminer le rôle de chacun dans les différentes phases de l'infection, de l'entrée dans la cellule-hôte jusqu'à sa sortie, en passant par sa réplicationréplication.

MERS-CoV continue à sévir au Moyen-Orient, et aucune solution n’a été trouvée pour le contrer. © NIAID, RML, DP

MERS-CoV continue à sévir au Moyen-Orient, et aucune solution n’a été trouvée pour le contrer. © NIAID, RML, DP

Des mutations au niveau des gènes 3, 4a, 4b ou 5 n'altèrent pas les propriétés infectieuses du coronavirus. En revanche, une mutation dans la protéineprotéine d'enveloppe (protéine E) change la donne : si MERS-CoV continue à pénétrer dans la cellule et à répliquer son génome, il devient incapable de sortir pour contaminer les cellules voisines, ce qui le rend inoffensif car l'infection ne peut plus se propager.

Cette stratégie connaît des limites. En effet, comment produire en quantités industrielles un virus atténué incapable de survivre tout seul ? Les chercheurs ont trouvé un moyen de lui donner un coup de main : les cellules d'encapsidation. Ces cellules particulières sont génétiquement modifiées pour porter dans leur ADNADN le gène codant pour la protéine E virale complète. Lorsque le variant rMERS-CoV-ΔE, contenu dans un chromosome bactérien, les infecte, il est capable de se reproduire complètement et de sortir de son hôtehôte, en profitant du génome cellulaire.

Un vaccin contre MERS-CoV ? Pas pour tout de suite

Les gènes cellulaires et viraux ne se mélangeant pas, cette souche de coronavirus n'acquiert pas l'aptitude à réinfecter. Ainsi, lorsqu'on l'injecte dans un organisme, dans un objectif de vaccination, le virus se limite aux cellules dans lesquelles il pénètre, mais ne s'étend pas à tout l'organisme. Le système immunitairesystème immunitaire apprend à le reconnaître et à s'en débarrasser. C'est du moins le principe théorique, qui n'a pas encore été testé in vivoin vivo.

Alors, verra-t-on prochainement débarquer le premier vaccin contre MERS-CoV ? La réponse est négative. Car les autorités sanitaires ont leurs exigences avant d'accepter de tester un traitement chez l'Homme. Si la mutation de la protéine E représente un garde-fougarde-fou, la Food and Drug Administration (FDAFDA) en demande au moins deux autres, afin d'être certaine que le virus ne pourra pas muter dans l'autre sens et récupérer tout son pouvoir pathogène. Les scientifiques espagnols travaillent donc déjà sur leurs clones viraux pour trouver chez le coronavirus de nouvelles mutations qui permettraient de tester un candidat-vaccin chez l'Homme.