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C'est confirmé : la pollution de l’air rend les bébés trop chétifs

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Une vaste étude européenne montre que la pollution atmosphérique due au trafic routier, même à des taux inférieurs à ceux préconisés par les normes en vigueur, favorise la naissance de bébés de petits poids. Or, le seul fait de respecter les seuils diminuerait de plus de 20 % le nombre de nouveau-nés trop chétifs.

Vivre à proximité d'une route fortement fréquentée, et associée à un niveau élevé d’émission de particules fines, augmente les risques de freiner le développement d'un fœtus et de donner naissance à un bébé de petits poids. © Bicylce Bob, Flickr, cc by sa 2.0

Au début de l'année, une vaste étude menée sur trois millions de femmes enceintes dans neuf pays du monde révélait que certains niveaux de pollution atmosphérique pouvaient contribuer à donner naissances à des bébés chétifs et donc fragiles, plus enclins à développer des problèmes de santé.

En s'appuyant sur les résultats de l'European Study of Cohorts for Air Pollution Effects (Escape, ou Étude européenne de cohortes sur les effets de la pollution atmosphérique), des investigateurs, dirigés par Rémy Slama de l'Institut Albert Bonniot (Grenoble), ont réuni les données de 14 études de cohortes menées dans 12 pays européens. Ce corpus impliquait 74.000 femmes ayant accouché (hors grossesses multiples) entre 1994 et 2011. Les scientifiques viennent confirmer les conclusions préalablement avancées dans la revue The Lancet Respiratory Medicine.

Les concentrations de polluants atmosphériques (dioxyde d'azote et particules fines en suspension) ont été évaluées durant la grossesse à l'adresse du domicile de chaque femme. La densité du trafic sur la route la plus proche et le volume total de trafic sur toutes les routes principales, dans un rayon de 100 m autour du lieu de résidence, ont également été enregistrés.

De l’air pollué mauvais pour le développement du bébé

Les chercheurs estiment que pour toute augmentation de 5 microgrammes par mètre cube (5 µg/m³) de l'exposition aux particules fines pendant la grossesse (retrouvées par exemple dans les gaz d’échappement et les émissions liées au chauffage et aux activités industrielles), le risque de donner naissance à un bébé de petit poids (inférieur à 2.500 g pour un enfant né après 37 semaines de grossesse) à terme augmente de 18 %. Il est important de noter que ce risque accru persiste à des taux inférieurs à la limite annuelle actuelle fixée par les directives de l'UE sur la qualité de l’air, qui est de 25 µg/m³ pour les particules fines.

Différents facteurs peuvent altérer le développement du bébé dans le ventre de sa mère : l'âge de la mère, sa consommation de tabac ou d'alcool... et l'environnement atmosphérique. © Namowen, StockFreeImages.com

Plusieurs polluants atmosphériques, et plus particulièrement les particules fines (PM2,5, soit avec un diamètre égal ou inférieur à 2,5 micromètres), ainsi que la densité du trafic, sont associés à une augmentation du risque de petit poids de naissance à terme, après prise en compte d'autres facteurs tels que le tabagisme maternel, l'âge, le poids et le niveau d'éducation de la mère. Ces polluants sont aussi corrélés à une réduction de la circonférence crânienne moyenne à la naissance.

Des bébés chétifs que l’on peut éviter

« Un faible poids de naissance est associé à des problèmes de santé dans l'enfance, ainsi qu'à l'âge adulte », explique Rémy Slama, directeur de recherche Inserm et principal auteur de cette étude.

Les taux d'exposition moyens aux PM2,5 pendant la grossesse dans la population étudiée allaient, selon la zone, d'un peu moins de 10 μg/m³ à près de 30 μg/m³. Les chercheurs ont estimé que si les niveaux de PM2,5 étaient réduits à la valeur cible annuelle de l'OMS, soit 10 μg/m³, on diminuerait de 22 % le nombre de ces bébés fragilisés.

« Ces résultats suggèrent qu'une proportion importante des cas de petit poids de naissance à terme pourrait être évitée en Europe si la pollution de l’air urbain, et en particulier les particules fines, diminuait », conclut le chercheur.

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