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Le BCG protégerait-il de la sclérose en plaques ?

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Notre bon vieux vaccin contre la tuberculose sera-t-il utilisé pour prévenir ou limiter les dégâts causés par la sclérose en plaques ? Une étude italienne vient de fournir des résultats préliminaires intéressants, même s'il est encore un peu tôt pour s'enthousiasmer.

La sclérose en plaques est une maladie qui touche principalement des femmes jeunes, entre 20 et 40 ans. Mais peut-être pourra-t-on limiter son incidence grâce au classique BCG, vaccin contre la tuberculose qui n'est plus obligatoire en France depuis quelques années. © Blakespot, Flickr, cc by 2.0

La sclérose en plaques (SEP), qui frappe plus de 2 millions de personnes à travers le monde, reste une maladie bien mystérieuse. Ce trouble neurologique aboutit à la perte progressive de la myéline, la gaine protectrice entourant les neurones, au niveau du système nerveux central. La cause de ce dysfonctionnement est inconnue. On plaide pour un mélange de facteurs génétiques et environnementaux, avec un élément déclenchant, comme une infection. Il est intéressant de noter que certains vaccins (hépatite B, et dernièrement le Gardasil) ont été accusés d'avoir engendré la maladie chez certaines personnes, mais l'imputabilité n'a pas été avérée.

Pourtant, les patients pourraient tirer des bénéfices d'un autre vaccin : le BCG. Utilisé en France (et ailleurs dans le monde) en prévention de la tuberculose depuis des décennies, son efficacité réelle est débattue depuis longtemps dans cette indication. Une étude menée par Giovanni Ristori, de l'université de La Sapienza, à Rome, vient de démontrer l'intérêt de ce vaccin contre la SEP. Des résultats à lire dans Neurology.

Le BCG protège partiellement contre la sclérose en plaques

Ce travail reste préliminaire, puisque seules 73 personnes y ont pris part du début à la fin. Tous présentaient pour la première fois des symptômes qui laissent suggérer une SEP, comme des engourdissements ou des troubles visuels ou de l'équilibre. Des signes inquiétants confirmés par une IRM. Dans cette situation, qualifiée de syndrome clinique isolé, 50 % des patients développent le trouble neurologique dans les deux années suivantes, et 40 % plus tardivement. Seuls 10 % donc sont finalement épargnés.

La sclérose en plaques est une maladie chronique qui affecte le système nerveux central et du nerf optique, qui conduit progressivement à des troubles sensitifs, moteurs et visuels. © _DJ_, Flickr, cc by sa 2.0

Parmi ces patients, 33 d'entre eux ont reçu une injection du BCG à ce stade, les 40 sujets restants se voyant inoculer un placébo. Tous étaient suivis et subissaient un scanner cérébral une fois par mois pendant six mois. Ensuite, ils devaient se soigner durant un an à l'aide d'un médicament utilisé classiquement contre la SEP : l'interféron bêta-1a. Après cette période, ils étaient pris en charge par un neurologue qui leur proposait les traitements les plus adaptés. Le diagnostic était finalement posé cinq années après le début de l'expérience.

Au bout de six mois déjà, les participants ayant reçu le BCG manifestaient moins de lésions caractéristiques de la SEP : en moyenne 3 contre plus de 7 pour le groupe contrôle. Finalement, 42 % des sujets vaccinés ont développé la maladie 5 ans plus tard. Contre 70 % pour leurs homologues traités au placébo. Une différence significative qui suggère une efficacité du BCG pour réduire les lésions et limiter les risques de SEP.

Des points marqués pour l’hypothèse hygiéniste

Les auteurs précisent qu'il est encore trop tôt pour le recommander, car ils veulent augmenter l'échantillon après avoir vérifier l'innocuité sur le long terme. Pour l'heure, ils n'ont relevé aucun effet secondaire majeur, et les quelques événements indésirables répertoriés étaient les mêmes dans les deux groupes.

Cet article a été accompagné d'un éditorial rédigé par deux scientifiques états-uniens, dont Dennis Bourdette, de l'Oregon Health & Science University. Ils y expliquent que cette découverte va dans le sens de l'hypothèse hygiéniste, qui considère que les allergies et les maladies auto-immunes (parmi lesquelles on classe la SEP) explosent depuis que notre mode de vie limite notre exposition aux microbes. En effet, la généralisation des antibiotiques, la stérilisation du matériel, l'assainissement des eaux, etc., s'accompagneraient de dommages collatéraux.

Il a précédemment été montré que l'infestation par des vers parasites contribuait à atténuer les symptômes de la SEP, parce que ces corps étrangers entraîneraient, selon l'hypothèse des chercheurs, les cellules immunitaires à mieux distinguer le soi du non-soi et à arrêter de dégrader la gaine de myéline. Le BCG, constitué d'une bactérie vivante mais atténuée, pourrait donc jouer le même rôle. Une affaire qui demande à être creusée.

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