Santé

Une autogreffe d'ovaires rend sa puberté à une jeune fille

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Atteinte d'une forme sévère de drépanocytose, une jeune fille de 13 ans a été greffée avec ses propres ovaires, qui avaient été congelés le temps que sa maladie soit traitée. Une première dans l'histoire médicale.

Les ovaires sont le lieu de production et de maturation des ovocytes. Ils sont sensibles à plusieurs hormones circulantes qui définissent l'état du cycle menstruel à partir de la puberté. La fertilité des femmes dépend d'un bon fonctionnement de tous ces composants. Le fait que cette jeune patiente ait atteint la puberté après autogreffe des tissus ovariens tend à montrer que l'activité des ovaires est normale, et qu'elle peut espérer avoir un jour des enfants. © Tinydevil, shutterstock.com

Une jeune patiente de 13 ans a pu développer sa puberté grâce à la greffe de ses propres tissus ovariens. Ils avaient été préservés par congélation, avant un traitement stérilisant destiné à guérir la maladie génétique grave du sang dont elle souffrait.

La jeune fille était atteinte d'une forme majeure de la drépanocytose, qui entraîne des problèmes vasculaires importants pouvant menacer la vie, ont expliqué les médecins lundi dans un communiqué commun aux équipes qui ont contribué à ce succès, présenté comme une première mondiale.

Dans ce cas, une greffe de cellules souches sanguines de moelle (à l'origine des cellules du sang : globules blancs et rouges...) avec donneur permet des guérisons dans 95 % des cas de la drépanocytose, notent les médecins. Mais avant d'injecter ces cellules réparatrices, il faut au préalable administrer un traitement pour détruire les propres cellules souches sanguines de la patiente, porteuses de la maladie sanguine. Or ce traitement est toxique pour les ovaires : il empêche dans la plupart des cas une puberté spontanée et est responsable d'infertilité à l'âge adulte.

Ses propres ovaires pour devenir pubère et fertile

La jeune fille a donc bénéficié d'une congélation préservatrice de tissus ovariens avant le traitement stérilisant. L'autogreffe de ses tissus ovariens (après décongélation) a été réalisée en 2007, bien après la greffe de moelle, par Pascal Piver (CHU de Limoges) et Fadi Abirached au Centre hospitalier intercommunal de Créteil.

L'intervention, sous anesthésie locale avec un patch d'anesthésiant, a consisté à placer sous la peau trois petits fragments de cortex ovarien. Cette autogreffe, qui a permis d'éviter à l'adolescente de prendre un traitement hormonal substitutif, a induit sa puberté (règles...).

La drépanocytose, également appelée anémie falciforme, est une maladie génétique qui se caractérise par des défauts de la conformation des globules rouges, les cellules du sang chargées de transporter l'oxygène. À cause de mutations au niveau du gène de l'hémoglobine, ces cellules sanguines adoptent une forme caractéristique de faucille au lieu d'être sphériques, comme on peut le voir sur l'image. De ce fait, ils ne peuvent passer à travers les capillaires sanguins, les plus petits vaisseaux de l'organisme. L'oxygène ne peut être délivré aux organes. © Dr Graham Beards, Wikipedia, cc by sa 3.0

Depuis une quinzaine d'années, les patientes devant subir des traitements très toxiques pour les ovaires (contre un cancer ou d'autres pathologies comme cette maladie sanguine) se voient proposer de préserver leur fertilité en conservant par congélation du tissu ovarien.

L'autogreffe de cortex ovarien (périphérie de l'ovaire), après congélation et décongélation, a actuellement permis la naissance d'une vingtaine d'enfants au monde.

Une réussite de l’autogreffe décrite pour la première fois

Pour Catherine Poirot de l'unité de biologie de la reproduction à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), ce cas « apporte la preuve qu'un tissu ovarien prélevé avant la puberté, alors qu'il est immature, est fonctionnel après autogreffe ».

« Nous avons toutes les raisons de penser que les prélèvements d'ovaires effectués pour les petites filles avant traitement gonadotoxique pourront leur restaurer, à l'âge adulte, une fertilité », ajoute cette spécialiste qui a contribué à cette réussite qui vient d'être décrite pour la première fois, à la connaissance des auteurs, dans la revue médicale britannique The Lancet.

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