Une récente étude parue dans The Lancet suggère d'explorer une piste intéressante : la prudence dans la prescription des antibiotiques en pédiatrie pourrait réduire l'incidence d'asthme infantile.

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En Europe et en Amérique du Nord, l'incidenceincidence de l'asthmeasthme infantile diminue ces dernières années. Des corrélations antérieures avaient associé l'utilisation d'antibiotiquesantibiotiques durant l'enfance à un risque plus élevé de souffrir d'asthme. Dans une étude d'observation publiée dans le prestigieux journal The Lancet, des chercheurs testent l'hypothèse suivante : une diminution de l'incidence de l'asthme serait liée à une prescription d'antibiotiques réduite et médiée par des changements dans la communauté bactérienne intestinale.

Que nous dit l'étude ? 

Ce que cette étude nous montre, c'est qu'il existe bien une corrélation forte entre la prescription d'antibiotiques et l'incidence de l'asthme. Entre 2000 et 2014, on constate une baisse absolue de 7,1 nouveaux diagnosticsdiagnostics pour 1.000 enfants (passant de 27,3 pour 1.000 à 20,2 pour 1.000). Pendant la période de l'étude, cette baisse de l'incidence est bien corrélée à une moindre utilisation d'antibiotiques (passant de 1.219 - 1.288 prescriptions à 467 - 511 prescriptions pour 1.000 enfants). De plus, chaque augmentation de 10 % de la prescription d'antibiotiques augmente de 24 % l'incidence de l'asthme infantile.

On constate également une dose-réponse significative avec l'augmentation de l'incidence et le nombre d'expositions. Autrement dit, il y a moins de diagnostics d'asthme à cinq ans chez les enfants qui n'ont jamais pris d'antibiotiques, un peu plus chez ceux qui en ont pris une fois, un peu plus encore chez ceux qui en ont pris deux fois, etc. Parmi cette grande cohortecohorte, des données provenant d'échantillons fécaux ont été analysées chez 917 enfants. On y remarque qu'une diversité plus importante au niveau du microbiote réduit de 34 % l'incidence de l'asthme à cinq ans. Enfin, les antibiotiques, chez les enfants, modifient durablement cette diversité. 

Moins d'antibiotiques dans la petite enfance réduirait considérablement le risque d'asthme. © Prostock-studio, Adobe Stock
Moins d'antibiotiques dans la petite enfance réduirait considérablement le risque d'asthme. © Prostock-studio, Adobe Stock

D'autres hypothèses ?

Les investigateurs reconnaissent explicitement dans leur étude qu'ils n'ont démontré que des associations et que d'autres essais soigneusement conçus sont nécessaires. Néanmoins, ils soutiennent que, prises ensemble, leurs études satisfont largement aux critères de Bradford Hill pour enquêter sur la causalité dans les études épidémiologiques. Ils considèrent qu'un lien causal entre l'exposition aux antibiotiques pendant la petite enfance et le développement ultérieur de l'asthme est fort probable. En effet, leurs données font preuve de cohérence (réplicationréplication dans leur population et les études de cohorte), le gradientgradient biologique (étant donné la relation positive avec l'augmentation d'antibiotiques et d'asthme), et la plausibilité (avec des preuves que l'association est significativement médiée par une variation de la structure du microbiotemicrobiote).

Enfin, ils n'oublient pas de rappeler que d'autres cofacteurs peuvent agir sur l'incidence de l'asthme. Ils citent alors la pollution atmosphérique, la susceptibilité génétiquegénétique ou encore le sexe, le mode d'accouchementaccouchement, l'allaitementallaitement maternel, l'origine ethnique, l'exposition au tabagisme et l'atopie parentale.