Le dégoût nous aiderait à éviter les personnes, animaux, objets ou comportements à risque. © Wayhome Studio, Fotolia
Santé

Comment le dégoût nous protégerait des infections

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Une hypothèse mentionne que le dégoût nous protégerait des infections. Jusqu'à présent, les scientifiques n'avaient jamais vérifié les conséquences de cette idée. C'est chose faite. Et cette hypothèse en ressort renforcée !

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Nourriture avariée, eau croupie, environnement insalubre... Le dégoût ressenti face à certaines situations nous protégerait des pathogènes. Si cette hypothèse - soutenue par plusieurs études dont celle rapportée il y a deux ans (voir article ci-dessous) - se révèle exacte, les personnes plus sensibles au dégoût doivent être moins exposées à des sources d'infection et donc moins souffrir de maladies infectieuses. Cette conséquence a été testée pour la première fois par des chercheurs américains.

Ils ont collecté des données auprès de 75 personnes appartenant à trois communautés Shuars - un peuple amérindien habitant les forêts amazoniennes. Chacune d'entre elles a déclaré son niveau de dégoût estimé, puis celui-ci a été rapproché de biomarqueurs associés aux réponses immunitaires à une infection virale ou bactérienne. Ces biomarqueurs sont les traces d'une infection passée ayant conduit à une réponse immunitaire de l'organisme. Un taux élevé représente de nombreuses infections, et inversement.

Leurs résultats, publiés dans PNAS, confortent l'hypothèse initiale. « Nous avons constaté que les participants qui présentaient des niveaux plus élevés de dégoût avaient des niveaux inférieurs de [ces] biomarqueurs, ce qui suggère que le dégoût peut être protecteur contre la maladie », souligne Theresa Gildner, anthropologue et coautrice de l'étude, puisque un dégoût globalement plus fort semble lié à moins d'infections.

Ce n'est pas à ce dégoût-là que les chercheurs font référence. © TheVisualsYouNeed, Adobe Stock

Hygiène de vie

Les communautés sondées vivent dans des conditions socio-économiques différentes. « Les participants vivant dans des zones où l'exposition aux agents pathogènes est courante dans les activités quotidiennes, comme la collecte d'eau ou de nourriture, ne pouvaient pas se permettre d'avoir des niveaux de dégoût élevés », rappelle Theresa Gildner. Tandis que les personnes bénéficiant d'un développement économique plus élevé, et pouvant plus facilement éviter ces sources d'infection, manifestaient une plus grande sensibilité au dégoût.

La chercheuse cite l'exemple du camping. Dans ces lieux, les vacanciers ressentent généralement moins de dégoût « car il peut être beaucoup plus difficile de maintenir le même niveau de propreté qu'à la maison ».

Sans accès à l'eau propre, au savon, ou dans un environnement ouvert, il est plus difficile de maintenir un niveau de propreté qui ne nous rebute pas. © master1305, Adobe Stock

Composante culturelle

Certaines idées, telles que la coprophagie, suscitent du dégoût chez tous les peuples. Mais la culture a également une influence. En fonction des groupes sociaux observés, les réactions émotionnelles varient. « De nombreux groupes, y compris les Shuars participant à cette étude, incorporent des insectes dans leur alimentation », expose Theresa Gildner. Ils n'en retirent aucun dégoût. Ce qui n'est pas le cas d'autres groupes aux habitudes alimentaires distinctes, en témoigne la réticence des consommateurs européens.

Le dégoût ne peut être déclenché qu'en réponse à des signes visibles, laissant penser que des pathogènes sont présents. Une moisissure par exemple. Dans le cas des maladies asymptomatiques, les personnes saines n'ont aucune raison apparente d'éviter les porteurs du virus. Évidemment, les chercheurs ont en tête la Covid-19. Mais le dégoût est aperçu d'une autre façon. « Nous constatons une prise de conscience accrue aux comportements d'évitement des agents pathogènes, notamment le lavage des mains et la désinfection des surfaces, bien que cela puisse dépendre des conditions de vie - par exemple avoir accès à de l'eau propre et du savon », conclut Theresa Gildner.

Pour en savoir plus

Science décalée : à quoi sert le dégoût ?

Une plaie purulente, de la nourriture pourrie, un rat qui court entre nos pieds. Ces images éveillent en nous un sentiment de dégoût plus ou moins marqué. Et des chercheurs nous confirment aujourd'hui que notre sens de la délicatesse peut nous aider à rester en vie.

Article de Nathalie Mayer, publié le 20/01/2019

Jouer avec son caca. Voire même en goûter un petit morceau... C'est dégoûtant ? Pour vous peut-être, mais pas pour un petit enfant, tout juste sur le point de sortir de ses couches. Car le sentiment de dégoût se construit et évolue avec l'âge. C'est l'une des conclusions d'une étude menée récemment par des chercheurs de l'École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres (Royaume-Uni).

Et si vous êtes aujourd'hui dégoûtés à la simple idée de marcher pieds nus sur une limace, de découvrir une plaie purulente sur la main de votre voisin de table ou d'apprendre que votre frère soulage ses envies dans le fond du jardin, c'est plutôt bon signe pour vous. Signe que votre inconscient travaille bien pour vous aider à rester en bonne santé.

Le dégoût est en effet reconnu comme une émotion à laquelle notre corps recourt pour éviter le contact avec de potentielles infections. C'est ce que les spécialistes appellent la « théorie de l'évitement parasitaire ». Ainsi les chercheurs britanniques pensaient pouvoir catégoriser les déclencheurs de dégoût en fonction des menaces potentielles de maladies.

Parmi les choses qui dégoûtent le plus des gens : les plaies purulentes ! © Hans, Pixabay, CC0 Creative Commons

Le dégoût, une émotion structurée

Mais l'étude qu'ils ont menée en ligne sur quelque 2.500 volontaires anglophones - laissant quelques doutes sur la représentativité de l'échantillon - montre que les causes de cette émotion particulière sont plutôt à classer selon les mesures à prendre pour éviter les maladies en tout genre. Il en ressort six grandes catégories de déclencheurs du dégoût :

Le dégoût pour éviter les risques ?

Autre conclusion de l'étude : les femmes éprouvent des sentiments de dégoût globalement plus marqués que les hommes. Serait-ce le reflet de la tendance de ces derniers à s'engager dans des comportements à risque ? C'est ce que suggère une autre étude - pas encore publiée - qui, au-delà de la volonté d'éviter une maladie, associerait le dégoût à une volonté d'éviter toute forme de risque. Qu'il s'agisse de sports de l'extrême ou de conversations délicates avec son patron.

D'autres résultats seront encore nécessaires pour confirmer tout cela. Mais le professeur Val Curtis en est convaincu : « Nous avons montré que le dégoût est structuré, qu'il reconnaît et répond aux menaces d'infection afin de nous protéger. » Moyennant quoi les chercheurs proposent d'exploiter cette information pour élaborer des messages de santé publique plus efficaces.

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