Dès neuf ans, les petits garçons grandissant dans des situations stressantes et modestes présentent sur leurs chromosomes les signes de leurs conditions de vie, qui pourraient avoir des répercussions sur leur santé sur le long terme. Malgré tout, l’intensité de ces marques dépend aussi de la génétique.
Cela vous intéressera aussi

Séquences d'ADNADN longues et répétées à l'extrémité des chromosomeschromosomes, les télomèrestélomères ont acquis une petite notoriété le jour où les scientifiques se sont rendu compte que leur longueur était liée à l'espérance de vie. Servant de coiffe protectrice, ils s'écourtent avec le temps et la longue moléculemolécule nucléique s'en trouve alors fragilisée, ouvrant la porteporte à l'apparition de maladies sous la dépendance du génomegénome, comme les cancers.

De ce fait, les télomères jouent le rôle d'un biomarqueur servant à estimer la durée de vie, mais aussi du stress, puisque l'anxiété comme la dépression sont également connues pour les raccourcir. Cependant, les études avaient été menées sur des personnes adultes et on ignorait si ces signes pouvaient apparaître dès le plus jeune âge.

Daniel Notterman, biologiste moléculaire à l'université d’État de Pennsylvanie (États-Unis), vient de se lancer dans cette tâche avec sept collègues en publiant une étude préliminaire dans les Pnas portant sur 40 garçons afro-américains de neuf ans, élevés dans des conditions variables.

Les télomères sont représentés sur ce schéma : il s’agit de séquences génétiques situées sur les extrémités des chromosomes, faisant office de coiffe protectrice. © Samulili, Wikipédia, cc by sa 3.0

Les télomères sont représentés sur ce schéma : il s’agit de séquences génétiques situées sur les extrémités des chromosomes, faisant office de coiffe protectrice. © Samulili, Wikipédia, cc by sa 3.0

Les facteurs familiaux qui raccourcissent les télomères

Des échantillons d'ADN et le statut socioéconomique de chaque enfant ont été récupérés depuis une cohortecohorte financée par les NIH américains portant sur le suivi de 5.000 enfants, dont la majorité est née de parents non mariés dans les grandes villes des États-Unis, entre 1998 et 2000. Pour chaque garçon inclus dans l'étude, une note a été attribuée à son environnement social, en fonction du niveau d'éducation de la mère, du ratio entre les revenus de la famille et de leurs besoins, la sévérité des parents ou encore la stabilité familiale.

Les résultats semblent sans appel : ceux dont la mère a réussi l'équivalent états-unien du baccalauréat (high school diploma) présentent des télomères en moyenne 32 % plus longs que ceux nés d'une mère non diplômée. De la même façon, grandir dans un coconcocon stable permet d'avoir des extrémités chromosomiques 40 % plus longues que les enfants voyant leurs parents avec plusieurs partenaires.

Malgré tout, l'intensité de ce raccourcissement dépend de paramètres génétiques, et notamment de variants géniquesgéniques dits sensibles, intervenant par exemple dans des voies métaboliques associées à deux célèbres neurotransmetteursneurotransmetteurs : la sérotonine et la dopaminedopamine. Certains de ceux étudiés dans cette recherche, comme Tph2 ou 5-Htt, avaient déjà été associés à un raccourcissement des télomères. Néanmoins, si d'autres étaient connus pour influencer les réponses chimiques au stressstress dans le cerveaucerveau, les auteurs ont découvert dans ce travail leur lien avec la longueur des télomères.

Adapter les pratiques pour limiter le stress des enfants

Fait intéressant : les enfants qui portent plus de deux variants géniques sensibles montrent les réponses les plus fortes dans les deux cas. Soit ils disposent des télomères les plus longs dans la situation où ils ont été élevés dans un milieu stable, soit, à l'inverse, ils ont les télomères les plus courts s'ils ont grandi dans un foyerfoyer en difficulté.

Désormais, l'équipe de scientifiques souhaite se tourner vers des effectifs plus imposants pour pouvoir généraliser de tels résultats, pour l'instant tout à fait préliminaires. Néanmoins, ceux-ci laissent penser que dès l'enfance, l'effet des conditions de vie pourrait engendrer des effets sur la santé à long terme, et qu'il faudrait donc adapter certaines pratiques interventionnelles pour soulager les petits et les aider à mieux affronter la vie.