Coronavirus : une deuxième vague que personne n’avait vraiment anticipée. © Nuthawut, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : pourquoi la deuxième vague est-elle plus forte ?

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[EN VIDÉO] Coronavirus : comment expliquer une 2e vague si forte ?  Si la plupart des spécialistes avaient anticipé une deuxième vague à l’automne, personne ne s’attendait à ce qu’elle soit aussi rapide et brutale. On dépasse désormais les 36.000 nouveaux cas par jour, soit trois fois plus qu’au début octobre. Comment expliquer cette épidémie hors contrôle ? 

Si la plupart des spécialistes avaient anticipé une deuxième vague à l'automne, personne ne s'attendait à ce qu'elle soit aussi rapide et brutale. Selon Santé publique France, le nombre de décès a crû de 45 % entre le 15 et le 22 octobre. Alors, que s'est-il passé ? D'où vient cet échec collectif ?

« Le virus circule à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n'avaient pas anticipée », a déclaré le chef de l'État en introduction de son allocution mercredi soir. Plus de 36.000 nouveaux cas et 244 morts ont été enregistrés ces dernières 24 heures, et le nombre de personnes en réanimation frôle désormais les 3.000. « Nous sommes tous débordés par une deuxième vague qui, nous le savons, sera sans doute plus dure et plus meurtrière que la première », a ajouté le chef de l'État. En août, le Conseil scientifique estimait déjà « hautement probable » une deuxième vague cet automne ou cet hiver en France, mais personne ne s'attendait à ce qu'elle soit aussi rapide et brutale. Alors, pourquoi ce rebond ?

Les vacances et les déplacements

Contrairement à la première vague où l'Île-de-France et le Grand-Est avaient été particulièrement touchés, l'épidémie de Covid-19 concerne cette fois-ci l'ensemble du territoire. Les vacances d'été, puis de la Toussaint ont été l'occasion pour les Français de visiter leurs proches, certains propageant ainsi le virus à leur insu. En juillet-août, le virus a surtout contaminé les jeunes, et l'épidémie était alors « invisible », ces derniers étant souvent asymptomatiques. Mais, dès septembre, les personnes plus âgées ont commencé, elles aussi, à être de plus en plus contaminées. La rentrée scolaire a également pu favoriser la propagation du virus ; plusieurs clusters ont ainsi été identifiés dans des grandes écoles ou universités.

La météo

Les gestes barrières ont, semble-t-il, freiné la propagation du virus jusqu'à fin septembre, date à laquelle le temps a commencé à se refroidir. « Pluie, vent et froid ont contraint les gens à passer davantage de temps à l'intérieur, à moins aérer leurs espaces de vie, ce qui s'est traduit par une augmentation des contaminations, puis par des hospitalisations », explique Pascal Crépey, épidémiologiste et biostatisticien à l'École des Hautes études en Santé publique sur le site The Conversation.

« L'augmentation du nombre de reproduction, actuellement aux alentours de 1,5 si l'on se base sur les chiffres des hospitalisations, nous a rappelé qu'il existe un facteur saisonnier, qui avait d'ailleurs été observé durant l'hiver austral -- qui correspond à notre été. L'Australie, par exemple, qui avait réussi à bien maîtriser l'épidémie, avait malgré tout subi une seconde vague. C'est malheureusement ce que nous sommes en train de vivre », ajoute le spécialiste.

L’échec des tests et du traçage

Malgré une accélération sans précédent du nombre de tests PCR réalisés (en moyenne 250.000 par jour dans la semaine du 19 au 25 octobre), le traçage s'est avéré un échec cuisant pour endiguer l'épidémie. Le délai entre le test et le résultat, qui peut atteindre 10 à 15 jours, rend le dispositif parfaitement inefficace.

De plus, avec l'augmentation des cas, ce système va devenir de moins en moins efficient, prévient Pascal Crépey : « En effet, à chaque fois qu'un nouveau cas est détecté, la personne doit être appelée, interrogée sur tous les contacts à risque qu'elle a pu avoir puis, que ces contacts -- soit en moyenne 2 ou 3 par personne -- soient à leur tour appelés pour leur dire de s'isoler et de se faire tester. Quand on voit qu'on est aujourd'hui à plus de 50.000 cas identifiés par jour (soit peut-être 100.000 cas réels), vous imaginez bien que le temps et les ressources humaines nécessaires deviennent extrêmement conséquents ».

La solution serait, bien entendu, d'automatiser ce travail, comme le prévoyait l'application StopCovid, transformée en TousAntiCovid. Malheureusement, cette application n'a été téléchargée que par 4 millions de personnes, ce qui la rend là encore inefficace.

Comment freiner la courbe ?

On a vu que le port du masque généralisé et le couvre-feu n'avaient pas eu une forte efficacité. Le moyen le plus immédiat d'infléchir la courbe exponentielle est de limiter les contacts : « Moins ils sont nombreux, moins il y a de chance de contaminer les autres ou d'être contaminé, appuie Pascal Crépey. En second lieu, il y aurait un réel intérêt à inciter très fortement au télétravail ».

Non seulement cela limite le nombre de contacts potentiels, mais le télétravail se traduit par une moindre utilisation des transports en commun, ce qui réduit les risques de contamination. Après le confinement, il faudra sans doute mieux gérer le traçage, les déplacements et les rassemblements.

« Si les réinfections de gens déjà atteints une première fois par la Covid-19 restent des phénomènes rares, au bout d'un moment, le virus finira par ne plus avoir de prise », espère Martin Blachier, médecin de santé publique et épidémiologiste.

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