Et si, dans un même organisme, tous les tissus ne vieillissaient pas à la même vitesse ? Voilà la conclusion d’une étude menée par un chercheur américain, qui arrive à démontrer que les seins des femmes prennent de l’âge plus vite que le reste de leur corps. Une découverte qui pourrait déboucher sur de nombreuses applications !

À la question « quel âge avez-vous ? », il y a plusieurs réponses plausibles. Soit on se limite à compter les années écoulées depuis la date de naissance, soit l'on rétorque que cela dépend des tissus. Car, d'après une étude publiée dans Genome Biology, l'on n'a pas forcément l'âge de ses artères ! D'un organe à l'autre, l'emprise du temps diffère. Et chez les femmes, ce sont les seins qui en pâtissent le plus vite.

Le contexte : l’épigénétique, marqueur de l’âge

Si le vieillissement semble être une constante universelle, sa vitessevitesse varie fortement d'une espèceespèce à l'autre. Pourquoi une souris ne vit-elle pas plus de deux ans, alors que certains Hommes dépassent le siècle d’existence ? La biologie commence peu à peu à parler, et par des moyens détournés on essaie même de déterminer l'âge d'une personne.

Les techniques actuelles se basent sur la longueur des télomères, les extrémités protectrices des chromosomeschromosomes qui s'effilochent avec le temps. Mais celles-ci demeurent relativement imprécises, avec une efficacité de 53 % pour déterminer la date de naissance d'une personne, à 3 ans près.

Steve Horvath, chercheur américain à l'université de Californie de Los Angeles (UCLA), propose dans une étude une nouvelle méthode selon lui bien plus pertinente : elle détermine efficacement l'âge dans 96 % des cas, selon lui. Elle ne se préoccupe pas des télomèrestélomères mais touche à l'épigénétique, c'est-à-dire des marqueurs moléculaires qui, en venant se lier à l'ADN en des régions bien précises, modulent l'expression des gènesgènes. Cette recherche aboutit aussi à d'autres conclusions étranges : tout l'organisme ne vieillit pas à la même vitesse.

L’étude : le tissu mammaire et cancéreux est plus vieux

Au cours du temps, la moléculemolécule d'ADNADN reste (à quelques mutations près) la même pour un individu. En revanche, les gènes peuvent s'équiper ou non de groupements méthyles, qui vont favoriser ou diminuer leur expression. On parle de changement dans l'épigénome. Ces marqueurs, appelés méthylationméthylation, peuvent facilement être étudiés. Ainsi, Steve Horvath a récupéré 7.844 échantillons de 51 tissus sains différents, prélevés chez 82 personnes âgées de 0 à 101 ans, ainsi que 5.826 échantillons cancéreux provenant de 32 patients, pour en établir le profil de méthylation.

Il a ensuite déterminé et éliminé les modifications épigénétiques propres à chaque tissu : il a ainsi établi 353 régions du génomegénome communes à tous les organes qui sont plus ou moins méthylées selon l'âge. Ces données lui ont servi à définir un algorithme visant à définir l'âge. Testé sur des milliers d'échantillons nouveaux, il a été approuvé avec une efficacité record.

Mais son modèle amène à des résultats étonnants. Tout le corps ne vieillit pas à la même vitesse. Ainsi, l'analyse de tissus mammaires issus de femmes de 46 ans en moyenne, révèle que les seins sont plus ou moins âgés de 2 à 3 ans de plus que ne le laisse supposer la carte d'identité. À l'inverse, le cœur de deux groupes de personnes de 55 et 60 ans serait en réalité plus jeune de 9 ans.

Quid des cellules souchescellules souches ? Elles disposent de tous les critères qui laissent penser qu'elles sont à l'heure d'origine, et même la conversion d'une cellule adulte en cellule souche pluripotente induitecellule souche pluripotente induite (CSPi) ramène l'horloge biologique à zéro. À l'inverse, les cellules cancéreuses nous donnent un sacré coup de vieux : en moyenne, elles ont 36 ans de plus que l'individu.

L’œil extérieur : le secret de la cure de jouvence ?

Cette nouvelle méthode pour déterminer les âges biologiques des tissus semble malgré tout limitée dans le temps. En effet, si elle s'avère efficace pour les personnes de moins de 30 ans, son potentiel diminue au fur et à mesure que les individus testés avancent dans l'âge. Cette découverte amène également Steve Horvath à imaginer une nouvelle raison pour expliquer l'incidenceincidence élevée de cancer du sein chez la femme. Car si le vieillissement est l'un des principaux facteurs de risquefacteurs de risque et que cet organe y est plus soumis que le reste du corps, la probabilité d'apparition d'une tumeurtumeur en devient d'autant plus grande. L'auteur pense que l'exposition constante du tissu mammaire aux hormoneshormones constitue l'une des causes du vieillissement prématuré, ce que ne connaît pas le cœur par exemple.

Ce travail laisse entrevoir des applicationsapplications plus concrètes également. Si les méthylations de l'ADN peuvent devenir des marqueurs du temps, les sciences forensiques (relatives à la police criminelle) pourraient se montrer intéressées, pour identifier l'âge d'un suspect ou récupérer des informations sur une victime depuis son sang. On peut aussi imaginer les utiliser dans le diagnostic des cancers, en récoltant les traces de tissus particulièrement âgés par une simple prise de sang.

Steve Horvath laisse à disposition son algorithme pour que d'autres laboratoires l'éprouvent encore davantage et éventuellement le perfectionnent encore, pour aboutir à des résultats plus précis. D'un autre côté, il ouvre également la possibilité de mesurer l'impact des méthylations sur le vieillissement, tout en essayant de voir si les inverser constituerait une cure de jouvence. Il y a encore du travail...