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La longévité des centenaires, une affaire de gènes

Sommes-nous tous égaux face à la longévité ? La réponse est non d’après des généticiens. Les centenaires possèderaient des gènes de prédisposition empêchant les maladies liées à l’âge de se développer.

Jeanne Calment, qui fut doyenne de l'humanité, ici âgée de 60 ans, est décédée à l'âge de 122 ans. Crédits DR Jeanne Calment, qui fut doyenne de l'humanité, ici âgée de 60 ans, est décédée à l'âge de 122 ans. Crédits DR

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Bien sûr, l’environnement est un facteur clé de la longévité : manger sainement, pratiquer du sport, bref, être raisonnable tout au long de sa vie, permettrait, selon les médecins, de préserver notre santé. Pourtant, si ce genre de mode de vie permet d’atteindre habituellement les 80 ans, il ne suffirait pas à prolonger la vie d’encore quelques dizaines d’années.

Comme les chercheurs le supposaient, les gènes ne seraient pas innocents dans la longévité. Selon eux, la longévité ne dépendrait pas d’un gène unique et magique : il leur paraît de plus en plus évident qu’il faille raisonner sur un ensemble de gènes favorables au non-déclenchement des maladies liées à l’âge, comme la maladie d’Alzheimer ou les maladies cardiovasculaires. Ainsi, chaque gène en soi serait important, depuis ceux impliqués dans le développement ou l’immunité à ceux commandant la réponse au stress. Plus le génome possède un nombre important de bons gènes, plus les chances de parvenir à un âge canonique seraient grandes.

Pour le démontrer, les chercheurs du Boston University School of Medicine du Massachusetts ont fait participer 1.055 centenaires et 1.267 personnes servant de contrôles, dans une étude nommée New England Centenarian Study, parue dans la revue Science. Dans un premier temps, le séquençage de tous ces génomes a permis d’identifier 33 SNP (single nucleotide polymorphism, ou gènes variant au niveau d’un seul nucléotide) impliqués individuellement dans la longévité.

Dans une logique d’ensemble, les chercheurs ont ensuite voulu voir si les gènes pouvaient coopérer pour favoriser la longévité. Ils ont de cette façon identifié pas moins de 150 SNP, dont l’association en différentes combinaisons dans le génome pourrait permettre, selon eux, de déterminer avec 77% de certitude les chances de devenir centenaire. Les chercheurs ont aussi constaté que 90% des centenaires inclus dans l’étude pouvaient être classés en 19 catégories, en fonction des combinaisons de SNP qu’ils possédaient.

D'après les travaux publiés dans Science, notre longévité serait inscrite dans nos gènes. © UBC
D'après les travaux publiés dans Science, notre longévité serait inscrite dans nos gènes. © UBC

Bientôt un test de prédiction de la longévité ?

Etonnamment, les génomes des centenaires étudiés contenaient autant de gènes de prédisposition à des maladies que la population générale mais elles ne se sont pourtant pas déclarées, ou beaucoup plus tard. Ces résultats indiquent les gènes « positifs » dont ils disposent seraient alors les garants du développement tardif des maladies liées à l’âge.

Les chercheurs de l’étude veulent cependant rester prudents pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces données analysées à partir d’un nombre limité de personnes ne peuvent pas être considérées comme exactes avant qu'elles aient été vérifiées sur un plus grand échantillon. De plus, même si ces résultats sont confirmés, l’analyse des gènes ne peut pas affirmer avec certitude la grande longévité de la personne séquencée. La génétique n’est pas une science exacte.

Il n’est toutefois pas impossible que des entreprises mal intentionnées sautent sur l’occasion pour commercialiser des tests de prédiction de la longévité. Ce test est non seulement prématuré et non fiable, mais en plus le résultat peut mener ces personnes à modifier dramatiquement leur mode de vie.

D'un autre côté, plus positif, le décryptage de ces quelques gènes pourra peut-être aider la médecine à allonger la vie humaine. Mais faut-il vraiment l'espérer ?


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