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La répartition de la chouette harfang en fonction du lemming

Dossier - Groenland : les chouettes harfangs sous surveillance
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De tous les oiseaux inféodés au Grand Nord, la chouette harfang (ou harfang des neiges) figure sans doute parmi les plus emblématiques. Associé aux immensités âpres et froides du Groenland, le rapace s'est adapté à un environnement extrême. Des scientifiques sont partis à sa rencontre pour comprendre son incroyable mode de fonctionnement. En partenariat avec la LPO.

  
DossiersGroenland : les chouettes harfangs sous surveillance
 

Le domaine des chouettes harfangs sont ces vastes étendues ingrates et dénudées du Grand Nord. L'aire de répartition de cet oiseau est parfaitement calquée sur celle de sa proie favorite : le lemming, un petit rongeur dont le rapace raffole. Au Groenland, l'aire du lemming à collier (Dicrostonyx groenlandicus) est confinée à la frange côtière du nord-est séparant la calotte intérieure de la banquise de l'Océan arctique.

Cette région est fortement disséquée par une succession de fjords où seules quelques grandes vallées offrent des habitats favorables aux communautés animales inféodées aux toundras. C'est là que des harfangs viennent s'y déployer dès qu'elles anticipent l'amorce d'une embellie de leur proie favorite.

Le nombre de lemmings détermine la quantité de chouettes harfangs présentes sur le territoire mais aussi la taille de leurs nichées. © kgleditschy, Flickr, CC by-sa 2.0

La Vallée du Karupelv sur l'Île de Traill est une des régions où l'harfang s'installe certaines années. Des membres du Groupe de recherche en écologie arctique (GREA) y ont lancé en 1988 une recherche à long terme sur les cycles de lemmings et sur les interactions avec leurs prédateurs.

Privilégiant une approche intégrant les interactions au sein de la communauté animale, ces suivis des populations de lemmings ont d'abord bien illustré le caractère cyclique de ces mythiques campagnols. Leurs densités peuvent varier du simple au centuple en l'espace d'une année, comme en attestent les comptages systématiques de leurs nids d'hiver ainsi que les piégeages.

Comme la chouette harfang, ce renard polaire, en train de perdre sa dernière toison d'hiver, chasse volontiers le lemming. © Per Harald Olsen, CC by-sa 3.0

Une offre aussi contrastée en proies que la fonte des neiges printanière révèle au grand jour est évidemment un véritable défi pour les prédateurs qui tirent leur subsistance d'une telle ressource. Renard polaire, hermine, labbe et harfang, chacun y va de sa propre stratégie.

Hermine, renard, labbe : les autres prédateurs du lemming

Celle des chouettes consiste à jouer aux abonnés absents dés que les densités de lemmings demeurent inférieures à un certain seuil. Pour ce site du Groenland, celui-ci se situe autour de deux lemmings à l'hectare, un niveau qui, dans les faits, n'a été dépassé qu'à huit reprises sur les 26 ans de la présente étude.

Le labbe à longue queue (Labbe Stercorarius longicaudus) est également un prédateur du lemming. © MPF, CC by-sa 2.0

Autrement dit, c'est donc à peine une année sur trois que ces chouettes sont au rendez-vous. Leur installation en fin d'hiver coïncide alors avec l'émergence de véritables colonies de lemmings issues de portées successives. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître pour un environnement si extrême, c'est bel et bien en période hivernale que le potentiel reproducteur de ces rongeurs, dotés d'une prolificité exceptionnelle, s'exprime de la manière la plus transcendante.

Tel est le cas lorsqu'au terme de deux ou trois années de creux, les rangs des redoutables hermines se sont à ce point éclaircis qu'elles ne sont plus en mesure d'enrayer une recrudescence démographique des lemmings. Celle-ci va marquer le pas quand, au moment de la fonte, vers début juin, les lemmings sont forcés de quitter leurs quartiers d'hiver pour élire domicile dans des terriers d'été. Cet exercice de tous les dangers les expose à tous les prédateurs venant se disputer l'exploitation de cette manne. Labbes, renards et harfangs écument alors chacun à sa manière les territoires pour assurer leur propre reproduction.