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Carrières : la pierre de Crazannes

Dossier - Rochefort et la Corderie royale
DossierClassé sous :géographie , arsenal , flotte

La ville de Rochefort est située dans le département de la Charente-Maritime (région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes). La commune abrite la Corderie royale, un monument historique passionnant à découvrir dans ce dossier.

  
DossiersRochefort et la Corderie royale
 

La pierre de Crazannes est une pierre calcaire du Crétacé supérieur reconnue pour sa qualité. Elle fut très utilisée en construction. Le bâtiment de la Corderie royale de Rochefort est ainsi fait en pierre de Crazannes, tout comme le fort Boyard.

À Crazannes (Charente-Maritime), tous les trous, toutes les gorges, tout fut creusé par l'Homme en 2.000 ans d'exploitation. Au départ, le sol était plat.

Voir aussi notre diaporama sur les mines et carrières les plus spectaculaires.

Tout comme le bâtiment de la Corderie royale de Rochefort, le fort Boyard, tout proche, est constitué de pierres de Crazannes. © Valery Rokhin, Shutterstock

Qualité de la pierre de Crazannes

Quelle est la principale qualité de cette pierre calcaire du Crétacé supérieur ? Elle est étanche. Quand le carrier la sort, la pierre est trempée, il va donc la laisser sécher 1 à 2 ans. Il se forme une couche de calcin, protection étanche. Elle blanchit avec le temps, ce qui est recherché.

Cette pierre fut très utilisée pour la construction (l'Arc de Germanicus, situé à Saintes, en Charente-Maritime, en est notamment constitué). Ce sont les Romains qui ont trouvé cette pierre, et ils s'en servaient pour faire les routes, des aqueducs et des bâtiments.

Son transport se faisait sur des charrettes spéciales jusqu'à la Charente toute proche puis par bateau, un transbordement ayant lieu à Rochefort pour l'exportation en Amérique ou en Allemagne.

Le deuxième pic d'exploitation importante de la pierre de Crazannes eut lieu au Moyen Âge, pour les cathédrales (Cologne par exemple), et la dernière, au XIXe siècle, pour les fortifications du département ; ici l'armée utilisait aussi la pierre jaune de la première couche, moins chère parce que moins prisée...

Le fort Boyard, tout proche, est aussi construit avec de la pierre de Crazannes.

Les carrières de Crazannes. © Claire König, tous droits réservés

Les carrières de Crazannes

Les carrières de Crazannes ne sont plus exploitées depuis 50 ans. En effet, à la fin de la seconde guerre mondiale, on commence à utiliser le béton de façon massive et les carriers vont reboucher les trous pour faire de l'agriculture au-dessus.

Au maximum, on pouvait creuser jusqu'à 16 mètres parce qu'on arrive dans la nappe de la Charente. Les blocs pèsent d'une à trois tonnes. Tout était creusé au pic, à la pioche et à la scie (on en voit bien les traces sur les fronts de taille), puis la pierre était « descellée » du mur par des coins en bois secs que l'on mouillait.

On mettait trois pierres par char à bœufs et les bêtes remontaient les plans inclinés aménagés à cet effet dans la carrière. Les enfants s'occupaient de construire les murets et d'enlever les déblais de taille. En effet, le carrier était payé à la quantité de pierre livrée, le nettoyage était donc pour lui une perte sèche de revenu.

Aux carrières de Crazannes. © Claire König, tous droits réservés

Chaque petite carrière appartenait à un carrier et le travail s'effectuait individuellement, sauf le chargement des pierres. Il fallait environ un an pour creuser 150 m3, et 3-4 jours pour remonter une pierre de 3-4 tonnes (1 m3 représentait environ 2,4 tonnes).

Les gorges de taille que l'on voit font jusqu'à 300 m de long et il y en a sur 120 ha mais l'autoroute est passée par là. Il faut encore souligner le caractère tout à fait particulier et spectaculaire de la végétation, typique de zones d'ombre humides : lianes, scolopendres ou langues de cerf, fougères, arbustes divers, une vraie jungle, à venir visiter en été !