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L’aquaculture pourra-t-elle nourrir l’humanité de demain ?

Dossier - Poisson d’élevage : l’aquaculture en questions
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Aujourd'hui, en France, un tiers des produits de la mer proviennent de l’élevage. Michel Girin, spécialiste de l’aquaculture, aborde différents aspects de ce domaine (OGM, pollution et qualités nutritionnelles des poissons notamment) et ses perspectives d’évolution.

  
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L'aquaculture progresse pendant que la pêche stagne ou régresse. Cette progression est due à la combinaison de deux facteurs : la levée par la recherche appliquée de points de blocage techniques, qui ouvre de nouvelles perspectives, et la raréfaction des produits de la pêche, qui entraîne une montée des prix, favorable à l'aquaculture.

L'aquaculture pourra-t-elle nourrir l'humanité ? © CCINTRA, CC BY-SA 3.0

Quand la levée de points de blocage et la raréfaction des produits de la pêche se trouvent réunies avec une bonne disponibilité en sites exploitables, des investisseurs dynamiques et une main d'œuvre à bas prix, le développement de l'activité prend une forme explosive. La culture des crevettes tropicales en Amérique latine (une région du monde qui avait très peu de tradition aquacole), pour le marché international, en est le cas le plus flagrant.

Tout développement de ce type a ses limites : saturation du marché, saturation des sites, apparition de concurrents à main-d'œuvre moins chère ou mieux placés. Au fur et à mesure que la production croît, il est de plus en plus dur de placer ses produits. Il devient en même temps nécessaire d'intensifier et de rationaliser les élevages, pour produire plus sur une même surface, voire d'adapter les techniques pour produire « bio ». À un moment ou à un autre, un cyclone, une épizootie ou même une guerre civile (le Sri Lanka a connu cela) vient réduire la production et faire perdre des marchés, qui sont aussitôt pris par des pays concurrents, auxquels il faudra les reprendre plus tard.

Élevage biologique extensif de truites dans le Blausee (canton de Berne). Dans les décennies à venir, l’aquaculture devrait jouer un rôle de diversification alimentaire, et non devenir majoritaire. © Adrian Michael, cc by sa 3.0

Le succès d'un développement aquacole porte en lui-même, dans sa phase expansionniste, les germes de la lutte pour survivre qui dominera sa phase de maturité. D'autant plus que l'expansionnisme de l'aquaculture va déranger des activités concurrentes, qui peuvent elles aussi avoir des ambitions de croissance, ou simplement craindre une dégradation des ressources qu'elles exploitent.

L'aquaculture qui balbutiait n'indisposait personne. L'aquaculture qui gagne provoque en réaction l'opposition déterminée, parfois violente, des environnementalistes et d'activités qu'elle vient concurrencer dans leurs besoins en sites et en eau de qualité.

L'aquaculture contribue à nourrir l'humanité. Elle y contribuera encore plus demain. Mais on ne sacrifiera pas une partie importante de l'agriculture pour multiplier les étangs piscicoles. On n'éradiquera pas une grande partie du tourisme et de l'urbanisation littorale pour multiplier les fermes marines. On ne développera pas massivement la culture de poisson-fourrage pour compléter l'approvisionnement par la pêche. On ne lancera pas des productions à grande échelle de microalgues comme la spiruline, riches en protéines, mais sans marché établi. La contribution de l'aquaculture à la nourriture de l'humanité restera de ce fait minoritaire, plus une contribution de diversification alimentaire qu'une contribution alimentaire de base.