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Les débuts de la météorologie

Dossier - L'histoire du climat
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Que nous disent les archives au sujet de l’évolution du climat au cours des cinq derniers millénaires ? Quels ont été les premiers instruments de mesure du climat ? Quelles conclusions en tirer sur notre climat actuel ?

  
DossiersL'histoire du climat
 

La météorologie européenne apparaît au XVIIe siècle comme une science, ou plutôt comme un élément important en astronomie.

 L’observatoire jésuite du XIXe siècle de Quito (Équateur). © Marc Figueras, Wikipédia CC
Le thermoscope chinois du père Verbiest (vers 1670). Un thermoscope est un instrument destiné à déceler des variations de températures. Contrairement au thermomètre, le thermoscope ne permet pas de mesurer la température de manière absolue. Souvent attribuée à Galilée son invention dans les années 1610 semble plutôt attribuable à Santorio Santorio, un médecin de Padoue avec lequel il avait des échanges fructueux. Le thermoscope du père jésuite Verbiest est daté d’environ 1670. L’adaptation de l’appareil destiné à l’empereur éclairé Kangxi et donc fait en verre local et avec des graduations en chinois, témoigne de la volonté toujours présente chez les jésuites d’intégrer leur religion et la science dans le tissu de l'Empire du Milieu loin d’une vision eurocentrique. © Gaston Demarée, Royal Meteorological Institute, Bruxelles

Le décollage économique est engendré par l'exploitation du Nouveau Monde (trésors et mines, sans compter les nouvelles plantes cultivées), ayant permis la multiplication par dix, environ, en un siècle, de la quantité d'or et d'argent en Europe et facilité l'éclosion des sciences.

L'invention du baromètre et du pluviomètre

Avec le thermomètre1 l'instrument clé en météorologie est le baromètre inventé en 1643 par Torricelli, le successeur de Galilée comme physicien et mathématicien à la cour de Toscane. Cet instrument est contemporain du pluviomètre de Castelli (1639), ce dernier étant lui-même un élève de... Galilée et le maître... de Torricelli.

Si les stations les plus anciennes de mesures continues des températures (présentées dans le tableau) sont largement postérieures, c'est bien à la cour du mécène de Torricelli et auparavant de Galilée, le grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, souvent considéré comme l'inventeur du thermomètre en 1654, grâce à l'approfondissement de leurs travaux et de ceux du médecin Santorio Santorio, que s'amorce le développement de la météorologie.

Le père Verbiest, scientifique à la cour de l’empereur chinois. Le père jésuite flamand Verbiest (Pittem 1623 - Pékin 1688) devint responsable des mathématiques, astronome et donc mandarin auprès de l’empereur Kangxi ou K’ang-hsi. Ce dernier régna de 1661 à 1722 et favorisa, lors d’un âge d’or chinois, entre autres l’introduction de la science occidentale, l’aménagement des berges des fleuves et la consolidation administrative du pays. © Domaine public

L'Academia del Cimento

L'approche expérimentale fait un bond en avant avec l'Academia del Cimento fondée en 1657 à Florence. Partout y compris en Chine l'expansion coloniale européenne permit la diffusion de ces instruments.

Enfin, l'association de la médecine à la climatologie est importante durant cette large période qui, partie de la Renaissance, se prolongera jusqu'aux avancées de Pasteur à la fin du XIXe siècle. Elle est donc d'une importance quasi-exclusive concernant une approche microbienne de la maladie, reléguant l'approche environnementale dans les « vieilles lunes », avant le retournement de la tendance de ces dernières décennies, sous l'impulsion des études sur le changement climatique.

Médecine et climatologie de Lima (Pérou) par le Dr. Unanué (1815). Le Dr. José Hipólito Unanué (Arica 1758 – Lima 1833) est un représentant des Lumières au Pérou. Médecin, journaliste et homme politique, il est célèbre pour cet ouvrage dont nous reproduisons la première page de la seconde édition (1815) au sujet du climat de Lima et de son influence sur la santé. Les données de terrain et météorologiques furent recueillies entre 1799 et 1805. La première édition est de 1806. © Domaine public Le livre est téléchargeable gratuitement.
Une édition récente du livre Dr. Unanué sur la médecine et la climatologie de Lima (Pérou). Aujourd’hui ce livre de 1806, surtout connu par la deuxième édition de 1815, est sans cesse réédité au Pérou, montrant la prégnance de l’approche environnementale en médecine. © DR

Les stations météorologiques

Le cas de la station météorologique de Lima (Pérou), créée en Amérique dès le milieu du XVIIIe siècle, ressort de cette dernière approche à la connexion de médecine et de la science alors que les jésuites combineront toujours astronomie et ensuite climatologie dans leurs observatoires.

Les plus anciennes stations météorologiques d’après Jones, Ph. (2001) modifié par Carcelén Reluz, R. In: History and climate. Memories of the future? Jones, Ph., Ogilvie A., Davies, T., Briffa, K. (eds.). Kluwer /Plenum, New York: 58.

Au milieu du XIXe siècle, un réseau mondial de météorologie, en particulier grâce aux observatoires jésuites d'astronomie et de géophysique, se mettra en place dans de nombreux pays bien avant à la création de services météorologiques étatiques2-3.

 L’observatoire jésuite du XIXe siècle de Quito (Équateur). L'observatoire jésuite est situé dans le parc de la Alameda et il fut en 1873 le premier observatoire national sud-américain. Comme beaucoup de constructions de prestige des nouveaux États sud-américains nés au XIXe siècle, il est une copie d’un modèle européen, ici, l’observatoire de Bonn en Allemagne. Chassés par les Espagnols et les Portugais d’Amérique en 1767, les jésuites y retournèrent peu à peu quelques décennies après les indépendances, une fois tarie la vague anticléricale issue de la révolution de Bolivar qui assimilait l’Église à l’Espagne. Ils se consacrèrent à la formation des nouvelles élites, notamment par un enseignement scientifique nourri par leurs recherches en astronomie, météorologie et sismologie faites dans un réseau international d’observatoires. © Marc Figueras, Wikipédia CC

La fin du XXe siècle a vu le passage d'une histoire événementielle à une ou plutôt des histoires stratifiées ou sérielles, dont l'histoire du climat. Elle a vu également la fusion entre sciences dites anciennement « molles », dont l'histoire, et celles dites « dures », telle la dendrochronologie (étude de l'âge des arbres grâce à leurs cernes de croissance), pour ce qui nous intéresse, au profit d'une seule science, ici, la paléoclimatologie4.

1. Labrousse, J. (2011) Une brève histoire de la mesure de la température: 173-178. In: Climat : une planète et des hommes, Cherche Midi.
2. Udías, A. (2003) Searching the heavens and the history of Jesuit observatories, Kluwer.
3. Terneus, A. Gioda, A. (2006) Advances in Geosciences, 6: 181-187.
4.- Simon, G. (2008) Sciences et histoire. NRF, Gallimard.