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Les pigeons noirs survivent mieux en ville

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Présent à chaque coin de rue ou presque, notre cher pigeon biset (Columba livia) survivrait d'autant mieux en zone urbaine fortement polluée que son plumage est sombre. En cause, la mélanine, ce pigment naturel qui fonce les plumes des oiseaux au même titre que la peau et les cheveux des humains.

Domestiqué depuis des siècles, le pigeon biset est de nos jours représenté par 350 races différentes et autant de plumages distincts. © Ludek, Wikimedia Commons, GNU 1.2

Au cours de la croissance des plumes de pigeon, la mélanine se lie grâce à ses groupements carboxyles à des ions métalliques, tels que les ions zinc et plomb, et les séquestre dans les tissus. Les polluants retenus dans les plumes — et donc retirés de la circulation sanguine —, leur impact diminue sur plusieurs des traits biologiques de l'animal, comme sa condition corporelle ou son système immunitaire. L'oiseau gagne ainsi en aptitude à la survie et à la reproduction, concluent la chercheuse Marion Chatelain et son équipe de l'Institut d'écologie et des sciences de l'environnement de Paris dans une étude publiée dans Biology Letters.

À l'appui de leur hypothèse, de précédentes études qui démontrent que des pigeons exposés à des taux plus élevés de produits toxiques perdent en fertilité masculine et pondent moins d'œufs. En outre, la taille des populations d'oiseaux sombres est supérieure à celles des oiseaux clairs en zones urbaines, rapportent d'autres travaux.

« Le rat du ciel » est parfois le surnom donné au pigeon commun. Si elle est parfois détestée, l'espèce est aussi appréciée de nombreux citadins, qui n'hésitent pas à la nourrir malgré certaines interdictions municipales. © Sergi Larripa, Wikimedia Commons, cc by sa 2.5

L'agressivité, autre passeport de longévité des pigeons

Pour vérifier si un taux élevé de mélanine avantage les pigeons noirs, Marion Chatelain et son équipe ont capturé 97 individus en banlieue parisienne. Durant un an, les captifs ont bénéficié d'un régime à base de grand air, de maïs, de blé et de pois. En comparant, à 12 mois d'intervalle, le taux de zinc dans les plumes de chaque volatile, ils ont obtenu que les concentrations chutent dans les plumes initiales, d'une moyenne de 328 particules par million à 89 ppm dans les rémiges qui ont poussé au cours de l'expérience. De plus, au sein du groupe, les pigeons aux plumages les plus foncés présentaient une concentration plus élevée de zinc dans leurs plumes par rapport aux individus plus clairs. En conclusion, dans un environnement moins pollué, les volatiles emmagasinent moins de zinc dans leur organisme. Ceux qui en stockent le plus dans leurs plumes — et ainsi conserveraient une meilleure santé — sont les plus sombres, à savoir ceux qui sont naturellement plus pourvus en mélanine.

Pour autant, différents facteurs peuvent expliquer la prédominance des oiseaux presque noirs dans les villes, estiment d'autres chercheurs comme Marcel Eens, écologiste du comportement à l'université belge d'Anvers. Auteur de travaux sur la même problématique, il estime que les données sur le niveau de métaux toxiques dans les prélèvements sanguins ne sont pas concluantes. En outre, il estime qu'une seule mue des plumes par an dans un environnement hautement pollué ne suffit pas à purifier le sang de l'oiseau de façon significative. Pour lui, la prédominance en ville des oiseaux foncés sur les oiseaux clairs s'expliquerait par leur comportement plus audacieux et plus agressif, deux atouts pour mieux survivre dans un environnement urbain compétitif, accentué ces dernières décennies avec l'arrivée en ville des étourneaux sansonnets ou encore des mouettes et des goélands.

Dans tous les cas, le taux de métaux des plumes du pigeon biset, dont la population à Paris est estimée à 80.000 individus, révèle dans une autre étude que l'animal semble géographiquement peu mobile, et ce quelle que soit la couleur du plumage.

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