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Insolite : des tiques survivent à un passage sous vide de 30 minutes

ActualitéClassé sous :zoologie , tique , Haemaphysalis flava

Les tiques sont bien plus résistantes qu'il n'y paraît. Lors d'une expérience, certains spécimens ont survécu au vide et à l'exposition à un flux d'électrons au cours d'un passage dans un microscope électronique à balayage. À la différence des tardigrades, souvent observés dans ces conditions, ces acariens étaient parfaitement actifs, bougeant leurs pattes et restant hydratés durant les observations !

Des tiques Haemaphysalis flava adultes (en haut) et à l'état de nymphe (en bas). Les deux premières photographies de chaque ligne montrent des animaux vivants en vue dorsale puis ventrale. Sur les deux suivantes, les acariens sont morts. Remarquez la position des pattes qui sont alors repliées sur le corps. © Yasuhito Ishigaki et al. 2012, Plos One

Certains animaux font preuve d'une résistance à toute épreuve. Les tardigrades peuvent par exemple survivre à des températures de -272 °C et + 151 °C ou à une pression de 600 mégapascals. Certains spécimens ont même survécu à un séjour dans l'espace ! Pourtant, le vide fait bouillir l'eau. Ces prouesses biologiques reposent principalement sur une seule caractéristique : l'anhydrobiose. Ces animaux peuvent littéralement se dessécher et entrer dans un état de dormance.

Le vide ne se rencontre pas que dans l'espace. Sur Terre, les humains s'en servent pour de multiples applications, par exemple des microscopes électroniques. Le modèle dit à balayage (MEB) permet d'observer des échantillons en 3 dimensions et avec une résolution de l'ordre du nanomètre. Le matériel biologique doit cependant subir plusieurs traitements lourds avant de pouvoir passer sous les faisceaux d'électrons : fixation (c'est-à-dire une exposition à un poison qui interrompt en principe à peu près toutes les réactions chimiques), déshydratation, dépôt (sous vide) d'un revêtement conducteur métallique puis, enfin, exposition au vide du microscope avant le déluge des électrons au moment de l'observation. Bref, difficile de mettre un animal vivant et hydraté à l'intérieur !

C'est pourtant ce que vient de faire une équipe de chercheurs menée par Yasuhito Ishigaki de la Kanazawa Medical University au Japon. Leurs travaux sont publiés dans la revue Plos One et portent sur des tiques, c'est-à-dire des arthropodes acariens. Sans aucune préparation préalable, des tiques Haemaphysalis flava vivantes ont été observées au microscope électronique à balayage. Les chercheurs ont alors été stupéfaits de voir les animaux bouger leurs pattes malgré le vide et l'existence du flux d'électrons ! Les tardigrades, dont l'état de dormance est requis pour survivre, pourraient donc perdre leur place « d'animal le plus résistant de la Terre » car les tiques, elles, étaient hydratées !


Des tiques Haemaphysalis flava survivent à un séjour de 30 minutes dans un microscope électronique à balayage, sous vide. Cette vidéo présente tout d’abord la préparation sommaire de l’échantillon (un spécimen est simplement collé sur une bande adhésive), puis les mouvements réalisés par l’animal alors qu’il est exposé au faisceau d'électrons et enfin, sa libération. Observez bien, vous verrez qu’il bouge et se déplace sur les ciseaux. © Yasuhito Ishigaki et al. 2012, Plos One

Les tiques reines de l’apnée ?

Cette expérience a vu le jour suite à une observation fortuite. Après avoir mis un dessiccateur sous vide durant 30 minutes, les chercheurs ont pu voir qu'une tique sauvage avait parfaitement survécu à l'épreuve. Sachant que des spécimens morts peuvent être observés au MEB sans l'ajout du revêtement conducteur, ils ont alors tenté l'expérience avec des animaux vivants. La pression à l'intérieur de la chambre d'observation est de 0,0015 Pa (la pression atmosphérique est de 101,325 Pa). Les sessions ont duré 30 minutes.

Ces conditions extrêmes n'ont pas empêché les acariens de bouger leurs pattes, comme le montre le film enregistré par les scientifiques. Certains membres locomoteurs ont été ciblés par des flux d'électrons plus intenses sans que cela n'ait d'incidence. À leur sortie du MEB, les 20 spécimens testés (8 femelles et 20 nymphes) étaient en vie. Selon toute vraisemblance, les tiques pourraient retenir leur respiration durant 30 minutes grâce à une adaptation utilisée par plusieurs insectes pour résister à des conditions hypoxiques.

Quelques décès ont tout de même été observés dans les heures qui ont suivies la sortie du microscope. Quelle en est la cause : le vide ou le flux d'électrons (accélération de 2 kV) ? Trois groupes de 8 tiques ont donc été constitués : le premier est un témoin, le deuxième a uniquement été exposé au vide tandis que le troisième a été soumis aux conditions expérimentales du MEB. Tous les individus des deux premiers groupes ont survécu durant au moins 14 jours après les expériences. En revanche, 4 tiques exposées aux conditions réelles d'observation sont mortes en 48 heures. Le flux d'électrons blesse tout de même les animaux.

Sur base de ces observations, les auteurs proposent d'utiliser cette Haemaphysalis flava comme modèle dans l'étude des systèmes biologiques sous des conditions extrêmes

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