Depuis notre point de vue, nous voyons parfaitement les deux bouches éruptives qui, de manière assez paisible, alimentent une coulée de lave qui se sépare plus bas en plusieurs bras. © Ludovic Leduc
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« D'or et de sang », l’Etna nous a offert un spectacle magnifique !

ActualitéClassé sous :Volcan , Eruption , Reportage

Lorsque nous prenons nos billets d'avion pour la Sicile, l'Etna est endormi. Même en sommeil, ce géant mérite toutefois d'être vu, tout comme le Stromboli et Vulcano, deux volcans des îles Éoliennes qui se trouvent à quelques dizaines de kilomètres au nord de la Sicile. J'organise un séjour sur ces trois volcans pour le grand public, un séjour que ma femme n'a encore jamais fait et que je veux lui faire découvrir. Le 12 mai, une quinzaine de jours avant notre départ, une éruption commence sur l'Etna, très différente des nombreux paroxysmes de l'année dernière : durera-t-elle ? Pourrons-nous revivre ensemble ces beaux moments vécus sur le Piton de la Fournaise lorsque nous habitions à La Réunion ?

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30 mai 2022, 19 heures. Nous voilà arrivés dans notre logement à la Serra la Nave, un petit chalet de montagne situé vers 1.750 mètres d'altitude sur le versant sud du volcan. Un verre de vin, de la tomme de l'Etna, des olives et des tomates séchées, l'apéritif a des saveurs siciliennes, aux côtés d'un couple d'amis que nous retrouvons pour ce séjour.

Le paysage est lui volcanique, avec quelques coulées de lave anciennes qui contrastent avec la végétation rase prédominante à cette altitude. La vue porte jusqu'à la cime du volcan et précisément sur deux des quatre cratères qui composent son sommet : la Bocca Nuova qui dégaze abondamment en ce début de soirée, et le Cratère Sud-Est qui est devenu le point culminant de l'Etna après son intense activité de l'année dernière !

D'ici, rien ne révèle l'éruption en cours, car la lave sort de l'autre côté du volcan, mais le trémor volcanique, une vibration continue provoquée par la sortie du magma en surface dont on peut consulter l'enregistrement librement sur internet, est formel : l’éruption continue !

Que le spectacle commence ! 

Vers 22 heures, nous prenons la voiture pour rejoindre un point de vue d'où l'on espère voir l'éruption. Il est situé au bord du rempart sud de la Valle del Bove, une falaise abrupte de 100 à 200 mètres de haut qui délimite une large dépression sur le flanc est du volcan. Large de 5 kilomètres en moyenne pour environ 7 kilomètres de long, cette grande vallée accueille bon nombre des coulées de lave de l’Etna et comme nous le remarquons à présent, cette éruption n'échappe pas à la règle.

Le spectacle est déjà superbe, de rouge et d’orange dans la nuit noire. L’incandescence de la lave se reflète dans les gaz exhalés par les coulées, créant une sorte de nuage rougeâtre envoûtant

Bien qu'étant à un peu plus de 5 kilomètres en contrebas de la zone éruptive, nous distinguons assez nettement les diverses coulées qui sont actives simultanément et dont les fronts sont parvenus au pied du talus que forment les fortes pentes du haut de la Valle del Bove.

Avec les jumelles et le zoom de l'appareil photo, nous repérons parfaitement les morceaux de lave qui, parfois, se détachent des coulées et qui viennent rouler, sauter, s'éclater en plusieurs morceaux, pour s'arrêter ensuite au bas de la pente. D'ici, on ne voit pas les bouches éruptives, mais le spectacle est déjà superbe, de rouge et d'orange dans la nuit noire. L'incandescence de la lave se reflète dans les gaz exhalés par les coulées, créant une sorte de nuage rougeâtre envoûtant. Quelle chance d'être là !

Coulées et nuages rougeoyants au soir du 30 mai 2022, depuis le bord sud de la Valle del Bove. © Ludovic Leduc

Le lendemain, nous prenons le téléphérique qui permet d'accéder à la partie haute de l'Etna, toujours sur le versant sud du volcan. Nous arrivons à 2.500 mètres d'altitude, dans un paysage lunaire, strictement minéral. La vue porte très loin et notamment jusqu'à Catane et les villes associées qui s'étalent au pied du volcan, à une vingtaine de kilomètres de là. Des coulées ont déjà atteint la côte à cet endroit dans la période historique et rappellent à quel point l'Etna est un géant ! Nous grimpons en haut du Laghetto, un cône volcanique formé lors d'une éruption en 2001, duquel nous avons une vue parfaite sur le Cratère Sud-Est, le cratère sommital qui accapare l'activité éruptive depuis quelques années.

Ma dernière venue ici date d'il y a quatre ans et le changement est impressionnant ! Les nombreuses fontaines de lave intenses de l'année dernière ont fait croître ce cône volcanique de manière spectaculaire et même si j'ai suivi ces changements depuis mon ordinateur, je suis stupéfait ! Nous rejoignons ensuite le Piano del Lago, une zone qui monte en pente douce vers le Cratère Sud-Est composée de cendres et de lapilli, des fines projections volcaniques produites par les fontaines de l'année dernière. La marche est agréable sur cette plage d'altitude et nous emmène jusqu'au bord du haut de la Valle del Bove. En contrebas, nous distinguons un des fronts de lave actif de l'éruption en cours, trahi uniquement par les quelques volutes de gaz qu'il émet.

Le Cratère Sud-Est vu depuis le Laghetto, un cône éruptif dont le cratère se trouve sur la gauche de la photographie. Le Piano del Lago correspond à la zone d’aspect sableux où serpente la piste pour les bus 4x4 qui donnent l’échelle. © Ludovic Leduc

La contemplation du volcan sicilien se mérite

Après avoir profité de ce paysage unique, nous redescendons par le téléphérique et reprenons la voiture pour rejoindre le versant nord du volcan, d'où la vue sur l'éruption est apparemment idéale. Nous nous garons au refuge Citelli et nous mettons en marche vers 18 h 30. L'ascension est raide, mais après une heure d'efforts, nous parvenons à la Serra delle Concazze, sur le bord du rempart nord de la Valle del Bove, à l'opposé du point de vue de la veille mais plus haut, vers 2.100 mètres d'altitude.

D'ici, le panorama est parfait, depuis le Cratère Sud-Est tout en haut jusqu'au bas de la Valle del Bove. Le vent vient parfois chasser les gaz volcaniques qui stagnent autour des bouches éruptives que l'on remarque de notre point de vue. Elles se sont ouvertes deux jours plus tôt en contrebas du Cratère Sud-Est et libèrent un flot de lave qui se divise en plusieurs bras. Pour l'instant, l'incandescence de la lave est camouflée par la luminosité du soleil, mais le bruit des blocs roulant dans la pente est déjà un plaisir en soi. Le front le plus avancé que nous avions observé quelques heures plus tôt du haut de la Valle del Bove est parfaitement appréciable et correspond visiblement à la coulée qui nous paraissait la plus active hier soir. Ce front de coulée aurait ainsi parcouru 400 mètres en près d'une journée, ce qui est plutôt modeste. D'ailleurs, son observation avec les jumelles révèle qu'il n'avance plus beaucoup...

Avec le coucher du soleil, les coulées deviennent d’or et de sang

Dans l'attente du coucher du soleil, nous nous régalons d'une autre spécialité sicilienne : les arancinis ! Ces boules de riz farcies à la bolognaise et à la mozzarella, panées et frites, sont un régal d'autant plus appréciable devant une éruption du volcan sicilien ! Et puis, progressivement, la luminosité diminue et laisse apparaître quelques zones incandescentes ici et là. Avec ma femme, nous nous échangeons l'appareil et commençons à photographier et filmer, tout en profitant du spectacle qui commence à se dévoiler...

Vers 21 heures, la situation éruptive est plus claire : il n'y a plus d'activité explosive au niveau du Cratère Sud-Est : l'activité est donc strictement effusive, depuis les deux bouches situées plus bas, vers 2.800 mètres d'altitude. Elles alimentent une coulée principale qui se divise en plusieurs bras dans la forte pente qui marque le haut de la Valle del Bove. À ce niveau, les coulées de lave sont innombrables, même si trois fronts actifs sont clairement arrivés au bas de cette pente, en plus du plus avancé évoqué précédemment.

D’innombrables coulées de lave s’épanchent dans le haut de la Valle del Bove, sous un ciel où quelques étoiles commencent à poindre. Remarquez le panache de cendres en arrière des bouches éruptives, formé à la suite d'une modeste explosion au niveau du Cratère Sud-Est. © Ludovic Leduc

Sur ce belvédère, nous sommes une dizaine à contempler ce spectacle de la Nature. En silence, nous apprécions le moment, essayant de capturer l'instant pour partager ce moment en rentrant. Avec le coucher du soleil, les coulées deviennent d'or et de sang. Les teintes noires et grises du volcan observées dans la journée ont laissé place aux nuances rouges, oranges et jaunes, pour un spectacle unique, magnifique ! Les lumières des villes en contrebas et les étoiles qui commencent à apparaître parachèvent le tableau... Soudain, une discrète gerbe orange est projetée du haut du Cratère Sud-Est et forme un panache de cendres que le vent va rapidement disperser.

Bien sûr, ce spectacle nous contente. Mais nous sommes aussi attirés vers ces bouches éruptives, d'autant que des lampes frontales sont remarquables à côté et que, après diverses approches sur le Piton de la Fournaise, nous avons une certaine expérience. Pour autant, la méconnaissance de la zone et l'observation de congères observées dans les pentes de la Valle del Bove plus tôt dans la journée, formées dans les névés protégés du soleil par les couches de cendres qui les recouvrent, nous ramènent à la raison. Et puis, la suite du séjour réserve aussi d'autres belles découvertes...

Depuis notre point de vue, nous voyons parfaitement les deux bouches éruptives qui, de manière assez paisible, alimentent une coulée de lave qui se sépare plus bas en plusieurs bras. © Ludovic Leduc

Deux jours plus tard, lors de la visite de l'île de Vulcano en scooter, nous remarquons l'Etna au loin, pourtant distant de près de 70 kilomètres ! Les émissions de cendres qui ont commencé la veille sont parfaitement remarquables... Le lendemain, dans le train qui nous ramène vers Catane, ces émissions de cendres sont toujours en cours et forment un nuage qui s'étire sur une vingtaine de kilomètres vers le sud. Je ne peux décrocher mon regard de cette montagne qui vit...

En ce 3 juin, l’émission de cendres du Cratère Sud-Est est continue et forme un nuage de cendres parfaitement remarquable, ici depuis la plage de Catane. © Ludovic Leduc

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