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Écovolon-Terre : partez plonger au milieu des requins des Fidji

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En janvier prochain, des écovolontaires du monde entier plongeront au milieu des requins des îles Fidji, dans l'océan Pacifique sud. Audacieux, ce nouveau programme de sensibilisation et de recherche mise sur l'approche des squales par le public. Objectif : changer l'opinion majoritairement négative envers ces animaux. En outre, le travail des bénévoles enrichira les connaissances locales et mondiales en requinologie. Des données utiles pour la protection de ces poissons marins, le plus souvent dans un état critique de conservation.

Un thème motivant pour les écovolontaires : aller au contact des requins des îles Fidji pour aider à mieux les connaître et les faire connaître, afin de mieux les protéger. © Projects Abroad

Si la superproduction Les Dents de la mer, de Steven Spielberg, sortie en 1975, a hérissé les poils de plus d'un spectateur, elle a aussi grandement imprimé dans les esprits une surdangerosité et, de fait, une mauvaise réputation des requins, ces animaux à branchies. Récemment, plusieurs attaques parfois mortelles ont ému l'opinion publique, comme en juillet dernier à la Réunion ou début novembre à Hawaï. Or, environ dix personnes par an sur la planète seraient victimes de ces « mangeurs d'Hommes ». Des chiffres à comparer à une centaine pour les victimes des méduses et à près de 3.000 pour les hippopotames.

Décimés à cause de leur mythe injustifié, les requins sont aussi surpêchés pour leur aileron, notamment, consommé en soupe (c'est la pratique du finning). Requins dormeurs, requins-marteaux, requins-tigres ou requins-vaches, 100 millions de ces poissons cartilagineux seraient tués chaque année selon la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Une proportion qui serait sous-estimée, selon un rapport publié en juillet 2013 et commandé par la Commission européenne au réseau Traffic, partenariat entre le WWF et l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Cette étude conclut à l'existence d'un commerce opaque de 480 millions de dollars annuels (356 millions d'euros environ). Du fait de cette pression anthropique sur les populations de squales, le tiers des 64 espèces de requins et de raies de haute mer sont menacées d'extinction.

Les requins sont des mal-aimés. Des campagnes de sensibilisation sur ces animaux en grand danger sont indispensables. © Projects Abroad

Or, ces prédateurs, situés en bout de chaîne alimentaire et partie prenante d'un réseau trophique, jouent un rôle capital dans l'équilibre de l'écosystème marin : en interdépendance avec les autres espèces des océans, ils participent au maintien de la vie marine. Pour sauvegarder les requins et, au-delà, cet équilibre naturel, de nouvelles règles entrent en vigueur à l'échelle internationale en septembre 2014. Mais les associations de défense des requins restent sur leur garde, conscientes que des fraudes ou des pratiques de contournement restent possibles.

Un vrai programme scientifique aux îles Fidji

En parallèle, d'autres acteurs associatifs décident de développer l'écovolontariat pour sensibiliser l'opinion sur les risques pesant sur les requins et pour changer durablement leur réputation. Ainsi, un projet propose à partir de janvier 2014 d'aller plonger parmi les requins des îles Fidji, à l'est du Vanuatu. Cette « campagne globale de protection des requins » (Projects Abroad Global Shark Campaign) est une démarche collective portée par l'organisation internationale de volontariat Projects Abroad« Nous sommes la seule structure de volontaires offrant un projet annuel de conservation des requins », explique Ingrid Sprake, requinologue et responsable du projet. Victimes de surpêche, les requins fidjiens sont aussi très peu étudiés. Pour autant, les autorités locales ont créé des zones de protection. « Il nous faut connaître l'impact scientifique de ces mesures officielles sur nos populations de requin. Nous développerons également des plans de conservation », ajoute la chercheuse.

Les requins restent des animaux méconnus sur le plan scientifique, et les observations en milieu naturel sont rares. © Projects Abroad

En provenance de divers pays, une trentaine de personnes, expérimentées ou non, et âgées au minimum de 16 ans, sont déjà inscrites pour effectuer de deux semaines à quatre mois d'écovolontariat au cœur de la réserve marine des îles Fidji comptant plus de 400 espèces de poissons. Concrètement, les volontaires s'investissent dans des activités de comptage et d'identification des requins, ou bien de marquage des bébés. Du côté technique, les tâches ne manquent pas non plus. Il s'agit d'installer des caméras sous-marines et d'effectuer des mesures télémétriques ou de signaux acoustiques.

Des heures de plongée pour se familiariser avec les requins

Au niveau de la sécurité, des cours de plongée, obligatoires pour participer, sont dispensés sur place. Toutes les plongées sont encadrées par des moniteurs spécialisés et chaque volontaire est équipé en matériel. En plus de se familiariser avec les requins, les bénévoles récoltent donc des données scientifiques dans le cadre d'un protocole officiel qui concerne huit espèces protégées. Les informations collectées alimenteront des recherches, notamment au sein de l'université du Pacifique sud. Les résultats publiés dans des revues scientifiques seront la base d'études sur le long terme pour développer d'autres initiatives et de nouvelles politiques.

Les volontaires de Projects Abroad auront du travail pour compter, identifier, marquer, etc. © Projects Aboard

Un autre objectif du programme est d'encourager à une prise de conscience au niveau international. Aussi, les écovolontaires travaillent activement à la mise en place d'un projet local de sensibilisation, qui aide l'organisation partenaire régionale dans ses actions de lobbying. Ils partent aussi à la rencontre des habitants et contribuent à des ateliers adaptés au milieu scolaire.

Chaque participant repartira avec des outils de communication bien aiguisés pour poursuivre la sensibilisation dans son pays d'origine, et ainsi devenir membre d'un réseau mondial de « gardiens des requins », espère Ingrid Sprake. Une initiative qui devrait contribuer à mieux respecter ces mal-aimés, à l'instar de programmes similaires sur les chauves-souris ou bien sur les loups.

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Aventures scientifiques, voyages engagés, protection de l'environnement, missions de sauvegarde de la nature : la chronique Ecovolon-Terre nous présentera régulièrement des expéditions ouvertes à tous. Des jeunes et des moins jeunes, de plus en plus, se mobilisent dans des actions, lointaines ou pas, pour aider la science ou contribuer à préserver la planète. Futura-Sciences se joint à ce mouvement et vous présente ces opportunités de faire du bien à notre Terre.

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